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La Suisse face à ses détracteurs

Conférence donnée par Jean-Jacques Langendorf le 5 juillet à Lausanne

ag. Ces dernières années, la Suisse a été attaquée d‘une manière inouïe de l’extérieur aussi bien que de l’intérieur. Invité par l’association Suisse-Info, Jean-Jacques Langendorf, dans sa conférence de Lausanne, a placé, devant plus de 200 auditeurs, ces événements dans leur contexte historique.

Les Américains visaient l’Europe, mais pourquoi ont-ils attaqué précisément la Suisse et non pas les pays voisins? A cause de l’état de déliquescence morale du pays.

Ce climat est nourri depuis vingt ans par ceux qu’il appelle les «cracheurs dans la soupe». Ils s’agit entre autres de Max Frisch, de Friedrich Dürrenmatt, de Nikolaus Meienberg et surtout du dénommé Jean Ziegler qui adore, paraît-il, les exagérations. Donc pour Ziegler des centaines de milliers de réfugiés auraient été refoulés aux frontières et des milliards de francs se trouveraient dans les banques suisses. Ces affirmations sont d’autant plus dangereuses qu’il était professeur à l’université de Genève et qu’il a pu infecter des générations d’étudiants. L’intelligentsia suisse crachait dans la soupe et les Américains sont arrivés en renfort avec leur extraordinaire machine de guerre.

Langendorf remonte dans le temps. Il compare l’état du pays pendant les deux guerres mondiales. Lors de la guerre de 14-18, le pays n’était pas préparé militairement et aucune mesure économique n’avait été prise, si bien qu’il a fallu tolérer sur notre territoire deux institutions contrôlées par des étrangers. L’une était la Société suisse de surveillance économique (SSS), contrôlée par l’Entente, et l’autre, la «Treuhand», contrôlée par les puissances centrales. Ces deux sociétés possédaient le droit discrétionnaire d’accorder et de refuser l’autorisation d’importer et d’exporter, de contrôler le bilan des firmes et de surveiller les correspondances. On peut vraiment dire qu’alors la Suisse avait perdu son indépendance. De plus, le président américain, Wilson avait pris la décision de traiter les pays neutres au même titre que les belligérants germano-autrichiens, ce concernait également la Suède et la Hollande. A cause des mesures prises dans ce contexte, le pays se trouvait au bord de la famine. En outre il était divisé: il y avait un fossé entre les Alémaniques qui étaient germanophiles et les Romands qui étaient francophiles.

La Situation fut tout à fait différente pendant la Seconde Guerre mondiale. A la montée de l’hitlérisme tout le monde, même les socialistes, était convaincu qu’il fallait une armée forte. On a créé une compensation. Tous ceux qui n’étaient pas mobilisés versaient un pourcentage de leur revenu pour les familles des mobilisés. On a aussi instauré un système de cartes de rationnement efficace pour lutter contre le marché noir. Et, à la différence de la Première Guerre mondiale, la cohésion de la population était extraordinaire. Le pays était uni, apte à se défendre.

Ce qui est passé sous silence dans le rapport Bergier, c’est le problème de la neutralité. Un des membres de la commission «d’experts indépendants», Saül Friedländer, a déclaré: Si seulement les Suisses avaient pris exemple sur la Suède! Mais la Suède a laissée transiter 2 millions et demi de soldats allemands dans les deux sens. Comparées à celles de la Suisse, les fautes de la Suède ont été monstrueuses.

Les pays neutres sont soumis à des obligations parfaitement fixées par la Convention de la Haye. Ils peuvent livrer des armes à tous les belligérants à condition qu’elles ne soient pas fabriquées par des usines nationales. Ils doivent s’efforcer de tenir la balance égale. C’est ce que la Suisse a fait. La neutralité armée était reconnue par les belligérants. La Suisse encerclée était soumise à des pressions des deux côtés.

Le grand problème est que les Américains ne connaissent pas la notion de neutralité, pour la raison philosophique très simple qu’ils sont l’incarnation du Bien: Dieu est Américain. Donc si on se déclare neutre par rapport à l’Etat du Bien, on est du côté du Mal et c’est exactement ainsi que la Suisse était considérée. Quand la première délégation américaine est venue dans notre pays en 1944, les conseillers fédéraux ont d’abord dû leur expliquer la neutralité. Il ne faut pas oublier que la Suisse était encerclée, que l’Allemagne était extrêmement agressive et que les Anglo-Saxons ne l’étaient pas moins. Le Conseil fédéral est arrivé avec une intelligence remarquable à naviguer et à sauver le bateau de la tempête durant ces 5 années tragiques. C’est aussi dans ce contexte qu’il faut considérer la politique des réfugiés et celle de l’or.

Combien de juifs ont été accueillis ou refoulés? Grâce aux archives de l’Etat de Genève où sont conservés tous les documents de 1943 à 1945 on peut extrapoler les chiffres et on arrive à peu près à 5000 refoulements. Mais il ne faut pas confondre refoulés et refoulements. Très souvent, les gens ont essayé plusieurs fois de passer et très souvent les douaniers leur disaient de tenter leur chance à un autre endroit. En outre, le Conseil fédéral a mené une double politique: il était dur dans ses déclarations mais sur le terrain, on faisait preuve d’un laxisme extraordinaire.

Parmi les moyens de pression utilisés contre la Suisse, il y a les fameux rapports. Le premier est le rapport Eizenstat, du nom du sous-secrétaire d’Etat qui a raconté n’importe quoi; la moitié de ses phrases commençant par «il paraît», «il semble», «selon certaines rumeurs» etc. Le second est le rapport Volker, qui concerne les fonds en déshérence. Il est beaucoup plus honnête. Mais là aussi, les chiffres ont été fortement exagérés.

Et maintenant nous avons le rapport Bergier, de la «commission d’experts indépendants». Langendorf en cite trois membres: Saül Friedländer, M. Picard, qui a écrit un livre sur les juifs, en Suisse et Jakob Tanner, historien à l’université de Bâle, qui a écrit une thèse sur le Réduit. C’est lui qui a dit que les résultats de la commission Bergier devraient être consignés dans les manuels scolaires. Ce rapport, dans l’esprit du grand public, constitue évidemment une référence. Langendorf conclut en citant Beaumarchais: «Médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose.»