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Rapport Bergier

Tous vraiment coupables?

La Suisse, 1939–1945

Le livre en français et allemand: «Tous vraiment coupables?» – «Alle wirklich schuldig?» de Gertrude Berger-Locher a paru ce printemps peu de temps après le Rapport final de la Commission Bergier.

Lors de sa publication, le Conseil fédéral a déclaré: «Ce Rapport nous rappelle que la Suisse n’a pas mis en œuvre pendant cette période tragique sa tradition humanitaire selon ses possibilités d’alors et selon son devoir.» D’autre part, la Monographie concernant les réfugiés (1999) accuse dans son introduction les citoyens-électeurs de l’époque d’avoir élu un gouvernement de neutralité discutable. Ce rapport ne tient guère compte de la situation de la vie de l’ensemble de la population durant la Seconde Guerre mondiale. L’absence de prise en considération des conditions de vie du peuple en général dans ce rapport constitue une négligence que l’auteure essaie de combler un peu dans son ouvrage. Ainsi, pour cerner de plus près le cours de l’existence quotidien et pour affirmer que la population n’a pas à se culpabiliser, Gertrude Berger-Locher a sillonné la Suisse pour réunir des témoignages oraux des dernières personnes qui ont vécu cette guerre. Les récits sont prenants, parfois touchants et toujours authentiques.

 Les textes des intervenants révèlent les difficultés des années de guerre et en partie d’avant-guerre pendant lesquelles beaucoup de Suisses ont vécu dans la précarité. Une vie pleine de sacrifices autant pour la nourriture, toujours plus restreinte, au fur et à mesure que la guerre se prolongeait, que par le surcroît de travail pour les femmes et les jeunes, les hommes étant mobilisés. Leurs absences se faisaient sentir durement partout. Il convient de répéter, plus d’une fois, que l’attention est captée par le fait que la Suisse était alors un pays pauvre.

 L’expression de l’appréhension d’une guerre gagnant le pays et d’une haine profonde à l’encontre des Allemands étaient bien réelles et tout le monde avait peur. On ne savait jamais ce que le jour suivant allait amener.

De plus, les nuits, entrecoupées par des alarmes, par les sons de sirènes faisant froid dans le dos, ajoutées à la crainte de bombes lâchées par mégarde rendaient l’atmosphère générale très pesante. Les bombes tombées sur Schaffhouse, sur Stein am Rhein et ailleurs dans le pays en disent long à ce sujet. Au nord, comme à l’est du pays, la mention des dangers, dûs aux tirs antiaériens allemands le long de la frontière, reviennent fréquemment dans les souvenirs et évoquent la tragique réalité de la situation.

 Des récits concernent l’internement de nombreux réfugiés et l’aide fournie aux clandestins cherchant un abri momentané. L’assistance et les soins accordés à de nombreux enfants sont mentionnés dans plus d’une narration. Nombreuses sont les femmes, dans différents cantons, qui ont contribué à soulager la faim de ces jeunes et à leur faire oublier pendant quelque temps les horreurs de la guerre. Il ressort, dans de nombreux passages, qu’entre citoyens régnait une grande solidarité, une entreaide désintéressée, tout au long de ces temps difficiles. Il faut relever aussi que grâce au charismatisme du Général Guisan, le peuple était très uni. Ces récits simples et directs, sans débats politiques, donnent l’image de la guerre telle que le peuple l’a endurée dans la vie quotidienne.

 Le livre de Gertrude Berger-Locher dévoile des points de vue non examinés par le Rapport Bergier. Ils auraient certainement donné une image plus nuancée aux conclusions du Rapport si la Commission Bergier avait aussi recherché parmi les Suisses des témoignages directs de la génération ayant vécu la guerre.         

 

Gertrude Berger-Locher: 1939–1945 «Tous vraiment coupables?» – «Alle wirklich schuldig?» Sierre 2002, français et allemand. Prix: 40 CHF.

Ce livre peut être commandé directement à la rédaction du journal par versement de 40 frs au CCP 87-748485-6, Horizons et débats, 8044 Zurich, mentionnez: livre Berger-Locher.