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Quelle valeur représente aujourd’hui la Souveraineté? par Alain Bournazel* A cette question, je réponds sans hésitation, la première. La première par ordre chronologique. C’est la valeur dont dépendent toutes les autres. C’est aussi la plus importante car toutes les autres valeurs se déclinent à partir d’elle. Il faudrait un gros livre pour évoquer la souveraineté, ses fondements, sa légitimité, sa signification dans le monde. A défaut d’être complet, ce que cet exposé ne permet pas, il est possible de dégager quelques axes de réflexion qui permettent d’appréhender la valeur de la souveraineté. La première réflexion, c’est qu’il ne faut pas enfermer la souveraineté dans un cadre purement institutionnel. Certes je ne nie pas l’importance de la dimension institutionnelle. Pour un peuple, pour une nation, posséder ou ne pas posséder la souveraineté, c’est toute la différence entre l’indépendance et la servitude. Les nations qui au cours de leur histoire ont perdu – ne serait-ce que temporairement – leur souveraineté, ont pu mesurer ce qu’il en coûte. Je pense en particulier à la Pologne qui fut plusieurs fois rayée de la carte au cours de son histoire, je pense aux pays d’Europe centrale et orientale, asservis longtemps à la sinistre dictature communiste. Bien d’autres exemples de par le monde pourraient être cités. Mais la souveraineté n’est pas seulement l’expression de la libre décision d’une nation au plan international. La souveraineté est la condition indispensable pour l’exercice de la démocratie. Il n’y a pas de démocratie dans les pays qui ignorent la souveraineté. C’est parce qu’elle veut la souveraineté des Etats que la bureaucratie de l’Union européenne piétine et malmène la démocratie. Il est possible de constater à la lumière de ces agissements à quel point les atteintes à la démocratie constituent une dangereuse mécanique totalitaire. La souveraineté ne se réduit pas seulement à l’indépendance sur le plan extérieur et à la démocratie sur le plan interne. Elle concerne au plus près tous les actes de la vie quotidienne de tous les citoyens. La souveraineté, c’est le droit de posséder sa langue. On sait que les peuples dominateurs ont toujours essayé d’éradiquer la langue des peuples qu’ils dominaient. Posséder une langue, c’est posséder le droit de s’exprimer, d’écrire de penser, c’est à dire tout ce qui fait un peuple libre. La souveraineté finalement, c’est le droit d’exister, le droit à la différence, le droit à l’identité qui explique le rayonnement prodigieux des cultures, la très grande capacité d’innovation et de création des peuples de l’Europe. Sans la souveraineté, l’Europe se réduirait à la triste monotonie des règlements, à la contraint bureaucratique, à l’ennui que secrète les bâtiments officiels de l’Union européenne, bref des structures qui ne peuvent pas penser parce qu’elles n’ont pas d’âme et quand elles se mettent à penser, elles ne pensent à rien. Aujourd’hui il ne suffit pas de célébrer la souveraineté car elle est une valeur menacée. Menacée par le nouvel empire américain dont le désir affirmé est de devenir le gouvernement mondial. La souveraineté est aussi menacée par l’Union européenne qui en toutes circonstances se révèle le serviteur si ce n’est le laquais de l’empire américain. Parce qu’elle est menacée, la souveraineté doit être défendue. Bien des moyens peuvent être mis en œuvre pour cette défense. J’en citerai trois qui sont souvent oubliés mais qui me paraissent fondamentaux. Le premier, c’est la démographie. Comme tout le monde le sait, le nombre de naissances diminue considérablement dans tous les pays européens. La population vieillit. Vieillissement et déclin démographique sont les premiers éléments de la décadence. La souveraineté doit s’affirmer en ayant confiance en l’avenir. Cette confiance doit s’exprimer en donnant une place plus grande dans la société à celui qui représente son avenir, je veux dire l’enfant. Le deuxième élément pour défendre la souveraineté, c’est l’éducation. Il faut donner à notre jeunesse une éducation de qualité, c’est-à-dire bien sûr des savoirs et des compétences qui sont indispensables dans le monde d’aujourd’hui mais également le respect de certaines valeurs. Il ne doit pas y avoir d’éducation sans ethique. Le troisième élément enfin, c’est le grand rassemblement par delà les frontières nationales, des hommes et des femmes qui sont les défenseurs de la souveraineté parce qu’ils sont les défenseurs de la liberté. C’est pourquoi le congrès organisé par «Mut zur Ethik» prend chaque année une grande importance parce qu’il permet la rencontre des hommes et des femmes qui refusent la servitude. L’époque est lourde de dangers. Nous sommes à la croisée des chemins. Mais nous sommes ensemble pour essayer de trouver le bon chemin. •
* Cet exposé a été présenté dans le cadre du |