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Le Souverainisme, évidemment!

par Jean-Paul Bled, président de l’Entente Souverainiste, Paris

Une fois de plus, les élections ont tenu leur fonction de «grande accoucheuse». Certes, les circonstances ont leur part dans les résultats de ces consultations. Si Charles Pasqua avait été candidat à l’élection présidentielle ou si Christiane Taubira ne l’avait pas été, Lionel Jospin aurait été présent au second tour et le scénario aurait pu s’écrire différemment.

Avec un parti socialiste qui n’aurait pas été déstabilisé par l’élimination de son candidat au soir du 21 avril, la vague de l’UMP (Union pour la majorité présidentielle) aurait peut-être été moins forte. Il reste que, les 9 et 16 juin, les électeurs ont condamné la cohabitation. S’ils en avaient été longtemps de chauds partisans, le résultat du premier tour de l’élection présidentielle leur en a révélé brutalement la nocivité. La victoire de l’UMP était inscrite dans ce rejet. La logique du scrutin majoritaire a fait le reste.

Les institutions de la Ve République, que beaucoup disaient moribondes, ont fait la preuve de leur solidité. Il n’y a pas lieu d’en disconvenir, à la condition d’ajouter aussitôt qu’une constitution n’est pas une fin en soi. Elle n’est jamais qu’un moyen pour permettre aux gouvernements de mener une politique. C’est précisément sur cette politique que Jacques Chirac et sa majorité seront jugés.

Si la victoire de Jacques Chirac et de l’UMP paraît totale sur le papier, l’analyse en découvre très vite la fragilité. Elle ne peut gommer la médiocrité du score obtenu, le 21 avril, par le Président de la République sortant. En second lieu, l’importance de l’abstention aux deux tours des élections législatives réduit considérablement la base sur laquelle s’appuient Jacques Chirac et sa majorité. En additionnant les abstentions et les votes blancs et nuls, soit un total de plus de 40%, ce soutien ne dépasse pas 30% des Français. C’est dire que les Français n’ont pas donné un blanc seing au Président de la République.

Or, les problèmes demeurent ce qu’ils étaient avant le marathon électoral. La marge de manœuvre du pouvoir national face à Bruxelles reste toujours aussi étroite. Jacques Chirac aura-t-il la volonté de soulever ce carcan? Le doute est permis. On aura très vite la réponse à cette question. Après avoir pris inconsidérément, à Barcelone, des engagements qui aggravent encore le pacte de stabilité, Jacques Chirac n’a-t-il pas promis aux Français un allègement de 30% de leurs impôts sur 5 ans? Maintenant que les lampions de la fête électorale sont éteints, le moment est venu de tenir ces promesses. Mais les tenir sans entrer en conflit avec Bruxelles équivaut à la quadrature du cercle.

C’est dire que pour le souverainisme il ne peut être question de céder aux sirènes d’un quelconque ralliement. Les récentes élections n’ont guère été favorables à la cause souverainiste. Du moins ont-elles eu le mérite de lever certaines hypothèques qui entravaient son organisation politique. L’avenir du souverainisme n’est ni sur les marges ni aux côtés de l’UMP. Il doit, en revanche, s’employer à se doter d’une force qui lui permettra d’exister et de peser politiquement. C’est à cette tâche que nous sommes décidés à nous consacrer.