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Les «partenaires pour la paix» – pris au piège de l’hégémonie

A.B. Le 11 décembre 1996, Flavio Cotti, Conseiller fédéral et Chef du département fédéral des affaires étrangères de la Suisse, a conclu l’accord «Partenariat pour la paix» avec l’OTAN, à Bruxelles. Cet accord a été signé durant les années d’euphorie afférentes à la mondialisation. Un changement général de dénominations était en cours: la guerre fut proclamée «mission de paix» ou «action humanitaire»; éliminant toutes les barrières, le gros capital s’était procuré sa liberté et l’avait proclamée «libération de tous les hommes de l’État national». La division du monde en 20% de riches et 80% de pauvres fut déclarée «processus naturel». Il s’agit là d’une action de l’esprit mondialiste, tout comme la mise sous tutelle de tous les peuples avec l’argument que leur État national est périmé.

Il avait été décidé aussi bien d’éliminer tout sens des responsabilités dans sa propre population que de répandre l’opinion que l’aide au développement du tiers monde était devenue obsolète. D’un trait de plume, le souci du bien commun fut déclaré dépassé. La nouvelle «paix» résultait d’une transaction curieuse: l’Internationale socialiste ne critiquait plus les hauteurs insondables de la politique de grande puissance et devenait visiblement responsable des profondeurs terrestres des 80% de la population qui vivaient dans l’ombre. Le tout fut affublé de l’épithète «démocratisation du monde». Les esprits critiques furent déclarés «dépassés», leur attitude taxée d’«antédiluvienne».

Entre-temps, un peu de réalité s’est mêlée à l’euphorie. Dans les Balkans ne s’épanouit aucune démocratie, mais des pays occupés ont beaucoup de peine à maîtriser leur vie quotidienne, l’Afghanistan est un désastre de nature particulière, le monde est devenu non plus libre, mais plus pauvre qu’auparavant. Dans les années d’euphorie déjà, des esprits critiques avaient souligné que cette expédition de piraterie visant à la possession du monde et à l’exploitation d’êtres dépourvus de plus en plus de leurs droits impliquait à terme l’établissement d’une force militaire. Personne n’ignorait qu’aucun pays au monde ne se laisserait abaisser une nouvelle fois au rang de colonie. Tous savent depuis longtemps que la fonction de l’OTAN est de devenir l’instrument élargi de la politique américano-britannique de colonisation. 

Tout cela était encore de la théorie le 11 décembre 1996. La leçon de la réalité s’y est ajoutée: Madeleine Albright a préparé la guerre du Kosovo et a fait instruire les chefs de l’UÇK par la CIA trois ans avant l’éclatement des hostilités. La Suisse n’a pas oublié que le pseudo-réfugié Hachim Taci était alors inscrit à l’Institut de l’Europe de l’Est de l’Université de Zurich. Rétrospectivement, il apparaît que la guerre du Kosovo a servi notamment à habituer les Européens au commandement de guerre des Américains ainsi qu’à les lier financièrement et politiquement à la reconstruction de la région détruite. Depuis lors, l’Europe doit être «toujours à votre service»: les États doivent financer toutes ces entreprises, mettre à disposition des équipes de service stylées, fonctionner comme ateliers de réparation sûrs, procurer des spécialistes et contribuer, de manière générale, à la confection de l’auréole attribuée à une communauté guerrière internationale. Et comme aucun des pays neutres ou des anciens satellites de l’Union soviétique non intégrés dans une alliance n’aurait avalé une  couleuvre consistant à se plier par décret à ce commandement, leur intégration a suscité l’invention du «partenariat pour la paix».

Et la Suisse aussi a signé. La population – en Suisse le souverain – n’a pas été consultée, rien n’a non plus été divulgué. Tel a été le début d’une trahison du pays par étapes. Aujourd’hui encore, la population suisse est censée trop stupide pour comprendre les documents originaux des accords. C’est pourquoi on ne la laisse voter, depuis lors, que sur les sujets «préparés» par l’officine de propagande du gouvernement: l’arrogance d’outre-mer s’étend à notre pays.

On ne s’étonnera donc pas que l’accord consiste non en la réglementation d’engagements mutuels, mais en un «processus évolutif». En bon français: l’OTAN se réserve le droit de planifier au fur et à mesure. En 1999, elle a adopté une nouvelle doctrine pour les interventions hors de sa zone, étendue dès l’abord au monde entier. Aucun parlement européen n’a été consulté, aucune votation populaire n’a eu lieu. Ainsi se sont endormis béatement, à la veille de la prochaine guerre mondiale, tous les pays signataires et tous les pays neutres liés à la planification progressive  par le Partenariat pour la paix, c’est-à-dire par un système d’alliances. Ils se sont réveillés avec une mauvaise surprise: l’alliance belliciste exige sans sourciller qu’ils participent à son action, revendication tout d’abord politique, garnie d’insolences au sujet de la «vieille Europe». La vie humaine n’a jamais joué un grand rôle dans les réflexions de ceux qui veulent et préparent la guerre. Les «plus grands maîtres de bataille de tous les temps» servent de modèle aux maîtres actuels.

On peut annuler un accord ou le résilier. Les pays neutres et tous les autres pays liés au Partenariat pour la paix ne pourront pas éviter de supprimer la dépendance qui résulte d’une hégémonie belliciste. Si nous sommes à la veille d’une guerre de trente ou de quarante ans, comme l’Amérique l’a annoncé, les pays neutres notamment ont une autre tâche: ils doivent non pas être «toujours au service» du dieu de la guerre, mais servir de bouclier à la population civile de tous les pays, être une force génératrice de paix qui protège la vie humaine et préserve notre planète de la contamination que générerait l’emploi d’armes atomiques ainsi que de virus et de bactéries manipulés. La guerre n’a jamais résolu de problèmes. La Deuxième Guerre mondiale et ses conséquences sont encore dans toutes les mémoires. En raison de l’état actuel de la science et de la technique, la prochaine guerre dépassera tout ce que nous avons connu. Ceux qui la mènent n’ont pas le droit de mettre en péril toute l’humanité par leur démence.

La Suisse s’illustrerait en étant la première à dénoncer l’accord conclu avec l’OTAN, conformément à ses traditions humanitaires ainsi qu’à son engagement à œuvrer pour la paix et à rester neutre. Si le gouvernement et le parlement sont trop timides, une votation populaire devra avoir lieu à ce sujet.