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Les responsabilités des Etats-Unis dans la guerre
en République Démocratique du Congo

par Joseph M. Kyalangilwa, Président de la Société Civile du Sud-Kivu

Dès le lendemain de la guerre d’agression et de l’occupation de l’Est de la République démocratique du Congo par la coalition des troupes burundo-rwando-ugandaises, les Leaders de la Société Civile de la Province du Sud-Kivu, par le biais de leur Bureau de Coordination, n’ont cessé de rappeler, et cela courageusement aux Ambassadeurs des USA en poste à Kinshasa/R.D. Congo et à Kigali/Rwanda, les responsabilités du Gouvernement de leur pays, des conséquences très graves qu’en subissent les populations innocentes du Kivu.

En effet, le Bureau de Coordination de la Société Civile du Sud-Kivu a déjà produit plusieurs documents officiels rendus publics et communiqués à la Communauté Internationale spécialement aux autorités compétentes des USA sur le soutien et l’implication du gouvernement des USA dans la guerre sauvage et inutile imposée aux paisibles populations du Kivu qui n’ont rien avoir dans le génocide rwandais de 1994 et qui en paient aujourd’hui le lourd tribut.

Il est donc établi sans conteste que les grands groupes d’intérêts égoïstes des grandes puissances au service des gouvernements de leurs pays respectifs, avec en tête de pont les USA, les Britanniques, les Allemands et autres, ont soutenu la guerre d’agression à l’Est de la R. D. Congo. Cette guerre, comme on le sait, a déjà fait, au 31 octobre 2001, près de quatre millions de victimes congolaises massacrées à huis clos. Les médias occidentaux, bien qu’informés régulièrement par les organisations de la Société civile congolais, n’en ont pas fait d’écho dans leurs journaux. Les rares qui en ont parlé dans leurs publications, ne donnaient pas les vraies informations à dessein. En outre, les ressources naturelles et autres richesses congolaises pillées systématiquement par les troupes d’agression, ce sont les mêmes grandes puissances qui en sont les grands bénéficiaires passifs depuis août 1998. Enfin, bien avant le retrait des troupes rwandaises de l’Est de la R. D. Congo – tel que promis récemment par l’actuel homme fort de Kigali, Paul Kagame le 13 septembre 2002 devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, sans doute sur instruction formelle de George W. Bush – l’infatigable et dynamique Société Civile du Sud-Kivu a lu et ensuite remis un message de la population du Sud-Kivu à l’Ambassadeur des USA à Kinshasa le 3 septembre 2002 lors du séjour officiel de ce diplomate américain à Bukavu. Vous trouverez ci-dessous in extenso le texte de ce message.         

Laisser le peuple congolais disposer de sa souveraineté
et jouir de ses richesses naturelles!

Message  à son Excellence Monsieur HOOKS, Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique
en République Démocratique du Congo (RDC)

La Société Civile du Sud-Kivu se réjouit de l’arrivée à Bukavu de son Excellence Monsieur l’Ambassadeur des Etats-Unis en RDC. Cette visite est un réconfort pour toute la population meurtrie de cette partie du territoire de la RDC.

Nous sommes honorés par votre passage au Sud-Kivu, Monsieur l’Ambassadeur, et chaque fois qu’un officiel américain passe par Bukavu, nous sentons que notre cauchemar est en train de se transformer en un heureux rêve, celui d’un pays où les droits de la personne sont la préoccupation de tout instant des tenants du pouvoir.

Tout l’appui des organisations internationales américaines au Sud-Kivu – nous citons – NED, Law Group, IFES, Search For Common Ground pour ne citer que celles-là – s’inscrit dans cette logique. Mais aussi, les visites de plusieurs personnalités américaines en commençant par M. Scheffer, l’Ambassadeur chargé des crimes de guerre, M. Franck Wolf et tout récemment le responsable de l’USAID en RDC, M. Antony Gambino, sont perçues comme une bouée de sauvetage par nos populations qui nous disent: «Dites à ceux qui entêtent le Rwanda, de songer à nos malheurs».

Votre passage ici est donc perçu comme un signe d’espoir en ce moment où toute la communauté nationale, toutes composantes confondues, est mobilisée pour régler la crise congolaise et où l’implication décisive de la communauté internationale est sollicitée, celle des Etats-Unis en première ligne.

Six ans de guerre, une deuxième guerre dite de «libération» qui est venue ajouter à la misère déjà criante de la population, la ruine et la désolation.

Mais surtout une guerre d’agression menée en territoire congolais par des pays voisins: le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, commanditée par des multinationales qui convoitent les richesses naturelles du sol et du sous-sol congolais et soutenue par les puissances occidentales.

La guerre de la RDC a fait des millions de victimes en vies humaines, de nombreux massacres, viols des femmes et de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité et autres violations massives des droits humains perpétrées par les belligérants et leurs alliés. Des écoles sont fermées depuis près de 6 ans, des maladies autrefois éradiquées ou maîtrisées réapparaissent et font des ravages et le SIDA se propage à une vitesse jamais égalée, inoculé par les soldats au front alors que la communauté internationale ailleurs se mobilise pour arrêter ce fléau.

Le Dialogue Inter-Congolais
et l’après Sun City

Les négociations politiques inter-congolaises de Sun City ont eu le mérite de mettre les Congolais autour d’une table et ont été un début de solution à la dimension interne de la crise congolaise.

Aujourd’hui, le vœu du peuple congolais est de voir tous les belligérants s’impliquer dans le retour de la paix. Mais c’est surtout la dimension externe et le rôle du Rwanda, des Etats-Unis et de la communauté internationale qui sont préoccupants pour nous.

La Société Civile/Forces Vives du Sud-Kivu est convaincue que c’est la dimension externe qui bloque le retour de la paix en RDC. Dans ce contexte, l’accord de Pretoria signé par le Président Joseph Kabila et le Président Paul Kagame est une réponse à la dimension régionale (Grands Lacs) de crise congolaise et à la préoccupation sécuritaire. Le point 8-4 de cet accord prévoit le démantèlement des forces négatives par la MONUC (Mission d’observation des Nations Unies au Congo), le Rwanda et le gouvernement congolais. Mais le Rwanda vient de se lancer dans une autre aventure au Congo en décidant de démanteler seul ces forces négatives. La Société Civile craint que le Rwanda ne soit tenté de poursuivre unilatéralement cette nouvelle entreprise et de demeurer au Congo sous prétexte de pourchasser seul les interahamwe. Déjà en 1996, le projet de démantèlement des camps des réfugiés rwandais a conduit l’armée rwandaise jusqu’à Kinshasa. Depuis, l’armée rwandaise n’a jamais quitté la RDC.

La Société Civile du Sud-Kivu a déjà donné sa contribution pour une voie de sortie. Elle est à la recherche des moyens pour qu’avec nos populations, les noyaux et les antennes rurales, les dernières poches des forces négatives soient identifiées et démantelées. Malheureusement, au lendemain de la signature de l’Accord de Pretoria, le Rwanda a déversé des milliers de soldats assiégeant ainsi la population civile de l’Est de la RDC.

Fallait-il attendre 6 ans de guerre alors qu’il suffit que les Etats-Unis disent non à l’aventure du Rwanda pour que ce dernier se retire.

Le 2e tour des négociations

La dernière initiative du second tour des négociations intercongolaises attendues par le peuple congolais tout entier et pour laquelle nous demandons aux Etats-Unis de peser de tout leur poids, devrait être un exercice sincère pour les bélligérants de libérer le peuple congolais qu’ils ont tenu en otage pendant plus de 6 ans. Le poids qu’ils y mettent doit être proportionel au rôle qu’ils ont joué – et à leur mérite – en faveur de la population.

Le peuple congolais veut la réunification et la souveraineté de la RDC. La Société Civile du Sud-Kivu souhaite voir un accord global et représentatif et des institutions nationales représentatives qui tiennent compte des acquis de Sun City et qui ne laissent aucune composante au bord de la route.

Les Etats-Unis et la communauté internationale devraient garantir le principe sacré d’auto-détermination des peuples et permettre au peuple congolais de recouvrer sa souveraineté violée par ses voisins, le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. 

Nous sommes effrayés par des tentatives des modérateurs de considérer le cas congolais comme un simple fait de laboratoire et où des essais qui n’ont jamais été effectués nulle part ailleurs ont libre cours. Et si l’on devrait effectuer un clonage, il devrait être fait avec des espèces saines et non avec des dinosaures de la vieille garde décidés à revenir ramasser le dernier grain d’or oublié ou tous ces criminels commanditaires des massacres et qui continuent à courir ou encore tous ceux qui entretiennent des réseaux mafieux d’exploitation des richesses pour alimenter le terrorisme international.

Le rôle du RCD

Le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie) qui s’est présenté comme une révolution venue corriger et rectifier la gouvernance de la RDC est finalement tombé plus bas que la structure étatique qu’il voulait corriger. Ses dirigeants ne sont jamais parvenus à dessiner un projet de société ni inscrire un pan dans le processus de paix en RDC. Bien que l’accord de Lusaka, le Pacte républicain de Gaborone et les résolutions de Sun City reconnaissent au RCD la responsabilité d’administrer le territoire et de gérer les populations sous son contrôle, il n’a pas réussi à juguler l’insécurité.

Les tueurs de Kisangani courent toujours. Ces mêmes tueurs planifient des tueries sélectives qui viseraient des animateurs de la Société Civile, des membres du clergé, des hommes d’affaires et des industriels, des professeurs d’université! L’assassinat du Professeur Alphonse Byamungu n’a jamais été élucidé; l’attaque en plein jour contre M. Gebbers de la société Pharmakina, l’une des dernières unités de production encore en activité est restée impunie. Et dans un contexte d’une économie moribonde, le RCD ne trouve mieux que de mettre sur pied une fiscalité terroriste qui ruine la population.

Le rôle du gouvernement de la RDC

Les Etats-Unis devraient aider le gouvernement dans son ouverture vers le Rwanda, l’Ouganda et les belligérants congolais (RCD, MLC) de manière à aboutir à un accord global et représentatif afin d’amorcer une transition non conflictuelle.

La partie déjà unifiée de la RDC devrait, avec le concours des Etats-Unis, être contrôlée par la police gouvernementale ou un commandement unifié afin d’éviter la répétition des événements de l’ITURI.

La Société Civile du Sud-Kivu note que le peuple congolais n’a jamais été xénophobe; il a accueilli les réfugiés rwandais de toutes les époques (1959, 1994). Aujourd’hui, il est tout disposé à cohabiter pacifiquement avec ses voisins dans le respect de la souveraineté de la RDC et avec tous les autres peuples dans le respect de la loi pour une intégration économique et culturelle dans la sous-région des Grands lacs.

Le rôle des Etats-Unis

Le rôle des Etats-Unis est prépondérant dans la résolution de la crise congolaise

•   Permettre au peuple congolais de disposer de lui-même et de jouir de ses richesses naturelles du sol et du sous-sol.

•   Appuyer le processus de paix et de la réconciliation nationale impliquant la mise sur pied des institutions nationales représentatives et non conflictuelles.

•   Imposer le retrait des troupes étrangères d’agression et obtenir l’élargissement du mandat de la MONUC.

•   Accompagner le processus de démantèlement des forces négatives et le retour des réfugiés dans leur pays d’origine.

•   Mettre fin aux bruits des bottes, source de toutes les atrocités commises sur les populations et du terrorisme qui s’est développé dans la région.

•   Jouer un grand rôle dans la lutte contre le terrorisme et l’impunité en favorisant la création d’un Tribunal Pénal pour la République Démocratique du Congo.

Les Etats-Unis devraient être davantage à l’écoute de la Belgique dans la recherche de la paix en RDC, car l’expérience a démontré que les «anciennes métropoles» ont toujours joué un rôle déterminant dans la résolution des crises observées ça et là à travers l’Afrique et le monde.

La Société Civile/Forces Vives du Sud-Kivu engagée dès le début de la guerre dans la recherche de la paix par des moyens non violents ne peut qu’espérer une implication toujours plus forte des Etats-Unis, de l’Union Européenne dans la fin de la guerre et le retour de la paix en RDC et au Sud-Kivu, porte d’entrée de toutes les guerres absurdes et meurtrières.

Fait à Bukavu, le 03/09/2002
Pour la Société Civile/Forces Vives
du Sud-Kivu, 7 signatures