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La peste en Inde – simple hasard? En Inde – cela a été confirmé par différents tests – la peste pulmonaire a fait son apparition. Quatre personnes sont mortes de cette maladie jusqu’à présent et douze autres sont maintenues en quarantaine. ke. On pourrait se faciliter la vie en disant que l’Inde est une région où surviennent de temps en temps des cas endémiques – c’est-à-dire limités localement – de peste. De plus, les conditions hygiéniques sont mauvaises et, suite à une élimination insuffisante des déchets, il y a beaucoup de rats dont les puces peuvent contaminer les hommes. Mais pouvons-nous vraiment en rester là aujourd’hui? Depuis la parution du livre de Ken Alibek et de Stephen Handelman «La guerre des germes», et de «Germes. Les armes biologiques et la nouvelle guerre secrète»*, dû à trois collaborateurs du «New York Times», nous savons que l’agent pathogène de la peste pulmonaire est aussi disponible comme arme biologique et qu’il faut se garder de juger d’emblée naturelles des apparitions d’épidémies. Si l’on rapporte aujourd’hui que des scientifiques s’attendent à une mutation prochaine du virus de la variole, cela peut signifier que l’on prépare l’utilisation de virus de la variole génétiquement manipulés. De même, si, depuis environ 5 ans, les médias évoquent tous les hivers la possibilité envisagée par les scientifiques d’une pandémie de grippe, parce qu’il y en a une tous les 30 ans, c’est peut-être pour que l’on ne s’étonne pas d’une véritable épidémie, produite par des agents pathogènes manipulés, qui frapperait la population. Mais revenons à l’Inde. Sachant ce qui précède, on peut douter que la cause soit naturelle: La peste pulmonaire ne peut apparaître «comme ça». En admettant – bien que la peste passe pour être éradiquée en Inde – que des germes subsistent chez les rats et que de temps en temps des puces soient transmises à des êtres humains, cela n’expliquerait que la peste bubonique. C’est la forme de peste qui se manifeste chez des personnes piquées par des puces de rats infectés. Celles qui sont atteintes de la peste bubonique, peuvent, si l’agent pathogène infeste les poumons, la transmettre en toussant par infection aérogène, par gouttelettes de salive à d’autres individus, qui, en respirant l’agent pathogène, contractent la peste pulmonaire. Cela veut dire que lors d’une infection à partir d’un réservoir naturel au moins un individu contracte la peste bubonique avant que la peste pulmonaire se propage. Or, cela n’a pas été rapporté. D’autre part, lors d’une attaque aux armes biologiques par aérosol on peut s’attendre uniquement à des cas de peste pulmonaire. C’est ce qu’on a d’ailleurs observé lors d’une épidémie de peste en 1994 à Surat en Inde: personne n’avait contracté la peste bubonique, mais on avait enregistré 272 cas de peste pulmonaire, 56 morts et chaque jour de l’épidémie avait représenté un dommage économique de plusieurs millions de dollars. Dernièrement, jusqu’aux résultats des tests, les experts se demandaient s’il s’agissait vraiment de la peste, parce que les agents pathogènes ont du mal à subsister par des températures hivernales. Si l’on veut analyser la question globalement, il faut tenir compte également de la situation politique. La région dans laquelle ces cas de peste ont été diagnostiqués est directement attenante au Cachemire et au Pakistan. Le conflit du Cachemire prend de plus en plus une dimension mondiale. Récemment l’Inde a refusé l’ingérence des Etats-Unis tandis que le Pakistan y est favorable et veut aussi faire appel à l’ONU. En matière de guerre biologique, à part les dommages humains et économiques, il faut aussi penser aux effets psychologiques. Ainsi on peut, en recourant à des germes de fièvre aphteuse, imposer le bouclage de régions entières, sur simple suspicion et empêcher ainsi des rencontres, des élections, etc. En Inde, la peste signifie la panique; avec une épidémie on peut déclencher des exodes et paralyser complètement la vie d’une population, car au XXe siècle encore, à peu près 12,5 millions de personnes y sont mortes de la peste et la peur est profonde. Ces évènements sont à suivre attentivement. • * Miller, Judith/ Engelberg, Stephen/ Broad, William, Germes. Les armes biologiques et la nouvelle guerre secrète, Paris 2002 (Fayard) |