accès direct aux numéros

Journal favorisant la pensée indépendante,
l'éthique et la responsabilité

Courrier des lecteurs

Politique en matière de drogue

 Ruth Dreifuss ne mérite pas de louanges

La Conseillère fédérale Ruth Dreifuss se retire. Son action au cours des neuf dernières années est jugée positive même par la droite. Ainsi la «Neue Zürcher Zeitung» titrait le
1er octobre: «Ruth Dreifuss, lutteuse carrée et compétente en matière sociale – concert de louanges à propos de son action». A-t-elle vraiment mérité ces louanges? A considérer son action dans le domaine de la drogue en tant que responsable de l’Office fédéral de la santé publique, il faut répondre «Non».

Souvenons-nous. Au début des années 90, la municipalité de Zurich, sous la responsabilité du PS et du PRD, renonça à vouloir guérir les toxicomanes et à poursuivre pénalement le trafic de drogue en ville. Ce laxisme sans pareil entraîna le développement fulgurant de la «scène ouverte» dans le centre-ville. Quiconque attendait le tram ou se promenait le long de la Limmat pouvait voir des trafiquants se livrer librement à leur commerce répugnant avec des jeunes tentés par les stupéfiants. Les attaques de passants et les cambriolages se multiplièrent à la vitesse grand V. Le butin était ensuite vendu au Platzspitz ou au Letten. Quant à la police, elle n’eut plus d’autre choix, pendant longtemps, que de laisser faire, intervenant uniquement dans les cas les plus graves. Telle était la politique de la municipalité. En novembre 1993, Mme Dreifuss fit une visite officielle à la «scène ouverte» zurichoise et apporta son soutien actif à la politique «pionnière» de la Ville.

Au cours des années 90, avec l’aide de l’Office fédéral de la santé publique sous sa tutelle, la conseillère fédérale, œuvra au plan national en faveur de la libéralisation des stupéfiants. Ainsi, à sa demande, le Conseil fédéral adopta en mars 2001 un projet de révision de la Loi fédérale sur les stupéfiants visant à légaliser la prescription d’héroïne, à libéraliser la consommation de cannabis et à tolérer largement sa culture et son commerce. En outre, le Conseil fédéral (le pouvoir exécutif!) devrait décider à l’avenir quand la police et les tribunaux – en fonction du «principe d’opportunité» – doivent intervenir dans les cas de consommation de drogues comme l’héroïne, la cocaïne ou l’ecstasy. En décembre 2001, le Conseil des Etats a – chose incompréhensible – approuvé le projet du Conseil fédéral. Seuls huit députés de Romandie s’y sont vainement opposés. Le débat du Conseil national sur cette question aura lieu lors de la session d’hiver ou du printemps prochain.

La politique irresponsable menée au cours de la dernière décennie par Ruth Dreifuss a déjà causé des dommages considérables dans la nouvelle génération. Selon les dernières enquêtes de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), une proportion sans cesse croissante de jeunes des écoles primaires, secondaires et professionnelles a fait l’expérience de drogues illégales comme la marijuana, le haschisch et l’ecstasy. Nombreux sont ceux qui restent crochés, perdent tout intérêt pour le travail scolaire et tombent dans l’indifférence. Quand leur entourage ne peut pas les aider, ils s’enfoncent de plus en plus. Ces vies gâchées causent aux parents également bien des souffrances, bien des nuits blanches et des larmes d’impuissance. Faute de les aider à décrocher et à retrouver le chemin d’une vie indépendante, la politique libérale en matière de toxicomanie les maintient dans la dépendance. Ruth Dreifuss ne mérite vraiment pas d’être félicitée de cette aberration sanctionnée par l’Etat.

 

Henriette Hanke Güttinger,
Gockhausen ZH