accès direct aux numéros

Journal favorisant la pensée indépendante,
l'éthique et la responsabilité

Lavage de cerveau à la Couchepin,
une application de la psychologie des masses

Encore un conseiller fédéral qui devient une marionnette du grand capital

On sait que la situation économique de la Suisse est bonne. On sait également que les Suisses travaillent beaucoup et bien. Selon une étude récente commandée par le conseiller fédéral Couchepin, les Suisses sont pourtant «peu productifs». Sur 180 pages, un «rapport sur la croissance» du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) explique pourquoi les Suisses ont une faible productivité et comment surmonter cette situation prétendument catastrophique. Le lecteur informé a déjà deviné de quoi il s’agit même sans avoir lu cette étude: Couchepin veut «renforcer la croissance économique» de la Suisse et cela grâce à davantage de «concurrence», de «libéralisation» et de «mondialisation». Une fois de plus, on manipule le peuple.

thk./rt. Les auteurs de l’étude du Seco ont bien dû constater que la Suisse est un des pays les plus riches et les plus «assidus au travail». Pourtant l’économie stagne. Les conclusions de ce rapport sont si typiques et si simples qu’on a l’impression qu’elles étaient établies au départ: Si la Suisse veut réussir à l’avenir, elle doit augmenter la croissance et la productivité du travail. Les auteurs du rapport se basent sur les facteurs suivants: finances publiques, capital humain, innovations et stabilité «macroéconomique». La recette avec laquelle ils veulent remédier à ce qu’ils considèrent comme une crise pourrait dater des années 80, de la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher ou des Etats-Unis de Ronald Reagan: «concurrence accrue sur le marché», «réformes fiscales favorables à la croissance», «stabilisation de la quote-part de l’Etat» et «imbrication internationale». Les expériences ratées de la Nouvelle-Zélande et de la Hollande nous permettent de comprendre ce que signifient ces différents points dans le détail. La Nouvelle-Zélande ne possède plus d’institutions nationales. Récemment, l’Etat s’est effondré. La Hollande est totalement ruinée. Le système de santé est dans un état plus désastreux que celui de la Grande-Bretagne et la situation de l’école publique est catastrophique. Mais le pays connaît une croissance économique.

Il faut se poser la question de savoir quels pays le département Couchepin prend pour référence (voir l’encadré). En constatant qu’«on ne s’occupe consciemment que de la dimension économique», le conseiller fédéral se dérobe consciemment aux conséquences sociales et économiques de son rapport.

Mais ce n’est pas tout. L’analyse maison venait juste de paraître lorsque Couchepin a nommé un «groupe de travail interdépartemental» ayant pour mission de traduire les lignes directrices du rapport en «mesures concrètes». Le lecteur ne se voit pas seulement présenter des analyses effectuées selon des approches démodées, il doit également agir tout de suite en conséquence. La vitesse à laquelle travaille le département de Couchepin est si vertigineuse qu’il faudrait la qualifier de criminelle. Au vu des problèmes économiques et sociaux auxquels la Suisse va être confrontée dans les dix années qui viennent, cette politique économique paraît insensée. Le développement économique des prétendus «pays de réference», la Nouvelle-Zélande, la Hollande et l’Autriche n’ont eu pour les populations que des effets néfastes. Seules quelques multinationales et quelques personnes en ont profité. Il faut sérieusement se demander au nom de qui Pascal Couchepin s’agite en tous sens.

* * *

Les analyses dont nous avons besoin ne doivent pas se fonder sur des grilles et des recettes dépassées datant des années 80, mais tenir compte de manière rationnelle des expériences faites jusqu’ici et être orientées vers l’avenir. D’une part, on observe fréquemment des crises mondiales qui – par le fait que les acteurs économiques sont reliés par un réseau global – les entraînent tous dans le gouffre. D’autre part, la froideur sociale du programme économique néolibéral n’est pas seulement proverbiale. Elle se manifeste dans l’effondrement des institutions sociales. Ces conséquences d’une politique économique visant le profit et la «shareholder value» sont en contradiction totale avec une politique attachée à l’intérêt général, qui représente la véritable mission de l’Etat. La Suisse tout particulièrement bénéficie aujourd’hui encore d’une protection sociale très développée. Pourquoi donc détruire ce dont nous aurons besoin à l’avenir et introduire ce qui a depuis longtemps mené d’autres pays à la ruine?