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Scott Ritter* s’exprime sur la situation en IrakRien n’a-t-il été laisser passer?Pitt: Vous êtes certain que les programmes d’inspection n’ont rien pu laisser passer? Ritter: De 1994 à 1998, les équipes ont inspecté la totalité des installations chimiques de l’Irak, elles ont posé des détecteurs et des caméras, effectué des visites surprises. Elles n’ont pas trouvé la moindre preuve que des stocks d’agents chimiques illégaux aient été soit conservés, soit reconstitués. Des équipes mobiles ont parcouru le pays, dotées de matériels de détection ultrasensibles qui envoient des rayons laser dans un champ et analysent les particules contenues dans l’air de ce champ. En plaçant ces dispositifs sous le vent des usines chimiques, l’on sait exactement quelles émanations se dégagent de ces installations. Bien que cela n’entre pas dans nos attributions, nous avons ainsi pu repérer des systèmes de défense aérienne, les rayons laser ayant relevé la présence d’acide nitrique, utilisée pour la propulsion des missiles SCUD. En remontant à la source, nous avons découvert la présence de missiles de défense sol-air SA-2 à plusieurs kilomètres de là. Tout cela est extrêmement précis. Pitt/Ritter, Guerre à l’Irak, pages 63–64. «Jamais nous n’avons trouvé la moindre preuve»Vos enquêtes ont été complètes … Nous avons été très efficaces. Chaque fois qu’une délégation irakienne quittait le pays, nous en étions avertis. Nous cherchions alors à savoir où elle se rendait, qui elle rencontrait et ce qu’elle achetait. Nous avons intercepté des messages télex et autres. Nous avons mis les hôtels sur écoute. Or, jamais nous n’avons trouvé la moindre preuve qu’une de ces délégations ait cherché à acquérir des matériels interdits. En Irak, j’ai conduit des visites surprises auprès des sociétés écrans, et parcouru leurs documents. Nous avons découvert des choses passionnantes, telle que la preuve qu’au moins soixante Français ont travaillé pour des sociétés irakiennes de ce type en France. Mais l’enquête qui a suivi a montré que ces sociétés n’avaient rien à voir avec les armes de destruction massive. Nos découvertes ont sans doute été d’un grand intérêt pour les Français et pour d’autres, mais pas pour nous. Même en l’absence d’inspecteurs sur place, il est possible et facile – car c’est le rôle des services de renseignement de chaque pays – d’être informé de toute démarche que l’Irak entreprendrait pour acquérir des capacités prohibées. Pitt/Ritter, Guerre à l’Irak, pages 68–69. Qu’en est-il d’Al-Qaida?Il nous reste à parler du lien avec Al-Qaida. Ce lien est évidemment absurde. Saddam est un dictateur laïc. Voila trente ans qu’il combat et réprime le fondamentalisme islamique. Il a fait la guerre à l’Iran en grande partie pour cette raison. Les Irakiens ont aujourd’hui des lois sur les livres qui punissent de mort immédiate le prosélytisme pour le compte du wahhabisme, et de l’islam sous toutes ses formes, en réalité. Mais ces lois sont tout particulièrement sévères pour le wahhabisme qui est la religion d’Oussama Ben Laden, comme chacun sait. Oussama Ben Laden hait Saddam Hussein depuis toujours. Saddam est pour lui un apostat, et doit être tué. Pitt/Ritter, Guerre à l’Irak, pages 82–83. La bombe atomiqueVous avez dit de l’armée américaine qu’elle était la plus redoutable machine à tuer de l’histoire. Nous savons tuer plus efficacement que qui conque. La question est de savoir ce qui nous arrêtera. Quand on aborde la question de la guerre urbaine et de la fouille des décombres d’une zone de construction où s’entassaient les civils, on n’a guère de choix sur l’action à mener. Il faut savoir que nous aurons, nous aussi, beaucoup de victimes. De l’ordre de plusieurs centaines, si ce n’est de plusieurs milliers. Et le pire scénario … Si rien ne va plus et que nous avons soixante-dix mille Américains piégés en Irak sans qu’il y ait le moindre espoir de les sauver, nous utiliserons l’arme nucléaire. A n’en pas douter. L’arme nucléaire, oui. C’est une guerre qui n’a rien de bon. Son issue ne peut qu’être fatale. Pitt/Ritter, Guerre à l’Irak, page 108. Qui sont les meneurs?Qui au gouvernement américain pousse à l’affrontement? Vous avez entendu les récents commentaires de Condoleeza Rice qui pense apparemment qu’il n’y a que deux solutions: ne rien faire, ou faire la guerre. Condoleeza Rice ne compte pas. Elle parle pour d’autres. Pour qui? Pour Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et Richard Perle. Pourquoi cette position? Parce qu’ils sont issus d’un groupe de réflexion néo-conservateur qui entretient des liens extrêmement étroits avec Israël, et pour lequel l’Irak constitue une menace à l’égard de ce pays et des Etats-Unis. Ils se sont engagés, idéologiquement, intellectuellement, politiquement, à faire tomber Saddam Hussein. Pitt/Ritter, Guerre à l’Irak, page 109. Quelle est l’idéologie des néo-conservateurs?Comment définiriez-vous les néo-conservateurs? Je vous pose cette question parce que je sais que vous êtes républicain et que vous avez soutenu Bush en 2000. Je définirais les néo-conservateurs comme des gens qui rejettent tout ce qui ne fait pas partie de leur cadre idéologique. Les conservateurs sont, je crois, capables d’écouter les modérés, ou tout au moins de prendre en considération d’autres points de vue. Mais les néo-conservateurs sont si pénétrés de leurs opinions qu’ils ne s’intéressent à rien d’autre. Dans le cas de l’Irak, les néo-conservateurs sont ceux qui, depuis dix ans, agissent au sein de certains groupes de réflexion – je pense à l’American Enterprise Institute – où ils ont élaboré ce qui, pour être honnête, représente un point de vue marginal à propos de l’Irak. N’ayant pas obtenu les voix des démocrates et des modérés de son camp dont il avait besoin pour être élu, Bush a dû se tourner vers son aile néo-conservatrice, ce qui a soudain investi d’un pouvoir ces penseurs en marge. Ils ne sont absolument pas représentatifs de l’opinion de la majorité, ici en Amérique. Mais ils tiennent aujourd’hui les rênes du pouvoir au gouvernement … Et dans l’armée … Au Pentagone en particulier. Donald Rumsfeld était quelqu’un de politiquement mort. Personne n’imaginait pour lui un quelconque avenir. Paul Wolfowitz était considéré comme un fou furieux de l’extrême-droite. Quant à Richard Perle, ce n’est pas sans raison qu’il porte le surnom de «Prince des Ténèbres». Tous trois paraissaient devoir finir leur carrière en tireurs embusqués canardant le monde politique à partir de leurs positions marginales, comme ils le faisaient depuis dix ans. Et les voilà maintenant qui mènent le bal. Une époque hasardeuse … Très hasardeuse. Pitt/Ritter, Guerre à l’Irak, pages 110–112. * Scott Ritter à été inspecteur des Nations unies pour le désarmement en Irak de 1991 à 1998. Spécialiste de la question irakienne, il a publié de nombreux articles à ce sujet. Il est l’auteur de Endgame (1999). |