|
|
Libéralisation du marché de la poste suisse
thk/rt. La libéralisation croissante de la poste suisse depuis cinq ans – qui n’est rien d’autre que la transformation d’un service public important pour l’approvisionnement de base en une entreprise du secteur tertiaire fonctionnant selon les lois du marché et donc sujette aux crises – correspond tout à fait à un rapprochement avec l’UE. C’est pourquoi on a changé les lois concernant le transport du courrier et des colis. Par étapes successives, les entreprises privées seront autorisées à s’engager dans ce domaine. Mais pour cela, il faut transformer la Poste en une entreprise privée. Pour que ce changement ne provoque pas trop d’opposition parmi le peuple – car c’est lui qui en fera finalement les frais –, on procède, comme dans beaucoup de domaines politiques, selon la méthode des petits pas: on vise progressivement l’objectif pour l’atteindre finalement sans opposition notable. Sous le terme de «mesures d’accompagnement» on jette de la poudre aux yeux de la population et on introduit ainsi par étapes des changements décisifs. C’est ainsi qu’on a externalisé des domaines étroitement liés à la poste («outsourcing»): les télécommunications sont gérées comme une entreprise privée cotée en Bourse. En même temps, on s’est efforcé d’introduire discrètement des structures du secteur privé dans ce qui reste des PTT. Les nouvelles entreprises offrent des postes de direction qui ne sont plus rémunérés selon les échelles de salaire de l’Etat, mais comme ceux des managers du secteur privé. Dans le domaine du courrier et des colis, on va intensifier la libéralisation et la privatisation dans les années à venir. Le marché des colis de plus de deux kilos à l’intérieur de la Suisse a déjà été sacrifié à la concurrence internationale. C’est-à-dire que des entreprises internationales peuvent offrir leurs services en concurrence avec la Poste et transporter des colis dans toute la Suisse. Pour ce qui est du courrier, il y a encore quelques barrières à surmonter, mais on a bon espoir de réussir à «s’adapter au rythme de l’UE» (Peter Sutterlüti, ex-vice-directeur général de la Poste et aujourd’hui conseiller indépendant du marché privé de la logistique). *** Comme dans d’autres domaines de l’approvisionnement de base, on constate que la privatisation est non seulement absurde mais encore asociale et peu économique. Beaucoup de pays qui – dans le mouvement général de libéralisation et de mondialisation – ont bradé l’approvisionnement de base à des sociétés anonymes cotées en Bourse doivent racheter celles-ci avec les deniers publics après qu’elles ont fait faillite. Le fait de demander deux fois au contribuable de mettre la main au porte-monnaie n’entre pas en ligne de compte. Dans beaucoup de pays, ce procédé se révèle extrêmement problématique mais Couchepin et Leuenberger ne tiennent pas compte des expériences des autres pays et continuent leur politique de privatisation. La votation au sujet de la loi sur le marché de l’énergie va dans la même direction. On brade son pays sans montrer aucun respect pour ceux qui ont œuvré pendant des siècles à la mise sur pied de ces services publics. L’Argentine nous offre l’exemple dissuasif d’une nation qui s’est ruinée justement à cause de cette politique économique. L’Etat est en faillite. Tous les services publics ont été vendus à des entreprises étrangères (comme en Nouvelle-Zélande), et le peuple est totalement à la merci des grands groups étrangers qui tentaient déjà ces dernières années de le saigner à blanc. Pour un petit Etat comme la Suisse, une telle politique serait le coup de grâce: à la merci de la grande industrie internationale, le pays perdrait sa liberté, son indépendance et sa souveraineté. Autrefois on remettait un aller simple pour l’Amérique aux notables qui avaient manqué à leur devoir envers le peuple. Il faudrait quelque chose de pareil pour notre Conseil fédéral: Il pourrait poser sa candidature de comptable chez les Bilderberger ou à Wall Street. On saurait ainsi pour quelle entreprise il travaille. En tout cas, il n’est plus apte à gouverner la Suisse. • |