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L’AVS et les caisses de pension dilapident
en Bourse la fortune du peuple

bs. L’année dernière, de façon tout à fait irresponsable, le Parlement suisse a permis au fonds de compensation de l’AVS de spéculer sur les marchés d’actions internationaux avec l’argent de la prévoyance. Avec sa fortune de 20,7 milliards de francs, la prévoyance de l’Etat compte parmi les plus gros investisseurs de Suisse.

La semaine dernière, l’administrateur de l’AVS, Dominique Salamin, a annoncé qu’il projetait d’augmenter la part des actions de 30 à 40%. Cela fait 2 milliards de francs en plus avec lesquels on achètera des titres surtout sur les marchés boursiers américains. Et cela, au moment où il ne se passe pas de jour sans qu’on entende parler d’entreprises surévaluées qui se sont effondrées et de managers coupables d’escroqueries. Mais l’occasion semble bonne à nos responsables parce qu’il «faut acheter au moment où personne d’autre n’en a le courage» (Hans Kaufmann, conseiller national UDC). C’est une stratégie qu’on appelle «anticyclique» en jargon boursier: acheter des actions bon marché dont personne ne veut parce que leur valeur s’est effondrée en espérant que celle-ci remontera pour les revendre ensuite rapidement avec bénéfice. Si cette stratégie marche, on gagne de l’argent sur le dos des anciens actionnaires. C’est de l’argent sale, pour lequel personne n’a travaillé. Si la stratégie ne marche pas et que la baisse de la Bourse persiste, l’argent destiné aux retraites de la population suisse sera perdu.

En tout cas, à ce jeu-là, l’AVS a perdu 2,6% de sa fortune l’année dernière. L’année 2001 a été l’une des trois plus mauvaises pour la Bourse des cent ans écoulés. Il ne fait aucune doute que cette année-ci sera encore pire.

De même, les caisses de pension privées spéculent avec la fortune de la prévoyance, environ 90 milliards, sur les marchés boursiers internationaux et au premier chef la Rentenanstalt, dont les pertes semblent être si importantes qu’elle ne peut plus garantir le taux d’intérêt minimal de 4% sur les avoirs des affiliés.

Le Conseil fédéral qui, semble-t-il, a connaissance de chiffres qui ne sont pas connus de la population, a fait savoir avant les vacances d’été, de manière tout à fait inattendue, qu’il avait l’intention d’abaisser le taux minimal des caisses de pension à 3 %. Selon le conseiller fédéral Kaspar Villiger, les caisses de pension sont menacées d’effondrement si ce projet n’est pas accepté. Les radicaux sont favorables à un modèle dans lequel les taux d’intérêt seraient adaptés aux fluctuations de la Bourse. La prévoyance serait ainsi à la merci de l’économie mondiale.

Au vu de ce désastre, il faut poser quelques questions. La Rentenanstalt était une coopérative jusqu’en 1997; ensuite elle a été transformée en société anonyme. A l’annonce du projet du Conseil fédéral d’abaisser les taux d’intérêt, la valeur des actions est montée. Si, plus tard, le taux d’intérêt minimal remontait, la valeur des actions de la Rentenanstalt baisserait. Par conséquent, les intérêts des actionnaires sont à l’opposé de ceux des assurés. Qui a demandé et imposé la transformation en société anonyme? Qui en a profité?

Sous la direction de Manfred Zobel, qui a démissionné en février dernier, la Rentenanstalt a poursuivi une stratégie d’expansion massive. Elle a acheté des établissements financiers pour 5 milliards de francs, notamment le groupe de la Banca del Gottardo. Ces efforts d’expansion à la mode Swissair ont-ils entraîné la mauvaise situation financière de la Rentenanstalt? Et, dernière question: dans quelles actions la Rentenanstalt a-t-elle investi ces dernières années et où a-t-elle enregistré des pertes?

La population a le droit de participer aux décisions concernant l’argent des retraites. La lourde responsabilité que représente la prévoyance ne peut être confiée à des managers atteints de folie boursière!