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Opération «antiaméricanisme»

A.B. Alors que les accusations contre la Suisse à propos du rôle qu’elle est censée avoir joué dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale ne sont encore pas rectifiées, une nouvelle opération de propagande nous parvient déjà de la même direction du vent. La superpuissance hégémonique veut désapprendre la pensée autonome aux «nations amies et neutres». Toute attitude critique envers la guerre contre l’Irak est interprétée comme un reproche et lesdites nations sont ainsi préparées à devenir des vassales des Etats-Unis.

Qu’est-ce que les Suisses ont vraiment dit lors du sondage effectué par Isopublic du 15 au 27 janvier? A la question: «Quelle opinion avez-vous en général de l’Amérique et des Américains?», 41% des personnes interrogées ont répondu «plutôt une mauvaise opinion». A la question «Qu’est-ce que vous pensez du fait que le style de vie américain s’impose dans le monde entier?», 52,6% ont eu une réponse plutôt négative. 46,2% des sondés trouvent que l’Europe est supérieure à l’Amérique au plan culturel. A la quatrième question – «L’Amérique est aujourd’hui la seule puissance militaire et politique mondiale. A votre avis, faut-il oui ou non une deuxième puissance mondiale pour faire contrepoids?» – 56% ont répondu «oui». La question 5 était: «Actuellement, des troupes de différents Etats sont concentrées au Proche-Orient. Dans quelles circonstances considéreriez-vous justifiée une intervention militaire des USA et de ses alliés contre l’Irak?» 40,2% ont répondu: «Dans aucune circonstance». Et, last but not least, à la question «Le 11 septembre 2001, des attentats ont été commis à New York et Washington avec des avions. A votre avis, la politique du gouvernement américain en est-elle responsable?», 55,4% ont répondu «plutôt responsable».

Depuis, des gens dont les tendances politiques offrent un intéressant mélange, au lieu de se poser des questions sur le bien-fondé d’une guerre anglo-américaine destinée à établir une nouvelle suprématie mondiale, se répandent en propos désobligeants et stéréotypés sur l’«antiaméricanisme des Suisses». Le fait qu’en Allemagne, certains milieux se comportent de la même manière rend la chose encore plus intéressante, mais pas plus intelligente. L’opération «antiaméricanisme» – c’est évident pour tout le monde – fait partie intégrante de la propagande belliciste. Pourtant cette fois, ceux qui tirent les ficelles dans les états-majors se trompent. Jusqu’ici, les mensonges et les omissions volontaires ont été trop gros, les noires intentions trop manifestes. La société civile de tous les pays – en Suisse également – ne se laisse pas rouler si facilement. Les informateurs de la CIA, du Pentagone et du Council on Foreign Relations doivent savoir que les Suisses sont des gens obstinés. Enfin, espérons qu’ils le sont. Espérons qu’ils tiennent tous suffisamment à la neutralité et à la tradition humanitaire pour considérer les préparatifs de guerre d’un œil critique. Espérons que le maintien de la paix dans le monde est pour chacun d’entre eux un objectif suffisamment important pour qu’ils soient de plus en plus nombreux à s’opposer à la guerre. Espérons que leur sens de l’honneur est suffisamment profond pour qu’ils renoncent à l’«american way of life», cet instrument de domination politique du monde. Espérons qu’ils connaissent l’héritage spirituel de l’Europe et l’estiment plus que ce qu’apportent les guerriers bushistes. Espérons qu’ils s’opposent à l’arrogance d’outre-Atlantique.

Les Etats-Unis gardent le secret sur 70% des archives de la Seconde Guerre mondiale. 70% de la vérité sur ce désastre ne peut pas être rendue publique alors que le délai de 50 ans est passé et qu’elle devrait être mise à la disposition de la recherche scientifique. Les Suisses savent pertinemment pourquoi ils tiennent à la déclassification de ces archives. Si Eizenstat le menteur était venu à Davos, il aurait appris que ses mensonges le rattrapent. Quiconque est familier de la recherche historique ou a vécu l’époque de la Seconde Guerre mondiale sait qu’une rectification aura lieu. Tant que les Etats-Unis ne dévoileront pas le rôle qu’ils ont joué pendant la Seconde Guerre mondiale et leur soutien de l’ennemi par l’intermédiaire de Standard Oil jusqu’à la fin de la guerre, les émissaires de la superpuissance hégémonique n’ont rien à faire chez nous. La démocratie a besoin d’honnêteté, elle implique le respect de toutes les cultures, de tous les pays et une volonté de paix.

Il faut exiger des complices de l’opération «antiaméricanisme» qu’ils révèlent honnêtement leur position à l’égard de la guerre et de la paix et qu’ils donnent le nom de leurs agents de liaison et des membres des états-majors de la puissance guerrière. C’est ce que la société civile suisse aurait déjà dû exiger lors des attaques précédentes contre notre pays.