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Suisse

Une contribution à l’entente entre les peuples

Je m’appelle Mustafa et j’ai 13 ans. En 1998, je suis venu en Suisse comme réfugié avec mes parents et mes sœurs aînées. Mon père a dû quitter l’Irak en l’espace de quelques jours pour des raisons politiques. Avec mes frères et sœurs aînés et avec une de mes grand-mères, nous nous sommes d’abord réfugiés en Turquie. Malheureusement nous n’avons pas trouvé de moyen de transport pour autant de personnes pour continuer notre voyage, de sorte que ma grand-mère et mes frères et sœurs aînés ont dû rentrer au pays. Là-bas des choses horribles les attendaient.

De toute cette longue période de fuite – je n’avais alors que deux ou trois ans – je ne me rappelle que deux choses: Une fois, ma famille et beaucoup d’autres gens nous sommes trouvés à bord d’un bateau en Méditerranée, il y avait des requins qui nageaient autour de nous et le bateau a dû arrêter le moteur. Nous étions tous terrifiés et j’ai supplié Allah pendant des heures de nous aider. La deuxième chose qui m’est resté en mémoire, est que nous avions terriblement faim parce que ça faisait déjà plusieurs jours que nous n’avions rien mangé. Près d’une église, mon père a demandé quelque chose à manger et à boire et il a reçu un morceau de fromage et quelque chose à boire. Il a tout donné aux enfants et les parents n’ont rien pris pour eux.

Je me rappelle vaguement du temps passé dans un camp de réfugiés où nous avons joué avec d’autres enfants. Je devais avoir entre 4 et 5 ans et j’avais encore de la peine à comprendre les autres. Plus tard nous sommes arrivés au village où nous vivons encore aujourd’hui. D’abord j’ai fréquenté un groupe de jeux et là aussi j’avais de la peine à me faire comprendre, mais au jardin d’enfants j’ai appris l’allemand.

J’étais encore au jardin d’enfants lorsqu’un oncle nous a téléphoné pour nous dire que mon grand frère qui vivait encore en Irak était décédé. C’était une nouvelle terrible pour toute la famille. Je me suis réjouis lorsque ma mère est de nouveau tombée enceinte parce que je souhaitais avoir un frère. Malheureusement le petit frère n’a pas survécu au-delà de son premier jour. Pour nous, tous ces événements étaient de trop, ma mère est tombée gravement malade. Jusqu’aujourd’hui elle ne s’est pas remise de la perte de ses enfants. Quand elle n’a pas de force, nous la soutenons comme nous pouvons dans les travaux ménagers. Ma sœur fait la cuisine et moi les nettoyages et la vaisselle. Nous nous entendons tous très bien et nous ne nous disputons jamais. Après l’école nous rentrons toujours tout de suite à la maison pour que notre mère sache toujours où nous sommes, car elle se fait toujours beaucoup de soucis pour nous. Si je suis une fois en retard, ma mère vient tout de suite me chercher.

Aujourd’hui je suis en première classe secondaire. Avec l’institutrice, de quatrième en sixième classe, cela n’allait pas très bien, mais avec l’instituteur que j’ai maintenant cela va très bien. Heureusement je me suis amélioré à l’école. J’ai appris à poser des questions quand il y a quelque chose que je ne comprends pas. Parfois c’est dur pour moi, quand les autres élèves racontent tous les endroits où ils ont été en vacances, car je réalise que je dois toujours rester au même endroit.

J’aimerais bien apprendre une profession technique comme mon père parce que je suis fort en maths. J’aimerais regarder en avant. Avec mon père, j’ai commencé à regarder les nouvelles et à en discuter avec lui. C’est mon vœu de pouvoir un jour aider mon pays d’une façon ou d’une autre. Je vois ici qu’on collecte souvent de l’argent pour d’autres pays, mais je pense qu’on oublie l’Irak. Là-bas, il y a un grand manque de toutes choses nécessaires. Il faudrait au moins envoyer suffisamment de médicaments en Irak.

Et il faudrait arrêter la guerre tout de suite!

Mustafa, réfugié en Suisse

 

(Horizons et débats, 26 mars 2007, 7e année, N°11)

mise à jour  le 26/03/07