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Ce sont les femmes qui font les frais des guerres Le vendredi 8 mars a eu lieu la Journée internationale des femmes. On en a peu parlé en Suisse. Il vaut pourtant la peine de rappeler ce qui suit: dans le monde, les femmes et les jeunes filles effectuent les deux tiers de la totalité du travail mais elles sont presque partout désavantagées par rapport aux hommes. Dans les guerres, la plupart des morts et des blessés et 80% des réfugiés sont des femmes, des enfants et des personnes âgées. Ce sont eux qui font les frais des guerres. Le samedi 9 mars a eu lieu la cérémonie funèbre de Verena Karrer qui a été tuée à 69 ans le 22 février en Somalie dans des circonstances restées mystérieuses. Sage-femme et enseignante en matière de soins aux malades, elle travaillait en Somalie depuis 1993 et faisait chaque jour l’expérience des conséquences de la guerre: peur, faim, criminalité, chômage, manque d’écoles et de soins médicaux, blessés, tuberculose, lèpre, choléra, usw. On estime qu’il suffirait de 80 milliards de dollars US pour couvrir les besoins sanitaires de tous les habitants de la terre: approvisionnement en eau, hygiène, nourriture, systèmes de santé, instruction de base et revenu minimum. Or la seule campagne de représailles américaine en Afghanistan coûte plus de 40 milliards de dollars et chaque année, dans le monde entier, on en gaspille 800 pour la défense. A Merka, en Somalie, Verena Karrer avait mis sur pied une coopérative qui gère un dispensaire, une école primaire, une école professionnelle, un lycée et une exploitation agricole. C’est la contribution qu’elle avait apportée à la paix depuis sa retraite. Son père avait été objecteur de conscience. «Une expérience vécue à l’âge de 17 ans en gare d’Oerlikon l’avait profondément marqué: il avait vu d’innombrables blessés de guerre – des soldats étrangers – sans jambes ni bras que l’on descendait d’un train et s’était dit: plus jamais je ne porterai une arme. Il s’était intéressé à la politique, avait réfléchi à la manière de résoudre pacifiquement les conflits et c’est ainsi qu’il avait fait la connaissance de Leonhard Ragaz* et de son mouvement.» J’ai tiré cette citation de l’ouvrage de Verena Karrer Subversive Liebe qu’elle avait écrit il y a plus de 20 ans, longtemps avant de s’engager en Somalie. Heinrich Frei, Zurich
* Leonhard Ragaz était professeur de théologie à l’Université de
Zurich. Il se solidarisa avec le mouvement ouvrier et fonda un mouvement
religieux et social qui existe encore aujourd’hui |