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Insécurité! Le terme est à la mode. Pratique et efficace, surtout quand on veut ratisser large. Mais au fait, qui se sent menacé? Et d’où vient la menace? Chacun a sa petite idée, son anecdote, ses angoisses. Mais rares sont ceux qui évoquent un authentique danger. Et notamment, celui qui nous concerne tous, autant que nous sommes, passagers de notre bonne vieille planète Terre. Celui qui menace aussi nos descendants et cela durant des générations, des siècles, des millénaires… Ce danger est né il y a un demi-siècle, dans le cerveau de quelques scientifiques aux ordres de militaires avides de puissance. Il a été testé, grandeur nature, à Hiroshima, le 6 août 1945. Le résultat fut à la hauteur de ce défi à toutes les règles qui bridaient jusqu’alors la folie meurtrière des hommes: 150’000 morts immédiates. Autant de victimes différées. Et des dégâts génétiques qui ne cessent de se transmettre, de générations en générations. Quarante ans plus tard, une autre bombe explosera. Il s’agis-sait aussi d’un test. Il a simplement mal tourné: 32 morts immédiates, 600 à 800’000 «liquidateurs» sacrifiés et dissi-mulés pour ne pas nuire à l’image de cette fabuleuse puissance destructrice qui ne se laisse pas si facilement domestiquer. Neuf millions de victimes selon Kofi Annan,«et ce n’est qu’un début». Deux cents mille kilomètres carrés de terres à jamais conta-minées, où tout ce qui pousse porte en lui les germes du cancer. Des centaines de milliers d’enfants à qui la nature meurtrie refusera le droit de vivre normalement. Ou simplement d’exister. Un peuple est en train de mourir. Hiroshima, Tchernobyl. Et ensuite? La science progresse. La conscience régresse. On continue à tester. A contaminer. On simule des accidents. On s’exerce. On contrôle les sirènes. On banalise la radioactivité. Les pilules d’iode sont prêtes. On habitue la population à vivre avec la menace permanente d’une nouvelle tragédie. On apprend à lui mentir. On arrive même à lui faire croire à l’insécurité… Paul Bonny, Mies VD --- |