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La mesure de prévention la plus efficace

uf. Les mesures éducatives sont le moyen de prévention le plus efficace et, à long terme, le moins coûteux. Les mesures présentées dans les 18 études examinées par Sherman (1997) différaient considérablement quant à la «dose» des mesures, à leur nature, aux compétences des jeunes concernés, etc. Néanmoins tous les programmes ont donné le même résultat: Les visites rendues aux parents de petits enfants par des psychologues, des travailleurs sociaux, des infirmières, des enseignants, etc. réduisent la criminalité.

Les visiteurs ont la possibilité d’aborder des questions de santé, de transmettre des capacités cognitives ou sociales, de discuter notamment de questions d’éducation. Sherman souligne même que peu importe que ces personnes aient l’expérience de leur métier ou pas, qu’elles soient épuisées ou enthousiastes. Quoi qu’elles soient ou fassent, elles établissent un pont entre les parents, le plus souvent la mère, et le monde extérieur.

Les visites à domicile ont entre autres les effets suivants:

•   meilleure relation entre la mère et l’enfant;

•   davantage de réactions des mères à leur enfant;

•   moins de maltraitance;

•   moins de blessures chez les enfants;

•   meilleures aptitudes cognitives des enfants;

•   à l’âge de deux ans, les enfants ont moins peur;

a) moins de comportements asociaux à l’âge de dix ans;

b) moins d’arrestations à l’âge de 15 et de 24 ans.

Sherman souligne l’importance de l’interaction pour l’éducation et la prévention de la délinquance. Dans son livre Endangered Minds, Healy (1990) mettait également en garde contre les conséquences négatives du manque d’interaction entre parents et enfants pour le développement intellectuel et social de ces derniers. Face à l’embarras de beaucoup de parents quant aux méthodes d’éducation à appliquer, Healy montre que cela peut être très facile si, dans les interactions, on se montre aimable et que l’on fait des propositions utiles et constructives (White & Lippitt, 1969, p. 461). Cela dit, il faut fixer des limites à l’enfant.

Aussi est-il nécessaire de passer d’une conception abstraite de l’éducation à des actes concrets. Steinmetz et Hommers (1997, p. 222) ont en effet déploré que la recherche sur la violence soit caractérisée par une «méthodologie superficielle inapte à entrer dans les profondeurs des processus psychologiques». Cette critique est valable pour beaucoup de domaines de recherche.

La description d’un événement que Healy a vécu lors d‘un voyage en avion montre quels processus jouent un rôle dans une éducation efficace. A côté d’elle était assise une mère accompagnée de son fils de quatre ans et d’un bébé.

«La qualité prodigieuse de l’expression orale du garçon et sa capacité de compréhension, ainsi que la grande patience de la mère étaient impressionnantes.»

Peu après le décollage, le garçon commença de bombarder sa mère de demandes, de questions:

«Maman, je dois aller aux toilettes.»

Après une pause: «C’est urgent?»

«Non, à vrai dire, ce n’est pas nécessaire.»

«Bon, si tu dois vraiment y aller, je t’accompagnerai, mais nous devons nous demander ce que nous allons faire avec le bébé.»

«Nous pouvons le confier à cette dame, proposa l’enfant en me montrant du doigt.»

«Non, nous ne pouvons pas le faire.»

«Pourquoi?»

«Parce qu’on ne confie pas les bébés à d’autres personnes.»

Le garçon, momentanément satisfait, décida de manifester d’autres besoins.

«J’ai soif.»

«Le steward va bientôt venir avec un plateau de boissons. Réfléchissons à ce que nous allons lui demander quand il arrivera.»

Après avoir envisagé les différents avantages des soft-drinks et des jus de fruits, le garçon décida:

«Du jus d’orange. Pourquoi est-ce que tu abaisses la tablette?»

«Pour que tu puisses y poser ta boisson lorsqu’il arrivera. Maintenant tu es bien préparé.»

«Je vais lui demander s’il va nous servir un déjeuner sur ce vol.»

Ainsi l’enfant apprenait comment se préparer intellectuellement et physiquement à quelque chose. Ensuite l’entretien porta sur leur nouveau domicile.

«Maman, montre-moi où nous allons.»

La mère prit une carte, montra leur ancien domicile et leur destination.

«Et mon père se trouve exactement ici!» dit le garçon en tapant triomphalement sur la carte.

«Oui, et demain à trois heures, nous irons dans ta nouvelle école et nous rencontrerons ta nouvelle institutrice. Tu seras content parce que tu feras la connaissance de nouveaux enfants.»

Il rumina un moment, puis son visage s’assombrit:

«Maman, je ne sais pas lire!»

La mère sourit:

«On ne s’attend pas à ce que tu saches déjà lire. Tu n’as que quatre ans!» (Healy, 1990, pp. 179–180)

Ce dialogue apparemment anodin est très intéressant pour deux raisons:

•   C’est une interaction vivante: La mère ne réagit pas seulement superficiellement au garçon mais elle fixe des limites: («Nous ne confions pas les bébés à d’autres personnes.»). Cela dit, elle apaise son inquiétude (problème de lecture).

•   C’est un entretien argumentatif: Elle ne dit pas seulement «non»; elle explique qu’on ne peut pas simplement suivre ses impulsions, qu’on doit assumer les conséquences de ses actes («Que faire avec le bébé?»).

Ainsi le garçon apprenait à:

•   établir des relations, à planifier les choses;

•   éviter des comportements impulsifs (d’abord réfléchir, ensuite agir);

•   avoir des égards pour autrui (sa petite sœur, par exemple);

•   avoir un échange fondé sur la confiance.

Pour Healy, c’est ainsi – par le dialogue entre parents et enfants – et selon ces objectifs que l’éducation doit se faire. En conséquence, elle conçoit différemment le fait d’être «défavorisé»: «Les enfants sont ‘défavorisés’ dans la mesure où ils manquent de sollicitude physique, sociale, affective et intellectuelle appropriée. Priver longtemps un enfant d’une de ces sollicitudes représente un risque. Si les carences se multiplient, l’apprentissage, la vie et la société sont en danger.» (Healy, 1990, p. 237)

 

(Horizons et débats, 14 février 2007, 7e année, N°6)

mise à jour  le 16/02/07