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Quels intérêts les rapports Bergier servent-ils?

La Commission indépendante d’experts Suisse – Seconde Guerre mondiale (CIE) ou Commission Bergier a étudié pendant cinq ans le rôle de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. A la recherche de la «vérité», elle tente, avec ses 25 études particulières et son rapport de synthèse qui vient d’être rendu public, de réécrire l’histoire de notre pays pendant la période noire. Au cours des années, elle a dû elle-même retirer certaines critiques qu’elle avait formulées. Mais elle a maintenu une grave accusation, celle de la contribution de la Suisse à la réalisation de l’Holocauste. Or, cela ne correspond absolument pas aux faits historiques. A ce sujet, la Commission a tout simplement occulté certains faits, ce qui montre que son propos n’était pas d’établir la vérité historique, bien au contraire. Elle avait une autre mission: détruire le modèle d’une Suisse qui a su résister, qui, en des temps extrêmement difficiles, n’a pas succombé aux tentations totalitaires. C’est le Conseil fédéral qui porte la responsabilité de cette entreprise et des dommages qui en résultent pour notre pays, un Conseil fédéral qui a cédé aux pressions intérieures et extérieures et qui a vendu l’honneur du pays pour une bouchée de pain. Il est urgent maintenant d’étudier à fond l’histoire de la Suisse dans les années 90 et de faire connaître les noms de ceux qui, outre le gouvernement et la Commission Bergier, ont participé à cette farce.

ro. Au prix d’un gaspillage de 22 millions, la CIE vient de confirmer ce que des historiens de renom et de nombreux témoins de l’époque savaient depuis longtemps: premièrement que les relations économiques de la Suisse avec ses «voisins puissants» n’ont pas prolongé la guerre; deuxièmement, qu’aucun train de déportés n’a jamais traversé la Suisse et, troisièmement, que la prospérité des banques suisses ne provient pas des avoirs laissés par les victimes du nazisme. Ces trois accusations tout à fait indéfendables qui visaient uniquement à attiser l’hostilité à l’égard de notre pays ont donc été totalement réfutées par la Commission. En outre, elle a constaté à plusieurs reprises que ni les autorités ni des particuliers n’ont agi par mauvaise intention ou sympathie pour le régime nazi. Cependant, malgré ces mises au point, le rapport final de la Commission contient des contrevérités et des allégations malveillantes.

La Suisse n’a pas participé
à l’Holocauste

Contrairement à la vérité factuelle et en toute connaissance de cause, le président de la CIE Jean-François Bergier a, lors de sa dernière conférence de presse, dit des contrevérités déjà exprimées auparavant. Il a déclaré que la politique de la Suisse avait «contribué à la réalisation du plus cruel des objectifs nazis, l’Holocauste». Cette accusation monstrueuse ne correspond pas aux faits historiques. A ce sujet, Urs Rauber a indiqué, dans un article de la NZZ am Sonntag du 24 mars, que la Commission Bergier avait tout simplement occulté certains faits. En décembre 1999 avait été publié un rapport intermédiaire sur la politique de la Confédération à l’égard des réfugiés pendant la Seconde Guerre mondiale. De nombreux historiens et spécialistes avaient objecté que ce rapport était très tendancieux et qu’il ne résistait pas à un sérieux examen scientifique des faits. Grâce à des études de détail statistiquement solides, ils montrèrent à l’évidence que le nombre des réfugiés refoulés à la frontière suisse avancé par la Commission Bergier était beaucoup trop élevé. Ces études sérieuses parviennent à la conclusion que pendant la guerre, notre pays a accueilli en moyenne 86% des réfugiés et en a refoulé 14%. La proportion des juifs refoulés est de 8%. On arrive ainsi à un total maximum de 3500 réfugiés refoulés à nos frontières pendant la guerre.*

La CIE ne prend pas
certains faits en considération

Certes, la CIE s’est vue obligée de présenter, à l’automne 2001, sa nouvelle version du rapport comme une édition «revue et augmentée». Le rapport final également consacre à la politique à l’égard des réfugiés un chapitre de plus de 70 pages, mais ni la nouvelle édition de 2001 ni le rapport final de 2002 ne tiennent compte des objections et ne corrigent les contrevérités. La Commission Bergier, qui prétendait que sept fois plus de réfugiés avaient été refoulés, a fait l’impasse complète sur la controverse scientifique animée qui a eu lieu surtout en Suisse romande. Les études romandes ne figurent même pas dans la bibliographie de la nouvelle version du rapport sur les réfugiés! A ce sujet, Urs Rauber écrit: «La CIE a éludé le débat sur les faits qui contredisent ses propres recherches. Une telle attitude a beaucoup à voir avec l’ignorance et l’arrogance mais peu avec l’esprit scientifique.»

Il convient maintenant de se demander quels intérêts sert cette entreprise. Par un arrêté du Conseil fédéral qui reposait lui-même sur un arrêté fédéral urgent, le gouvernement a conféré à la CIE une autorité officielle inhabituelle que le sujet ne justifiait pas. En outre, la CIE a obtenu un privilège unique: elle disposait du pouvoir juridique d’exiger l’accès à tous les documents nécessaires à ses recherches. Le 3 juillet 2001, le Conseil fédéral décida que les copies de documents des entreprises privées pourraient être récupérées par celles-ci et qu’elles ne seraient donc pas déposées aux archives fédérales. Ainsi certaines affirmations de la CIE ne pourront peut-être plus être vérifiées.

Ainsi on voit glorifier une histoire écrite par des «historiographes de Cour», comme à l’époque soviétique. L’arrêté du Conseil fédéral de 1996 précisait que la CIE devait servir à la «recherche de la vérité historique». Selon le professeur Jörg Fisch (cf. NZZ am Sonntag du 17 mars 2002), «l’Etat a abandonné sa neutralité vis-à-vis des affaires intérieures en accordant à la Commission un poids qu’elle n’aurait pas pu avoir si toutes les forces avaient pu librement entrer en jeu».

Que faire?

Il ne faut en aucun cas que les travaux non scientifiques et tendancieux de la CIE soient adaptés pour les écoles et les universités, comme le demandent Jakob Tanner, membre de la CIE, et la conseillère fédérale Ruth Dreifuss. Cette «écriture officielle de l’histoire», dépourvue d’objectivité, ne doit pas être élevée au rang de «vérité» de type soviétique. Il faut en revanche que les «contre-rapports» sérieux et scientifiquement fondés trouvent un meilleur écho dans le débat public et dans les écoles et les universités. L’ouvrage de Walther Hofer et Herbert R. Reginbogin: Hitler, der Westen und die Schweiz, 1936–1945 (Zurich 2001, ISBN 3-85823-882-1), qui en est à sa deuxième édition, de même que Stephen P. Halbrook, La Suisse encerclée (Genève 2000, ISBN 2-05-101783-2), Angelo M. Codevilla, La Suisse, la guerre, les fonds en déshérence et la politique américaine (Genève 2001, ISBN 2-05-101876-0) et Jean-Pierre Richardot, Une autre Suisse 1940–1944 (Genève 2002, ISBN 2-8309-1021-4) offrent pour le moment un solide contrepoids.

En outre, il est urgent de renforcer et de développer à l’avenir la démocratie suisse. Si le Conseil fédéral contribue une nouvelle fois, à l’aide d’un arrêté urgent, à déclencher une crise pour notre pays, il faudra absolument recourir au référendum. C’est déjà possible aujourd’hui. A l’avenir, la population suisse devra être plus vigilante et réagir plus rapidement.          

* Pierre Flückiger/Gérard Bagnoud: Les réfugiés civils et la frontière genevoise durant la Deuxième Guerre mondiale, Genève 2000;
Ruth Fivaz-Silbermann: Le refoulement de réfugiés civils juifs à la frontière franco-genevoise durant la Seconde Guerre mondiale, Genève 2000; Jean-Christian Lambelet: A Critical Evaluation of the Bergier Report on «Switzerland and Refugees during the Nazi Era», Lausanne 2001