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Chrétiens et musulmans – ce n’est pas une opposition, mais une cohabitation dans le respect mutuel

par Kirsten Niehus, pédagogue, Suisse

Depuis un an, je donne un cours d’allemand dans une mosquée, ici en Suisse. Il est régulièrement fréquenté par des femmes musulmanes. Toutes les participantes apprennent intensément et avec grand plaisir cette langue qui est souvent difficile pour elles. Dans des conversations souvent très vivantes sur «Dieu et le monde entier» au sens propre, par exemple sur la vie dans leur pays d’origine et en Suisse, sur l’islam et le christianisme avec leurs parallèles et différences – sur la politique, la démocratie, la guerre et la paix, mais aussi sur les problèmes avec leurs propres enfants, sur les questions scolaires et l’organisation des loisirs – nous constatons toujours à nouveau que nous sommes des êtres humains qui avons les mêmes problèmes et soucis, mais aussi les mêmes joies et intérêts. Nous constatons également que nous avons en commun le désir d’une vie commune marquée par l’amitié et la paix.

Après vingt ans d’activité avec des gens de plusieurs pays islamiques, avec des familles, des enfants, des jeunes et des adultes, je tire la conclusion que la réputation de plus en plus négative des musulmans ici en Suisse et ailleurs n’est vraiment pas correct. Les affirmations que nous lisons souvent dans les médias et que nous entendons dans certains milieux politiques, comme p.ex. «ceux-là ne veulent pas se subordonner à la constitution de l’Etat de droit libéral, ils n’acceptent pas nos valeurs, ils ne sont pas intéressés à notre communauté, ils veulent créer des sociétés parallèles», montrent soit un manque de contact avec nos concitoyens étrangers, soit un manque d’intérêt à leur égard.

Celui, cependant, qui se fait la peine de faire véritablement connaissance avec les gens venant du Kosovo, de Turquie, d’Irak, de Macédoine, de Bosnie et d’autres pays et qui s’assoit avec eux de manière honnête et amicale à une table en s’intéressant à leurs soucis et à leurs joies, pourra ouvrir son cœur et perdre ses préjugés. Ainsi on apprend, par exemple, pourquoi une famille quitte son pays qu’elle aime pourtant et auquel elle est attachée. On apprend par exemple que l’impossiblilité d’y gagner sa vie parce que 70% de la population sont au chômage et qu’on ne sait pas de quoi nourrir les enfants le lendemain, en peut être une raison.

Ou parce que les 10 ans de prison que l’on a derrière soi pour avoir continué à parler sa propre langue ou pour avoir garder son nom qui est peut-être d’origine kurde et non pas arabe.

Ou lorsqu’on ne peut plus être certain que l’on vivra encore le lendemain, parce que la vie en pleine zone de guerre peut apporter la mort à tout instant.

Mais on apprend aussi, comment vont ces gens vivant parmi nous lorsqu’ils parlent de leurs difficultés d’entrer en contact avec leurs voisins. Les uns ont peut-être honte à cause de leur manque de connaissances d’allemand, les autres parce que, dans leur patrie, ils n’avaient que peu d’occasions de fréquenter des écoles. Souvent, ce sont justement les femmes et les analphabètes qui ne se croient pas capables d’apprendre. Beaucoup de mères ont alors le problème qu’elles ne peuvent pas aider leurs enfants dans les affaires scolaires quand il s’agit d’un entretien avec l’enseignant ou de les soutenir à faire leurs devoirs. Ce qui est accablant pour de nombreux parents, c’est que dans les ménages à double salaire, ils effectuent souvent un travail par équipe ou bien en tant que famille monoparentale, ils ne peuvent être à la maison que rarement. Par conséquent, il peut arriver que leurs enfants s’éloignent de leur propre culture, qu’ils ne trouvent pas vraiment une place dans la nôtre et qu’ils deviennent des enfants à problèmes.

Nous entendons toujours à la radio ou bien nous lisons dans les journaux que l’Islam est une religion ayant une longue histoire de guerres et qu’il y a des angoisses vis-à-vis des actes violents des étrangers adolescents. C’est pourquoi nous risquons que nos préjugés soient renforcés. Au lieu d’une réduction des hostilités réciproques et des préjugés, au lieu d’un encouragement d’une vie commune pacifique, l’effet contraire peut intervenir. La distance s’agrandit, un rapprochement est éventuellement même empêché.

Si nous accompagnons bien les jeunes, si nous les comprenons et les aidons vraiment, ils pourront devenir – qu’ils soient Suisses ou étrangers – des adultes honnêtes, appliqués et responsables. N’oublions pas que tous les jeunes gens qui ont grandi ici en Suisse – même un jeune qui, malheureusement, devient criminel – ont tous fréquenté nos écoles, ont été éduqués par des enseignants suisses, ont été socialisés au sein de notre société. L’objection parfois entendue qu’ils seraient traités plus sévèrement dans leurs familles que nos enfants, et que ce serait la raison pour laquelle ils seraient plus difficiles, n’est pas vraie. Surtout leur bonne volonté de respecter les adultes fournit un très bon fondement pour chaque enseignant. Les adultes n’ont qu’à prendre leurs responsabilité en tant que modèle et à indiquer la bonne direction.

Leur montrer le bon chemin dans la vie, c’est ce dont ont besoin nos enfants et nos jeunes, et cela partout dans le monde.

Si nous voulons une société, une vie commune marquée par le respect mutuel et la tolérance, il faut que nous nous rendions compte des vraies causes des problèmes, et que nous cherchions ensemble des solutions. Il faudrait que nous fassions mutuellement connaissance et que nous considérions les gens venant d’autres cultures et religions non comme un fardeau, mais comme un enrichissement de notre vie commune qui fait grandir en nous le souhait de les aider à mieux se débrouiller et à s’intégrer chez nous.                                

 

(Horizons et débats, 10 avril 2007, 7e année, N°13)

mise à jour  le 13/04/07