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L’autre Amérique Lettre ouverte Monsieur le Président, Comme vous, je suis père et Américain. Comme vous, je me considère comme un patriote. Comme vous, je suis horrifié par les événements de l’année dernière et inquiet pour ma famille et mon pays. Et pourtant je ne crois pas à une conception simpliste et incendiaire du Bien et du Mal. Je crois que nous vivons dans un monde d’hommes, de femmes et d’enfants qui luttent pour leur pain quotidien, s’aiment, travaillent et veulent protéger leurs familles, leur foi et leurs rêves. […] Beaucoup de vos actions passées et futures violent les principes fondamentaux du pays dont vous êtes le Président. Le refus du débat («Qui n’est pas avec nous est contre nous»), la marginalisation de ceux qui vous critiquent, la propagation de la peur à l’aide d’une rhétorique sans fondement, la manipulation des médias et la suppression des droits des citoyens par votre administration, tout cela est contraire au patriotisme dont vous vous réclamez. […] Comme nous sommes loin, aujourd’hui, de comprendre ce que cela signifie vraiment que de tuer une femme ou un enfant, sans parler des «dégâts collatéraux» qui touchent des centaines de milliers de personnes! Vous accompagnez souvent votre phrase «C’est une nouvelle forme de guerre» d’un étrange sourire. Je suis inquiet que vous nous demandiez d’oublier toutes les leçons de l’histoire et de vous suivre aveuglément. […] Rien ne saurait justifier les actions d’al-Quaida et nous ne pouvons pas accepter les crimes du tyran Saddam Hussein. Et pourtant riposter aux bombes par des bombes, aux morts par des morts, aux mutilations par des mutilations est une manière d’agir à laquelle seul un grand pays comme le nôtre pourrait mettre fin. […] C’est pourquoi je vous en prie, Monsieur le Président, aidez à sauver l’Amérique avant que votre héritage ne soit plus que honte et horreur. Ne détruisez pas l’avenir de nos enfants. […] Protégez-nous du fondamentalisme qui vient de l’étranger mais ne fermez pas les yeux devant le fondamentalisme de citoyens rabaissés par la perte de leurs libertés, devant une autonomie présidentielle dangereusement accrue, accordée par des décisions du Congrès, devant l’idée fausse mais omniprésente selon laquelle il appartient irrévocablement à notre pays de jouer les gendarmes du monde. Nous savons que les Américains ont peur et sont en colère. Mais si des soldats américains ou des civils innocents devaient être sacrifiés dans une opération préventive inédite contre une nation souveraine, cela pourrait ne s’avérer qu’un remède extrêmement provisoire.
Avec mes respects *** Les extraits ci-dessus proviennent d’une lettre de l’acteur américain Sean Penn publiée dans le «Washington Post» du 19 octobre. Sean Penn est père de deux enfants, Dylan Frances, 10 ans, et Hopper Jack, 8 ans, et vit avec sa femme Robin Wright Penn à Marin County près de San Francisco. Etre père est pour lui la «plus belle chose du monde». Aussi fait-il du skateboard avec son fils, de l’équitation avec sa fille et va-t-il au cinéma avec tous les deux. C’est parce qu’il s’inquiète pour leur avenir qu’il a écrit cette lettre. • |