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A la recherche de pétrole, les Américains lorgnent vers l’Afrique

par Keith Somerville

Il est très vraisemblable que la question du pétrole en rapport avec l’Irak a figuré en tête de l’ordre du jour des rencontres entre le président américain Bush et les chefs d’Etat de 11 pays africains.

La plupart des Etats qui ont pris part aux rencontres sont ou bien déjà producteurs d’or noir ou bien en train de chercher à développer la production dans la région. Ces rencontres tombent à un moment où les Etats-Unis – au vu des tensions croissantes au Proche-Orient en réaction à la politique américaine – cherchent des sources d’approvisionnement alternatives situées ailleurs qu’au Proche-Orient.

Au cours de la dernière décennie, les USA sont devenus de plus en plus dépendants du pétrole étranger: ils importent environ 2/3 de leur consommation intérieure. Comme une grande partie de leurs importations vient de la région du Golfe ou du Proche-Orient, les Américains craignent que leur approvisionnement soit affecté par des réactions négatives des pays arabes à une intervention militaire contre l’Irak.

Ces dernières années, les USA ont importé de plus en plus de pétrole en provenance d’Afrique subsaharienne, surtout de l’Angola et du Nigeria. Le président Bush a rencontré deux fois des chefs d’Etat africains dont la plupart appartiennent à l’Afrique centrale et occidentale. Un large éventail de problèmes a été abordé: corruption, lutte contre le sida, solution des conflits. Mais Bush a toujours gardé à l’esprit la question de l’or noir.

Ressources pétrolières
en dehors des pays de l’OPEP

Les USA importent quotidiennement plus de 8,5 millions de barils de pétrole. Presque les 2/3 proviennent d’Arabie saoudite et du Koweït (région du Golfe), de même que d’Algérie.

L’Economist Intelligence Unit a lancé un avertissement: en cas d’attaque de l’Irak, les pays du Proche-Orient producteurs de pétrole se mettraient d’accord pour réduire la production, ce qui diminuerait l’offre dans le monde entier et ferait flamber les prix.

Des membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) pourraient également être affectés si la production d’Arabie saoudite, d’Algérie, du Vénézuela et du Nigeria était arrêtée.

C’est pourquoi les Etats-Unis cherchent à s’approvisionner dans d’autres parties du monde. La plupart des producteurs de pétrole d’Afrique, surtout l’Angola, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Congo-Brazzaville et le Cameroun, ne sont pas membres de l’OPEP.

En Afrique subsaharienne se trouve l’un des secteurs de production pétrolière du monde qui se développent le plus rapidement. Actuellement, le Nigeria, l’Angola, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Congo-Brazzaville développent leur production. Le Tchad, le Cameroun et le Soudan sont en train de rattraper leur retard.

Un think tank du gouvernement américain, le National Intelligence Council, estime que, dans un peu plus de 10 ans, les exportations en provenance d’Afrique occidentale représenteront environ 25% des importations américaines. Actuellement, la part est de 16%.

L’Afrique dans la ligne de mire

L’Angola est en plein boom pétrolier. Sa production est passée de 722000 barils/jour en 2001 à 930000 cette année. On s’attend à ce qu’elle atteigne 3,23 millions d’ici à 2020. La production nigériane va doubler d’ici à 2020 et atteindre 4,4 millions. Des pays comme la Guinée équatoriale, le Tchad et le Soudan qui, pour le moment, comptent parmi les petits producteurs, pourraient tripler leur production.

En outre, il a été confirmé que le projet d’un oléoduc Tchad-Soudan se réalisera grâce au soutien de la Banque mondiale. Les sociétés américaines Exxon et Chevron sont les partenaires les plus importants du projet d’oléoduc reliant le Tchad aux ports atlantiques du Cameroun.

Les chefs de gouvernement du Tchad, du Congo-Brazzaville, du Cameroun et du Gabon étaient présents lors de la rencontre de vendredi avec le président Bush.

Après le Sommet de Johannesburg sur le développement durable, le ministre américain des affaires étrangères Colin Powell a fait escale en Angola et au Gabon et la question du pétrole a été au centre des entretiens.

Sécurité et pétrole

Ce qui intéresse les Etats-Unis, ce n’est pas seulement de trouver des fournisseurs de pétrole. Ils veulent avant tout que l’approvisionnement soit à l’abri de décisions politiques et également du danger d’attaques militaires.

Washington mène déjà des pourparlers avec São Tomé et Principe, Etat insulaire de la côte ouest de l’Afrique, sur l’installation d’une base navale.

Et le président de São Tomé, Fradique de Menezes, a récemment rencontré George W. Bush. Il a confirmé qu’il a été question de la sécurité en Afrique occidentale.

Le président du Congo-Brazzaville Denis Sassou-Nguesso a déclaré que les firmes américaines étaient très satisfaites de leur participation accrue à l’industrie pétrolière d’Afrique occidentale. Mais il n’a pas voulu dire si les USA envisageaient le Golfe de Guinée comme une alternative au Golfe persique.

Certains politiciens américains ont fait des déclarations plus franches. Ed Royce, républicain et président de la sous-commission Afrique de la Chambre des représentants, s’est montré enthousiaste à propos du pétrole africain. «En ce qui concerne le pétrole d’Afrique occidentale, il n’y a pas les problèmes stratégiques que l’on rencontre dans d’autres pays. Nos relations politiques avec les producteurs de pétrole africains sont en général bonnes. Et si cela diminuait notre dépendance à l’égard d’une certaine région du globe, ce serait bien.»

Source: BBC News online (13/9/2002)
Traduction: Horizons et débats