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Mensonges et dénigrements

par Henri Houlmann, La Chaux-de-Fonds

Certes, les votations, tant sur l’Union européenne que sur l’ONU, mais aussi sur l’armement des soldats envoyés à l’étranger, sont passées. Mais la bataille continue, car, comme aiment le dire et le répéter les partisans de l’alignement du pays, le monde est en marche. Ce qui est vrai - il est toutefois nécessaire de comprendre dans quelle direction, et ce ne sont pas ces partisans-là qui paraissent capables de nous le dire. Nous devons donc nous préparer à différents scénarios:

•   les accords de Schengen, et par là l’acceptation pure et simple des acquis communautaires;

•   les nouvelles bilatérales, et la bataille contre les prétentions d’une UE arrogante et sûre de sa (prétendue) puissance;

•   la guerre des classes, car c’est bien de cela qu’il s’agit, et non pas de guerre des cultures;

•   les tentatives d’envoyer des soldats dans les lieux de combat;

•   les nouvelles tentatives de nous faire adhérer à l’Union européenne, voire à l’OTAN;

•   à plus longue échéance l’effondrement de l’Union européenne, victime de sa mégalomanie et de la volonté d’hégémonie de ses grands pays.

Toutes les forces patriotiques du pays, soit toutes celles et tous ceux qui ont conscience de ce que nous devons à nos prédécesseurs, c’est-à-dire à nos aïeux, voire à nos ancêtres, et sont décidés à conserver l’indépendance du pays, au travers de la neutralité, toutes ces forces doivent établir une plate-forme, afin de comprendre ce qui s’est passé et de se préparer aux batailles à venir. C’est dans cet esprit que je souhaite présenter dans une série les mensonges des partisans de la soumission et le rayonnement et – les performances helvétiques qui pourraient permettre d’envisager l’avenir de notre pays, en s’appuyant tant sur le passé, c’est-à-dire l’héritage reçu, que sur le présent avec précisément son rayonnement et ses performances.

Comprendre les mensonges

Commençons donc par tenter de comprendre les mensonges.

Il y a essentiellement deux sortes de menteurs: le menteur cynique, conscient, qui ment pour en tirer un avantage; le rabâcheur: qui répète, pour toutes sortes de raisons (par préjugé – par fidélité à un organisme, à une idéologie – par commérage) les mensonges entendus. En politique, on a affaire à ces deux types de menteurs. On peut estimer que toute affirmation qui n’est pas prouvée, qui ne repose pas sur une réalité incontestable, est mensongère, c’est-à-dire contraire à la vérité.

A rappeler «Le premier (précepte) était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne, la conusse évidemment être telle; c’est-à-dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement à mon ésprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.» (René Descartes, Le Discours de la Méthode)

Dénigrements

En bataille politique, on assiste à une double stratégie qui consiste à diaboliser les uns, par le dénigrement (mensonges – calomnies – diffamations) et angéliser les autres en en exagérant leurs qualités réelles, en inventant des qualités inexistantes en taisant, voire cachant leurs défauts, leurs manquements, leurs carences. Mais aussi en déformant les termes du langage, voire en les dénaturant.

C’est à ce dernier phénomène qu’on a assisté lors de chaque votation, notamment celles sur l’Union européenne et sur l’ONU.

Exemples

En ce qui concerne l’Union européenne, l’utilisation, systématique et constante du terme «Europe» qui exprime deux aspects:

•   une conception totalitaire qui veut à tout prix imposer son point de vue que la seule possibilité pour les pays européens est de faire partie de l’Union européenne; conception à mettre en relation avec celle des communistes du temps de feu l’Union soviétique: en dehors de nous point de salut.

•   La volonté de tromper son monde et de l’habituer petit à petit à cette conception. II faut remarquer que dans tous les milieux, y compris les adversaires de l’Union européenne, on se laisse prendre par ces dévoiements linguistiques.

Le premier cas est politique, volonté d’hégémonie, de suprématie, de conquête; il rejoint toutes les tentatives de mégalomanie connues dans l’histoire, lesquelles ont toutes, à plus ou moins brève échéance, échoué, généralement dans le sang et les larmes. Le second cas est psychologique, une technique pour tromper les gens par insinuations (c’est très connu en publicité commerciale), par répétition inlassable.

Ainsi, l’initiative qui avait pour but de provoquer l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne s’est appelée «Oui, à l’Europe»; il y avait dans ce terme les deux phénomènes décrits: d’une part, celui de l’esprit totalitaire, il n’y a pas d’Europe en dehors de l’Union européenne (aspect politique), d’autre part, habituer les gens à cette idée (aspect psychologique).

L’autre mensonge utilisé fut le prétendu isolement (et du coup son antonyme: l’ouverture) de notre pays. Notre pays serait donc isolé, c’est-à-dire, sans relations économiques, sans engagements avec les autres nations, sans relations politiques, sans appartenance à aucun groupement, sans alliances, éloigné de la société des autres hommes.

Là aussi il y a les deux aspects:

•   d’une part, l’aspect politique: dans la mesure où on ne fait pas partie d’un ensemble quelconque, notamment plus grand, plus fort, plus important que soi, on est isolé. C’était déjà la pensée d’une partie de la classe politique, heureusement pas des médias, dans les années 30 et début 40, surtout à partir du moment où notre pays fut encerclé. Il y avait une nette tendance à se soumettre;

•   d’autre part, l’aspect psychologique: être isolé est toujours grave, pour tout individu, mais aussi pour toute collectivité. L’être humain est un animal sociable, il a donc besoin de la société des autres. En le prétendant isolé, on crée chez lui un sentiment de crainte, voire de panique, ce qui est un état favorable à toute manipulation. Cela d’autant plus que le fameux «Sonderfall» helvétique a exigé de nos ancêtres une volonté farouche et une disponibilité hors du commun d’accepter les plus grands sacrifices et que dans la mesure où les générations d’aujourd’hui ne seraient plus disposées à assumer ces sacrifices, il ne reste que la soumission.

Cette affirmation «d’isolement» est véritablement devenue la tarte à la crème du dénigrement du pays: seule contre le monde entier, le besoin de s’ouvrir à l’Europe, les villes disent oui à l’ouverture de la Suisse, influencer l’UE de l’intérieur et ne plus la subir passivement.

Les exemples ne manquent pas et cette liste pourrait être rallongée à plaisir.

Un exemple de
rayonnement helvétique

Dans un prochain article, je présenterai le rayonnement helvétique, dont la seule évocation réduit à néant toutes les affirmations des partisans à la soumission. En voici, comme avant-goût, un exemple:

Le vice-président du groupe socialiste au parlement regrettait que la Suisse, du fait de son isolement, ne pourrait apporter ses connaissances et son savoir-faire dans la politique des transports. Or, c’est très exactement le contraire qui s’est produit quelques mois plus tard, où c’est l’Union européenne, enfoncée dans son «tout camions», avec les dégâts qu’on sait, qui s’est mise à suivre la Suisse, parce que cette dernière, étant indépendante, a pu décider en toute liberté de la politique à appliquer; ils n’ont pas suivi l’Autriche et ne la suivront pas, puisque étant intégrée elle n’a plus droit à la parole («Neue Zürcher Zeitung» du 7/2/01).

Comment réagir à ces flots de mensonges? C’est une tâche immense, vu que presque tous les partis et les médias s’y mettent, la plupart des politicens et des journalistes suivant allègrement. Et pourtant, il faudra bien trouver des solutions, car cela continuera.

Une des possibilités est d’émettre le constat publiquement qu’ils sont des menteurs; ce ne sera pas une injure, mais un constat, ce qui est nettement plus grave.

Une autre, plus importante et plus porteuse serait de se rassembler pour définir ce qu’on entend très exactement, et avec vue sur l’avenir, par l’indépendance dans un monde fait de blocs, la neutralité, dans un monde qui prêche la paix et s’active à la guerre, la position du pays dans les domaines de la diplomatie, du commerce, de la politique dans un monde déchiré.

Le programme peut paraître vaste; il reste toutefois en-deça de ce à quoi eurent affaire nos parents et grands-parents en 1940 – et ils en sont venus à bout.