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l'éthique et la responsabilité

Parution récente d’un ouvrage d’Angelo M. Codevilla

La Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale

Une opinion avisée venant des Etats-Unis

Parallèlement à la publication du flot de rapports partiaux de la Commission Bergier sur la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, les éditions Slatkine sortent à point nommé une étude qu’aucun citoyen attentif ne devrait ignorer. En effet, son auteur, citoyen américain et professeur en relations internationales à l’Université de Boston, ancien officier de la U.S. Navy, ancien Conseiller en matière de politique étrangère au sénat américain, membre du Sénat Select Committee on Intelligence, nous offre un regard extérieur objectif qui est absent des rapports des «historiens» de la Commission Bergier, dont une partie sont très jeunes. Pour Codevilla, fin connaisseur des affaires intérieures américaines, il est évident que la Suisse a été la victime d’une campagne et que cette campagne avait peu de choses à voir avec la morale, l’attachement à la vérité historique et la réparation d’injustices. L’auteur montre de manière détaillée qu’il s’agissait plutôt de gros sous, de chantage et du désir pour certains de se mettre en valeur. Le fait que cet ouvrage soit également un hommage rendu au modèle de démocratie directe de la Suisse, «sister republic» des Etats-Unis, confortera nos compatriotes et leur rappellera des évidences. Ils apprendront également que Codevilla est extrêmement inquiet pour la réputation de son propre pays dont la politique hégémonique méprise avec arrogance le droit international. Après le 11 septembre, cela acquiert une importance toute particulière. «Horizons et débats» reproduit ici des extraits de l’ouvrage. Les intertitres et les mises en évidence sont de la rédaction.

Une campagne orchestrée
et leurs dirigeants

«Entre 1995 et 1999, une campagne de publicité orchestrée par l’administration Clinton, conjointement avec Edgar Bronfman, magnat des médias et de l’alcool, a caricaturé le rôle de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale, au point de donner une idée dangereusement fausse de la marche du monde aux personnes peu familiarisées avec les réalités de la guerre. Bronfman, le plus grand donateur du parti démocrate des Etats-Unis, président et financier du Congrès Juif Mondial, a usé de son formidable pouvoir pour persuader le président des Etats-Unis, le président du Senate Banking Commitee, un réseau de fonctionnaires locaux et nationaux, une armée de juristes et les médias de raconter une histoire ahurissante: de nouvelles découvertes auraient montré que la Suisse avait été, en fait, l’alliée de l’Allemagne nazie, que le peuple suisse partageait la responsabilité de l’Holocauste et que les banques suisses avaient volé les capitaux des juifs exterminés.» (p. 11–12)

Pas une seule donnée nouvelle

«A l’évidence, il n’y avait pas une seule donnée nouvelle dans cette explication. Mais Bronfman n’en réussit pas moins à convaincre deux des plus grandes banques suisses, qui ensemble réalisent quelque 4 milliards de dollars de profits annuels aux Etats-Unis, qu’elles ne pourraient plus poursuivre leurs activités à New York si elles ne mettaient pas d’importantes sommes d’argent à sa disposition.

Le 12 août 1998, lorsque ces banques acceptèrent de verser 1,25 milliard de dollars sur trois ans à l’organisation de monsieur Bronfman, l’opération de dénigrement s’interrompit brusquement, et l’on cessa bientôt de parler de l’attitude de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale. Tant pis!»

Privatisation de la politique étrangère
des Etats-Unis

«Cette campagne était significative en soi: une puissante organisation privée avait persuadé de hauts fonctionnaires américains, ainsi que le système juridique américain, qu’il fallait obliger des étrangers faisant affaire dans ce pays à verser un énorme pot-de-vins. Des agents du service public avaient servi des intérêts privés, sans qu’aucun corps législatif n’eût voté, sans qu’un représentant de l’exécutif n’eût pris une seule décision dont il pourrait avoir à répondre par la suite, sans qu’un tribunal n’eût rendu de jugement ou n’eût seulement déclaré recevables les témoignages ou les preuves. Nous avons là une illustration supplémentaire du fait que les Etats-Unis ne cessent de s’écarter du respect de la loi et d’une politique étrangère responsable.» (p. 11–12)

Un pseudo-événement

«Le terme qui définit le mieux la campagne anti-Suisse de 1995-1999 est ‹pseudo-événement›, forgé il y a une trentaine d’années par le bibliothécaire du Congrès, Daniel Boorstin, dans son monumental ouvrage The Image: A Guide to the Pseudo Event in America. Autrefois, écrivait Boorstin, on rapportait des événements qui s’étaient réellement produits. Aujourd’hui, les pseudo-événements n’existent que dans la mesure ou quelqu’un réussit à les rapporter. Le caractère artificiel de la controverse sur la prétendue infamie de la Suisse, récemment mise à jour, saute aux yeux, lorsqu’on se rend compte qu’elle ne comporte aucun élément d’information nouveau. En 1996, le Sénateur Alfons D’Amato (Républicain – NY), qui contribua par tous les moyens à répandre la rumeur, le reconnut à sa façon en disant que, bien que la question eût été étudiée de façon exhaustive depuis longtemps, elle était totalement nouvelle pour lui. Hélas, le passé est riche d’incertitudes pour ceux qui n’ont pas fait l’effort de les découvrir.

En fait, toutes les informations, si minimes soient-elles, à la charge ou à la décharge de la Suisse, avaient été archivées un demi-siècle plus tôt, après avoir été examinées sous toutes leurs coutures par les acteurs de cette partie de la guerre. En bref, les instigateurs de la campagne ressuscitaient des fragments d’une vielle histoire pour étayer des jugements diamétralement opposés à ceux des protagonistes de l’époque.» (p. 20)

Une leçon pour le peuple américain?

«Les leçons les moins importantes concernent la campagne anti-Suisse à proprement parler. Elles ont surtout trait à l’état de la politique américaine à la fin du XXe siècle. Seul fait tangible, en résumé: une coalition d’Américains puissants a orchestré une campagne nouvelle en se servant du pouvoir et du prestige du gouvernement des Etats-Unis pour faire main basse sur d’importantes sommes d’argent.» (p. 21–22)

La Suisse – un îlot de paix

«Ceux qui étaient chargés de mener la guerre économique contre les puissances de l’Axe ont depuis longtemps expliqué pourquoi les personnes responsables de la politique étrangère des Alliés ont traité la Suisse comme elles l’ont fait. En 1946, David L. Gordon et Royden Dangerfield ont écrit comment le ‹Bureau du Blocus, Ministère de l’Economie étrangère› du gouvernement américain, qu’ils avaient dirigé, avait fait pression sur les pays neutres pour qu’ils réduisent leurs activités économiques avec l’Axe et participent à l’effort de guerre des Alliés. La Suisse, disaient-ils, avait été considérée comme un cas à part du fait qu’elle était complètement encerclée. Aussi les responsables Alliés de la guerre économique l’autorisèrent-ils à commercer sur le plan mondial dans des proportions cinq fois plus élevées que les autres pays neutres en ce qui concerne les ‹matériaux de l’ennemi›. Quant à la question de savoir qui était du côté de qui, ils écrivaient: ‹La grande majorité des Suisses et des Suédois espéraient sans aucun doute que les Alliés l’emporteraient. Mais, contrairement aux Nazis, les Alliés ne menaçaient pas de les envahir. Aussi, jusqu’à ce que la victoire Alliée parût certaine et imminente, les Suédois comme les Suisses dévièrent-ils de la stricte neutralité en faveur de l’Allemagne. Ils cédaient à contre cœur, pouce par pouce, cherchant à gagner le plus de temps possible, et tirant profit de tous les prétextes à marchandage qui leur donnaient du champ pour manœuvrer – obligés finalement de céder. Cependant, ils luttaient avec obstination pour maintenir le contact avec les Alliés. […] Ils restèrent ainsi de petits îlots de paix et de prospérité relative dans un continent réduit en esclavage et assiégé.›» (p. 30–31)

Eizenstat perd
toute crédibilité

«Dans sa préface à leur ouvrage The Hidden Weapon, Thomas K. Finletter, qui fut l’adjoint spécial au secrétaire d’Etat E.R. Stettinius Jr. ainsi que le confident de Franklin Roosevelt, écrit que Gordon, Dangerfield et leur Division du Blocus avait admirablement géré la politique du gouvernement.

Sur quelles bases le rapport Eizenstat se permet-il de contester ces conclusions? En fait, le rapport n’essaie même pas d’expliquer en quoi Churchill, Roosevelt, Stettinius ou les belligérants économiques de l’Amérique avaient tort – et par conséquent perd toute crédibilité. Mais lorsqu’on a le pouvoir et le statut social, se soucie-t-on de crédibilité?» (p. 31–32)

La Suisse s’est trouvée entre
le marteau et l’enclume

«Historiquement parlant, les pays neutres sont toujours soumis aux pressions des deux blocs de belligérants. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse s’est trouvée coincée entre deux blocus concentriques. Le blocus externe, imposé par les Alliés, limitait les échanges commerciaux à la fois vers la Suisse et en provenance de la Suisse, ceux-ci sachant pertinemment que les Allemands pouvaient faire pressions sur les Suisses pour exiger une partie des matières échangées. Le blocus interne, imposé par les Allemands, limitait les exportations suisses en direction des pays alliés, les produits manufacturés suisses pouvant eux aussi être utilisés avec profit par les Alliés. Pour intensifier la pression, l’Allemagne limita également les importations suisses de combustibles et de denrées alimentaires. En conséquence, les Suisses devaient solliciter l’autorisation des pays de l’Axe et des Alliés pour la moindre cargaison de marchandises, qui entrait sur son territoire ou en sortait. Cela signifiait que l’Axe et les Alliés devaient marchander entre eux, par le biais d’intermédiaires suisses.

Chacune des parties était consciente de la pression que l’autre exerçait sur les Suisses.»

La Suisse exploitée
par les Alliés et les Nazis

«La totale transparence des compromis qui s’ensuivirent rend tout à fait dérisoires les affirmations de ceux qui prétendent, aujourd’hui, que des documents ‹secrets› viennent tout juste d’être découverts. Néanmoins, du fait que la guerre économique consistait à faire pression au quotidien sur l’ennemi, principalement en faisant pression sur les pays neutres, les Allemands se vengèrent des concessions que les Suisses accordèrent aux Alliés, tandis que ces derniers se vengèrent des concessions accordées par la Suisse aux Allemands. Les deux parties se rendaient compte qu’il valait mieux ne pas appliquer leurs décisions avec trop de rigidité, notamment dans le cas de la Suisse. Les deux parties comptaient sur elle pour s’occuper de leurs prisonniers de guerre. Les deux parties l’utilisaient comme boîte aux lettres et comme plaque tournante pour leurs services d’espionnage. Les Alliés laissèrent tacitement les Allemands se procurer certaines denrées par l’intermédiaire de la Suisse, tandis qu’eux-mêmes achetaient ouvertement en Suisse le seul produit industriel que l’Allemagne fabriquait mieux que quiconque: les yeux de verre.»
(p. 39–40)

L’importance de
la démocratie directe

«Le 30 août 1939, la même session mixte du Parlement qui avait élu le général Guisan donna également les ‹pleins pouvoirs› au Conseil fédéral pour la durée de la guerre. Le Parlement nomma un comité représentatif (socialistes compris) pour superviser l’exercice des ‹pleins pouvoirs› du Conseil fédéral. Les représentants du peuple eurent bientôt la surprise de constater que les membres de ce comité prisaient à tel point leurs privilèges qu’ils refusaient de communiquer certaines informations à leurs collègues du Parlement, désormais réduits au rôle de spectateurs mal renseignés. Non sans raison, les membres du Parlement, comme les citoyens, ne tardèrent pas à devenir méfiants.» (p.105)

En fin de compte, la politique du Conseil fédéral à l’égard des réfugiés n’aurait pu survivre à un débat au sein du Parlement. Les choses étant ce qu’elles étaient, les principes mensongers ne pouvaient qu’être démentis par la réalité sanglante. Même cela n’était pas suffisant. Ce furent finalement la désobéissance civile et la perspective de troubles plus graves, auxquels s’ajoutèrent l’érosion de l’influence de certaines éminences grises, qui ébranlèrent le Conseil fédéral. Celui-ci s’en serait certainement mieux sorti sans les ‹pleins pouvoirs›». (p.123–124)

Le peuple a une meilleure compréhension des événements que ses dirigeants

«La démocratie présente également l’avantage de mettre en œuvre des politiques plus réfléchis que celles choisis par les dirigeants seuls. L’expérience de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale démontre que le peuple, dans son ensemble, a une meilleure compréhension des événements que ses dirigeants. Cela ne signifie pas que les simples citoyens sont plus brillants intellectuellement que les élites: il ne s’agit pas d’intelligence. Il ne faut pas non plus confondre la ‹vox populi› avec la ‹vox Dei›, sous prétexte que plus les citoyens sont nombreux à décider, meilleure est la décision. Il y a dans l’histoire de nombreux cas où les nations ont pris des décisions désastreuses après en avoir longuement débattu. L’exemple le plus poignant est la décision suicidaire de l’assemblée de l’Athènes antique d’envahir la Sicile après avoir délibérément écarté tous les arguments les plus censés. Disons plutôt que le gouvernement démocratique ou la responsabilité des dirigeants devant leurs électeurs, ne fait que donner plus de chances aux meilleurs arguments d’être pris en considération au même titre que les pires.

En fait, et indépendamment du concept de démocratie, l’obligation de se conformer à des procédures formelles dans les prises de décisions contraint les dirigeants à justifier leurs décisions devant les autres et a fortiori devant eux-mêmes. Ils sont tenus d’exposer leurs stratégies en termes clairs, et savent qu’ils devront en assumer les conséquences.

Le gouvernement suisse, nous l’avons constaté, aurait sans doute évité certaines erreurs relatives à la politique des réfugiés et à la liberté de la presse si les décisions avaient été prises dans le cadre d’un processus politique normal, voire d’un référendum. La volonté politique de résister à l’Allemagne nazie et de réaffirmer les ancestrales valeurs helvétiques des droits de l’homme était plus vivace dans le peuple que dans les élites.» (p. 231–232)

L’échec des Alliés
dans la question des réfugiés

La Suisse a recueilli plus de réfugiés
que les Etats-Unis

«Tel un canot sauvetage lors d’un naufrage, la Suisse attira toutes sortes de réfugiés. Lorsque son Conseiller fédéral, détenteur du ministère de justice et police déclara, en 1942 que le ‹bateau de sauvetage était plein›, la Suisse, pays de 4 millions d’habitants, comptait déjà 80000 réfugiés. A la fin de la guerre, ce nombre était passé à 300000, dont 20000 Juifs, ces derniers représentant un demi pour cent de la population suisse. Proportionnellement, cela faisait cinq fois plus de réfugiés juifs que les Etats-Unis n’en accueillirent.» (p. 36–37)

La politique des réfugiés aujourd’hui: aux Etats-Unis et dans l’UE

«On aurait pu espérer que, tirant les leçons de la Deuxième Guerre mondiale, les gouvernements en viendraient à considérer les réfugiés sous un autre angle. En 1994 pourtant, les Etats-Unis entreprirent de renvoyer les réfugiés cubains à Fidel Castro sous prétexte qu’ils n’étaient que des ‹réfugiés économiques›, mettant ainsi définitivement fin à leur image de refuge pour les opprimés de la tyrannie communiste. Dans l’Union Européenne de l’an 2000, les politiciens de Grande-Bretagne et d’Espagne rivalisent entre eux pour limiter le nombre d’étrangers en quête de vie meilleure ou désireux d’échapper aux dictatures.» (p. 114)

De l’honteuse conférence d’Evian…

«Les autorités suisses furent ravies lorsque le président Franklin Roosevelt proposa d’organiser une conférence réunissant trente-deux pays afin de trouver des lieux d’accueil pour les Juifs en exode. La conférence s’ouvrit à Evian le 9 juillet 1938. La Suisse représentée par Rothmund, proposa de servir de relais. Mais aucun pays, même les Etats-Unis, n’accepta d’accueillir un nombre important de réfugiés.

Un problème particulier se posait à la Suisse, car elle était presque seule au monde à ne pas demander de visas aux frontières. Sa réputation de refuge attirait une proportion de plus en plus importante de réfugiés. Rien qu’en juillet et août 1938, 4600 Juifs entrèrent dans le pays sans pouvoir justifier d’une entrée ‹en transit›. En 1938 il n’était que trop facile d’utiliser ces chiffres à des fins d’Überfremdung. Les officiels suisses cherchèrent donc à limiter le droit d’entrée à ceux qui pouvaient prouver qu’ils ne feraient que transiter par la Suisse et aux seuls retraités nantis, qui étaient en mesure d’assurer leur subsistance sans chercher du travail sur le territoire de Confédération.» (p. 115-116)

…à l’honteuse conférence des Bermudes

«Les autorités helvétiques redoublèrent d’efforts pour demander aux Alliés [1942 n.d.r.] d’accueillir l’énorme flot de réfugiés juifs qui tapaient à la porte de la Suisse. Force est de constater que, pas plus lors de la conférence des Bermudes, en 1943, que lors de celle d’Evian, en 1938, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne n’acceptèrent de faire quoi que ce soit pour atténuer les souffrances des Juifs, même pas de bombarder les voies ferroviaires conduisant aux camps de la mort, allant jusqu’à éviter de dire que les Juifs étaient les principales victimes du nazisme (après la conférence, la Grande-Bretagne autorisa – à condition que la Croix-Rouge suisse soit en mesure d’organiser l’opération – 4500 enfants juifs et cinq cents tuteurs adultes à immigrer en Palestine). De nombreux Juifs européens – environ 350000, dont certains avaient d’abord fui vers la Suisse – se réfugièrent en Espagne et au Portugal.» (p. 120)

CJM, Bronfman
et l’Etat d’Israël

CJM n’est pas un agent d’Israël

«En ce qui concerne la campagne anti-suisse, et contrairement à ses affirmations, le Congrès Juif Mondial ne représentait pas l’Etat d’Israël. Interrogés par l’auteur de cet ouvrage, de hauts fonctionnaires du ministère des Affaires Etrangères à Jérusalem, qui souhaitaient conserver l’anonymat ont déclaré qu’Israël ne pensait pas que la Suisse avait collaboré avec les Nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale, que l’Etat d’Israël n’approuvait pas la campagne du Congrès Juif Mondial et qu’il tenait à s’en démarquer le plus possible. Israël, disaient ces hauts fonctionnaires, entretenait avec la Suisse des relations meilleures qu’avec tout autre pays européen. Les rapports étaient particulièrement étroits entre les forces armées des deux pays du fait qu’elles sont les seules au monde dont les effectifs de milice sont constitués essentiellement de réservistes. Israël ne ferait rien qui soit susceptible de compromettre ces relations.» (p. 188–189)

Bronfman: principaux bailleurs
de fonds du Parti démocrate

«Le pouvoir de Bronfman résidait dans ses relations haut placées au sein du parti démocrate, dont il était l’un des principaux bailleurs de fonds tant à New York, en Californie, que sur l’ensemble du territoire national.

Une donation de 1261700 dollars – à titre personnel et au nom de sa société – pour la campagne Clinton-Gore en 1995–1996, donne une idée de l’étendue de ce pouvoir. D’un bout à l’autre du pays, de nombreux fonctionnaires démocrates savaient que plaire à Bronfman était synonyme d’argent et de faveurs en provenance de Washington. Comme le laisse entendre l’allusion à Bill Clinton contenue dans le rapport Eizenstat, c’est le Président en personne qui donna ordre au sous-secrétaire d’Etat Stuart Eizenstat de mettre les ressources du département d’Etat au service des démarches de Bronfman en vue de faire payer les Suisses. Des membres du comité directeur du parti démocrate, comme l’administrateur de la ville de New York, Alan Hevesi, ou le sous-gouverneur de l’Etat de Californie, Grays Davis, n’eurent guère besoin d’être encouragés pour apporter eux aussi leur aide à Bronfman.» (p. 190)

Bronfman et D’Amato

«L’argent de Bronfman sut parfois aussi séduire les républicains. Pour sa campagne anti-Suisse, Bronfman réussit à recruter Alfonse d’Amato, alors sénateur républicain new-yorkais et président du Senate Banking Commitee. D’Amato avait déjà la réputation d’être très dévoué à ses électeurs; surnommé le ‹Senator Pthole› (Sénateur mère-poule), il envoyait ses subordonnés en ‹pork patrols› afin d’obtenir le maximum d’avantages possible pour ses électeurs. […] De tous les politiciens impliqués dans la campagne de Bronfman contre la Suisse, D’Amato est peut-être le seul qui ait réellement pris au sérieux toutes les accusations portées à l’encontre de la Confédération.» (p. 190–191)

Le système classique de l’intimidation:
le recours collectif en justice

«Quand Bronfman approcha les banquiers et les dirigeants suisses, il avait de bonnes raisons de croire qu’une campagne médiatique et la pression de l’administration Clinton suffiraient à faire cracher plusieurs milliards de dollars au gouvernement suisse. Mais il se rendit vite compte que ces armes, malgré leur poids, ne pourraient à elles seules forcer les Suisses à payer. Aussi, dès 1996, Bronfman fit appel au système américain classique – et lucratif – d’intimidation, le recours collectif en justice.» (p. 191)

Conclusion: L’exploitation
du plus faible par le plus fort

«Certes, en soutenant la campagne du Congrès Juif Mondial pour soutirer de l’argent aux gouvernements et aux entreprises d’Europe, au nom des victimes de l’Holocauste, le président Clinton a aidé les électeurs et les donateurs de son parti à s’emparer de milliards de francs et de marks. Mais pour le reste, cette campagne n’a généré que des retombées négatives pour les Etats-Unis dans leur ensemble. Il n’a pas échappé aux Européens que le gouvernement américain a joué le rôle de collecteur de fonds pour un groupe de pression d’intérêt privé. Si les Européens saisissent certainement mieux que la plupart des Américains ce que signifie l’exploitation du plus faible par le plus fort, et l’utilisation de la politique étrangère pour garnir les poches des électeurs locaux, ils n’acceptent pas qu’une Amérique qui se targue de moralité puisse cautionner de tels agissement. La campagne anti-Suisse a eu pour effet de rallier la grande majorité des Suisses et un nombre sans cesse croissant d’Allemands et d’Européens à la conviction française que l’Amérique est parvenue à un degré d’arrogance intolérable et qu’elle mérite de recevoir une bonne leçon et d’être remis à sa place.

A quand notre tour d’être rançonnés par des groupes de pression américains, soutenus par le gouvernement des Etats-Unis, se sont demandés les pays européens? Cette atmosphère a envenimé les vieux conflits sur les échanges commerciaux et la politique étrangère, avec, pour résultat, un mélange de rancœur et de mépris.» (p. 223–224)

L’image du système
juridique américain a été terni

«En conclusion, quel qu’ait été l’intérêt de l’administration Clinton à soutenir les revendications de ses électeurs victimes ou apparentés aux victimes de l’Holocauste, il ne fait aucun doute que ce soutien a terni l’image du système juridique américain et a conduit à un fiasco en termes de politique étrangère. Pis encore, l’attitude du gouvernement a donné aux Américains qui lui ont emboîté le pas sans discernement une vision totalement fausse des affaires internationales.» (p. 224)           

 

Angelo M. Codevilla: La Suisse, la guerre, les fonds en déshérence et la politique américaine.
Genève 2001. ISBN 2-05-101876-6

La publication originale est parue en 2000 chez l’éditeur Regnery Publishing inc., Washington DC: Between the Alps and a Hard Place