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Les efforts de paix de la Conférence épiscopale allemande  sont contrariés par l’ambassadeur d’Israël

hd. Le Conseil permanent de la Conférence épiscopale allemande a effectué, du 26 février au 4 mars, un pèlerinage en Terre sainte pour y apporter son soutien aux minorités chrétiennes, se rendre compte de la situation là-bas et voir quelles sont les chances de la paix. Les ecclésiastiques se sont tout d’abord rendus à Tabgha, au bord du lac de Génésareth, pour assister à la pose de la première pierre d’un nouveau bâtiment du couvent des Bénédictins et visiter les sanctuaires du bord du lac (église de la Multiplication des pains et des poissons, église de la Primauté de Pierre, mont des Bénédictions, Capharnaüm). Le soir a eu lieu un entretien avec l’ancien ambassadeur d’Israël en Allemagne Avi Primor. Le mercredi 28 février, les évêques se sont entretenus avec les représentants épiscopaux des Eglises grecque orthodoxe, maronite et latine sur la situation des chrétiens et des Eglises en Galilée. Le jeudi, après la célébration de l’eucharistie devant la grotte de l’Annonciation à Nazareth, une délégation du Conseil permanent a été reçue par le Vice-Premier ministre israélien Shimon Peres à Tel Aviv. Celui-ci a annoncé qu’il ferait en sorte d’accélérer les négociations entre Israël et le Vatican. Le lendemain a été consacré à la visite du Mémorial de la Shoah de Yad Vashem. Le soir a eu lieu une rencontre avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah. Lors de tous les entretiens avec des représentants politiques des deux camps, il est apparu que l’espoir d’une solution politique du conflit était très ténu. En revanche, les rencontres faites dans des institutions comme l’Ecole salvatorienne de Nazareth, l’Ecole Schmidt de Jérusalem-Est et l’université catholique de Bethléem ont montré ce que chrétiens et musulmans pouvait apprendre les uns des autres. A la veille de leur départ, les évêques ont été impressionnés par leur visite au Caritas Baby Hospital de Bethléem où des familles palestiniennes reçoivent des soins médicaux. Pour finir, les évêques rencontrèrent Michel Sabbah, Patriarche latin de Jérusalem, qui les a informés non seulement sur la situation des chrétiens et les réjouissantes activités sociales de l’Eglise catholique en Terre sainte, mais également sur la dramatique situation existentielle des Palestiniens.

«Apartheid» est actuellement le terme encore autorisé pour caractériser cette situation. Selon la Süddeutsche Zeitung, l’évêque d’Eichstatt Gregor Maria Hanke, ému, aurait déclaré à l’ombre du Mur: «Le matin à Yad Vashem, les photos de l’inhumain ghetto de Varsovie et le soir, le ghetto de Ramallah. Il y a de quoi exploser. Oui au droit d’Israël à exister mais il n’est pas admissible que ce droit soit imposé si brutalement, qu’il soit refusé à un autre peuple.»

Il faut rappeler que le Mur de séparation mesure 8 mètres de haut (le Mur de Berlin en faisait moins de 4), qu’il fait écran à la lumière et au soleil et qu’il y a des deux côtés une ceinture de voies pour les véhicules militaires, des barbelés et par endroits une clôture électrique, des fossés profonds de 2 mètres, des capteurs électroniques, des caméras thermiques et vidéo, des miradors pour les tireurs d’élite tous les 200 mètres et des drones. Cette situation a naturellement bouleversé les évêques, comme elle devrait bouleverser chacun dans notre «meilleur des mondes».

Le Conseil central des Juifs allemands, par la voix de sa présidente Carlotte Knoblauch, a réagi en écrivant: «Les déclarations de certains évêques pendant leur voyage en Israël sont effroyables et tout à fait inacceptables. […] Ce qui est particulièrement décevant, c’est que le voyage de la Conférence des évêques avait dépassé les attentes et voilà qu’il s’achève sur ce genre de dérapage. Les paroles prononcées par le cardinal Lehmann au Mémorial de Yad Vashem étaient convaincantes et traduisaient une compréhension et une confiance croissante entre les Juifs et les chrétiens catholiques. Je ne peux pas croire que cela soit remis en cause.» (Communiqué du 6 mars).

L’ambassadeur d’Israël en Allemagne Schimon Stein a déclaré, quant à lui: «Quand on utilise des termes comme «ghetto de Varsovie» ou «racisme» en rapport avec la politique palestinienne d’Israël, on a tout oublié ou rien appris. C’est une faute morale. […] Au lieu de pratiquer la démagogie, les évêques auraient dû s’informer sur les causes qui ont amené le gouvernement israélien à prendre les mesures de sécurité absolument nécessaires à la protection d’Israël contre le terrorisme.

Les citoyens allemands pourront encore attendre une déclaration de paix de ces deux instances qui serait préférable et plus convaincante que celle des évêques. Pourquoi ne disent-elles pas que la Cour de justice internationale a, dans son avis consultatif du 9 juillet 2004, déclaré le Mur illégal et contraire au droit international?

Le 9 mars, Evelyn Hecht-Galinski, Ellen Rohlfs et Günter Schenk ont écrit au cardinal Lehmann une lettre que nous reproduisons ci-dessous. Le même jour, Evelyn Hecht-Galinski a déclaré dans une interview accordée au Deutschlandfunk que l’on pouvait qualifier la Palestine d’énorme ghetto, d’énorme prison en plein air. «Les évêques ont enfin parlé. Normalement, personne ne dit plus rien. La politique allemande s’est effacée derrière les médias israéliens.» Selon elle, on est habitué à ce genre de réactions du Conseil central destinées à faire taire les critiques. Ceux qui ont entendu la fille de Heinz Galinski à la radio savent combien ses propos étaient sincères. Nous reproduisons ici le texte complet de cette interview.  

 

(Horizons et débats, 26 mars 2007, 7e année, N°11)

mise à jour  le 26/03/07