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Elections présidentielles en France

Le trotskisme est le cerveau
de la nouvelle révolution

Une force puissante mais mal connue est présente dans la campagne présidentielle française: les candidats actuels ou anciens trotskistes rassemblent, selon les sondages, plus d’un tiers des voix.

On sait que le Parti communiste (PC) exerce, depuis la guerre, une grande influence en France. On connaît moins l’influence considérable des trotskistes dans le pays de la Grande Révolution. Les émules de Léon Trotski ont toujours entretenu en France un climat de secret et de secte. Le premier ministre socialiste Lionel Jospin a nié pendant des années avoir participé aux activités du groupuscule trotskiste Organisation communiste internationaliste (OCI).

Outre l’«ex» Jospin, trois trotskistes actifs sont candidats à la présidence: Arlette Laguiller, 62 ans, qui se présente pour la cinquième fois au nom de Lutte ouvrière et obtient pour la première fois 10% des voix, Daniel Gluckstein du Parti des travailleurs (ancienne OCI) et Olivier Besancenot de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Avec les 2% de Jospin, cela fait au total 33% des intentions de vote.

Ce n’est pas mal pour un mouvement qui, en fait, a rendu l’âme au XXe siècle. Certes, Jospin s’en est détaché depuis longtemps et le vote des électeurs de Laguiller a avant tout un caractère protestataire, mais le trotskisme à la française est un phénomène.

Il fait vibrer chez les Français la corde révolutionnaire et correspond en même temps à la manière de penser de l’intelligentsia parisienne. Pour le journaliste Christophe Nick, qui vient de publier un livre intitulé Les trotskistes, ceux-ci sont «le quartier général d’une révolution sans masses». Le PC représente le petit peuple et les trotskistes sont le cerveau de la nouvelle révolution. Selon Nick, ces derniers n’ont pas seulement infiltré le Parti socialiste, ils «entourent» également le républicain de gauche Jean-Pierre Chevènement et constituent une force dominante dans l’association antiglobalisation Attac.

Ils contrôlent le troisième plus puissant syndicat du pays, Force ouvrière, et ont leurs cadres dans deux autres (avant tout dans SUD Education mais également dans la CGT, qui était autrefois communiste). En outre, ils exercent leur influence dans deux importantes loges maçonniques. Finalement, 40 des plus importants journalistes du journal Le Monde sont des trotskistes.

Le rédacteur en chef Edwy Plenel a même évoqué récemment son passé trotskiste dans un livre de mémoires. Le Monde ne craint plus de révéler l’influence des trotskistes – mal connue jusqu’ici – dans la France de l’après-guerre.

Mais ce n’est pas le cas des petits partis. A l’exception de la LCR, les quelque 4 000 membres de LO et de l’ancienne OCI continuent de se comporter comme des sectes politiques. Laguiller n’est guère que la marionnette de son mentor et chef du parti «Hardy». Derrière ce pseudonyme se cache un directeur de laboratoire pharmaceutique du nom de Robert Barcia.

Source: Standard du 6/4/2002