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Les élections en France par Bernard Larguèze, Secrétaire général du Centre d’études économiques et sociales (C.E.E.S.), Paris Le premier tour des Présidentielles, marqué par la montée de la droite nationale, a frustré un électorat qui, se trouvant privé de héraut, n’a pu être représenté dans ses aspirations au second tour de l’élection présidentielle, ce qui ne s’était pas produit depuis 1969. De ces deux élections majeures qui viennent de se dérouler en France, la première est, sans nul doute, la plus importante pour, d’une part, avoir confirmé Jacques Chirac dans ses fonctions de Président de la République et, d’autre part, influencé le second scrutin. L’élection de Jacques Chirac à une forte majorité réticente était plus centrée sur sa personne que sur son programme et cette ambiguïté va alimenter la vie politique française dès le retour des vacances. L’automne risque d’être chaud. La présence de Jean-Marie Le Pen avant Lionel Jospin a été plus une surprise qu’un séisme car, dès le soir du 21 avril, la réélection de Jacques Chirac était assurée. En effet, le report des voix ne faisait aucun doute, le Front National proposant plus des symboles qu’un programme en désignant comme cause de nos malheurs: l’étranger, le fisc, l’Europe, le mondialisme. Etat des lieux d’ailleurs commun avec d’autres pays où le socialisme régnait et où il est de plus en plus contesté. C’est ainsi qu’on assiste à un réveil des nationalismes en Autriche avec le Parti de la liberté, en Italie avec la Ligue du Nord, en Belgique avec le Vlaams Blok, aux Pays-Bas avec le Pym Fortuyn, au Danemark avec le Parti du peuple et au Portugal avec le Partito Popular. La Norvège, la Suisse suivent. Les pays de l’Est sont même touchés: la Pologne, la Roumanie, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovanie, tous en prise aux difficultés économiques du post-communisme. Pour ceux membres de la C.E., ne doit-on y voir aussi une remise en cause de l’ Europe et plus particulièrement du Traité de Maastricht? Cela commence à faire beaucoup, mais à qui la faute? Il est un peu trop facile de reprocher à ces organisations la défense à outrance du nationalisme comme un venin venu d’ailleurs qui menace de détruire et ruiner les Nations. Le reproche est plutôt à adresser à la classe politique qui avait besoin d’une bonne claque: corruption rampante, manipulation de la justice, immigration mal structurée, mal contrôlée, délinquance en augmentation et sous-estimée, dévaluation constante de l’enseignement, dégringolade en 5 ans de la France, passée du 3e au 12e rang de l’Europe, nouvelle montée du chômage, stagnation des salaires, extension de la pauvreté, etc. Comment a-t-on pu, par ailleurs, affirmer que la présence en deuxième position du Front National mettait la démocratie en danger alors que, justement, venait d’avoir lieu un vote démocratique. Serait-il interdit de voter pour un parti autorisé? A qui doit-on cette situation? Au Parti socialiste (et particulièrement à François Mitterrand) qui a instrumentalisé le Front National en assurant sa promotion pour affaiblir la droite modérée. C’est ce parti qui ose maintenant s’ériger en arbitre, donner des leçons après avoir «créé et engraissé la bête» et affirmer qu’il «fait l’essentiel du travail» contre le F.N. Il faut se rappeler les propos de Pierre Bérégovoy qu’il tenait lors d’une interview avec F. O. Giesbert, du «Figaro», le 21 juin 1985: «On a tout intérêt à pousser le Front National. Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C’est la chance historique des socialistes». Mais combattre Le Pen c’était aussi combattre les Français qui, librement, démocratiquement ont voté pour lui. Et la question vient spontanément, pourquoi? La gauche a esquivé la réponse en provoquant des manifestations demesurées, excessives qui, elles, mettaient la démocratie en danger. En émeutant sur des faux-semblants, elle comptait bien ne pas avoir à rendre des comptes. Les jeux étaient tronqués. La participation d’une jeunesse, dont une partie encore dans l’enfance (à qui on faisait chanter: «Le Pen, Le Pen, les enfants t’aiment pas du tout»), dissipée de ses études, a fait ressortir la déficience de l’Education nationale qui n’a pas su, ou pas voulu, leur expliquer ce qu’est la démocratie et, par delà, le respect de l’autre, c’est-à-dire la valeur de la fraternité. Cette jeunesse ne devrait-elle pas, au contraire, défendre la citoyenneté en s’élevant contre l’indiscipline, le racket, la drogue, le vandalisme, la violence, l’irrespect, bref, tout ce qui a servi de terreau au parti qu’elle prétend combattre? C’est pourtant ce combat de base qui peut permettre de «sauver la République». On lui a offert le spectacle de l’intolérance qui faisait plus penser au fascisme qu’à la démocratie en entendant des propos tels que d’inviter les médias de ne pas entrer «dans le jeu du F.N.», censurer l’action du nouveau gouvernement, réclamer l’interdiction d’un parti ou encore menacer d’une révolte dans la rue si le verdict des urnes n’était pas conforme aux souhaits de certains. Ils ont même osé parler d’un «3e tour». Serge July écrivant dans Libération que «la démocratie c’est le duel des rues». La démocratie qui permet de s’exprimer par le vote a bel et bien été bafouée. D’où cette incroyable explosion de haine entre les deux tours de l’élection présidentielle. Les socialistes pour ne pas parler de leur échec ont braqué les projecteurs sur la «honte» que représentait le résultat du 1er tour. Ils n’ont pas réalisé que les 5500000 voix qui se sont portées sur le Front National représentaient, pour une large part, ceux qui souffrent dans leur vie quotidienne, ignorés avec superbe par la gauche. La droite, sauf à périr, devra en tenir compte. Qui a peur de cette discussion qui mettrait en relief que la société sort minée par une triple fracture: sociale, culturelle et identitaire? Dans la logique de l’élection présidentielle, la formation d’une Chambre bleue coulait de source en confirmant l’affaiblissement de la gauche que les Français rejettent pour la seconde fois pour s’être coupée du peuple. Le socialisme en s’embourgeoisant s’est coupé des réalités et a fait progresser les extrêmes à droite comme à gauche. C’est en effet dans les quartiers populaires qu’elle a surtout perdu et cela pour deux raisons principales: • les 35 H, mesure d’une nullité déconcertante qui a appauvri les salariés les plus faibles. En leur imposant souvent une cadence de travail plus rapide, donc plus stressante, des horaires décousus inconciliables avec une vie familiale; • l’insécurité plus présente dans les milieux populaires qu’ailleurs. De ces échéances électorales, il convient de souligner aussi que leur inversion en se retournant contre leurs initiateurs a entraîné un rejet de la cohabitation jugée sans doute plus près du désordre que d’un équilibre des pouvoirs. Par la prépondérance donnée à l’élection présidentielle, les législatives ne constituent plus le scrutin majeur puisque seul le programme du Président sera appliqué. Quel est alors le rôle du Premier ministre? Ne dit-on pas que le second tambourine ce que le premier trompette? Est-il encore nécessaire? Georges W. Bush s’en passe fort bien. Se pose alors le respect de la Constitution fonée sur la répartition des rôles entre le Président et le Premier ministre. La VIe République se pointe à l’horizon. Mais ces élections resteront dans les annales pour ce coup d’éclat incroyable: Jean-Marie Le Pen, l’homme haï par Jacques Chirac, aura réussi à le faire élire par ses adversaires. Chapeau. • |