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«Nous avons besoin d’une économie pacifique»

Pierre Lehmann, Chernex VD

Il existe, depuis longtemps je crois, un «Mouvement suisse pour la paix» (Schweizerische Friedensbewegeung SFB), dont le siège est à Bâle. Il publie un journal intitulé «Unsere Welt» (Notre monde) qui paraît environ tous les deux mois. C’est un journal de quelques pages sans publicité. A ma connaissance il n’est pas traduit. Dans le numéro de mai 2002 on trouve un commentaire de Klaus von Raussendorf, ancien diplomate, sur le conflit du Moyen Orient intitulé «La phase suivante da la Troisième Guerre mondiale».

Selon lui, cette phase concernera l’Irak. L’auteur fait remarquer que cette guerre à fronts et phases multiples n’a pas commencé avec les attentats du 11 septembre 2001. L’écrasement de la Yougoslavie en 1999 en faisait déjà partie. Il a permis aux puissances occidentales de mettre en place des bases militaires dans les Balkans et des protectorats en Bosnie et au Kosovo, point d’appui importants en direction de l’Europe de l’Est, de l’Asie centrale et du Moyen Orient. Les attaques terroristes servent de prétexte aux Etats-Unis et leurs alliés pour agresser d’autres Etats comme ce fut le cas en 1998 avec le lancement de missiles sur l’Afghanistan et la destruction d’une usine pharmaceutique au Soudan dont on a prétendu à tort qu’elle produisait des gaz de combat. Le prétexte pour ces attaques ont été des actes terroristes contre deux ambassades américaines qui ne se trouvaient même pas dans les pays agressés.

Selon Klaus von Raussendorf, les interventions militaires des Etats-Unis et de leurs alliés dans différents pays remontent à 1945. Tant que dura la guerre froide, la crainte d’une confrontation nucléaire avec l’URSS limitait l’ampleur de ces interventions. La chute du mur de Berlin en 1989 élimina cette crainte et plus rien ne s’opposait à l’hégémonie des Etats Unis sur le monde. Si en 1991, les USA se donnaient encore la peine de consulter le Conseil de sécurité de l’ONU avant de faire la guerre contre l’Irak, l’attaque de la Yougoslavie en 1999 se passa d’une telle précaution jugée dorénavant inutile.

Les guerres menées par les USA n’ont plus qu’une seule justification réelle: l’intérêt des compagnies multinationales et la mainmise sur les réserves pétrolières, où qu’elles se trouvent. bin Ladin – dont la responsabilité dans les attentats du 11 septembre n’a jamais été démontrée – a servi de prétexte pour lancer une guerre de conquête sous couvert de lutte contre le terrorisme. Lutter contre le terrorisme par la guerre est de toute façon grotesque, la guerre et le terrorisme ne se distinguant plus guère l’un de l’autre.

La Troisième Guerre mondiale n’oppose plus tellement des nations mais des possédants et des dépossédés. Les pouvoirs des Etats sont pour l’essentiel les serviteurs de puissances économiques et mènent ensemble une guerre contre l’humanité et la planète. Le but est la mainmise sur les ressources, en particulier pétrolières, peu importe les conséquences à plus long terme de l’utilisation de cet agent énergétique qui n’aurait jamais dû être extrait du sous-sol. La destruction de l’Afghanistan et la mise en place d’un gouvernement à leur ordres facilite évidemment aux Etats Unis le contrôle des gisements pétroliers de cette partie de l’Asie. La puissance militaire-israélienne, complètement disproportionnée et inadaptée pour lutter contre des lance-pierres et des kamikazes, a sûrement aussi une raison d’être stratégique dans un Moyen Orient riche en pétrole.

Il faut bien réaliser que sans pétrole rien ne fonctionne dans les pays industrialisés et l’assurance de sa disponibilité est devenue une obsession pour ceux qui gèrent ces pays. Ce qui n’empêchera pas que dans quelques années il faudra, avec ou sans guerre, renoncer au pétrole et à ses dérivés. Tout le monde le sait mais sans vouloir en tirer les conséquences.

Il est intéressant de relever que la politique criminelle de l’administration américaine suscite des critiques très vives en Amérique même. On peut citer Noam Chomsky, professeur au MIT et bien connu des lecteurs du Monde diplomatique. Mais il y a aussi Wendell Berry, paysan et philosophe, qui, peu après les événements du 11 septembre a présenté un ensemble de réflexions sous le titre «En présence da la peur» (In the Presence of Fear, The Orion Society, 187 Main Street, Great Barrincton, MA 01230, USA, www.oriononline.org).

Ce texte de quelques pages montre que le nouvel ordre mondial qui fait fi de toutes les traditions et de toute morale, provoque révoltes et actes désespérés. Il termine par ces mots: «Une économie fondée sur le gaspillage est intrinsèquement et désespérément violente et la guerre en est un sous-produit inévitable. Nous avons besoin d’une économie pacifique.»