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Conquête de l’espace ou paix sur la terreLa destruction de la navette spatiale Discovery lors de sa rentrée dans l’atmosphère terrestre a fait monter au créneau les défenseurs inconditionnels de ce qu’on appelle la conquête de l’espace, laquelle consiste à faire tourner autour de la Terre une multitude de satellites artificiels, des stations habitées et des navettes pour transporter des astronautes, sans parler des milliers d’objets abandonnés en orbite qui constituent une nouvelle sorte de pollution encombrant l’espace proche de la Terre. Si l’on en croit les commentaires présentés dans les médias, cette recherche spatiale serait indispensable à notre compréhension du monde et à l’accélération du progrès technique sans lequel aucun bonheur ne serait possible. Das pages entières ont été consacrées dans des journaux romands pour nous convaincre des bienfaits terrestres que nous ont valu ces déplacements dans le vide intersidéral. Cela va de la téléphonie mobile aux appareils de ménage en passant par internet et la météo. Bref, sans cette conquête spatiale, la société moderne ne pourrait pas fonctionner ni être heureuse. Qu’il puisse y avoir des accidents comme celui de Discovery est certes regrettable, mais doit être accepté comme la rançon du progrès. Il me semble qu’il y a lieu de relativiser. La conquête de l’espace ne nous a pas appris grand’chose sur le plan conceptuel. Les étapes les plus importantes dans notre compréhension de l’univers ont été accomplies grâce à des observations relativement simples faites sur ou depuis la Terre et à des déductions théoriques ne nécessitant qu’un crayon et du papier (dans le domaine de la physique: unité espace-temps-énergie/matière, complémentarité onde-corpuscule, acausalité). Ces théories remarquables ont été vérifiées par l’expérience sans aide de satellites et sont aujourd’hui encore à la base de notre compréhension physique du cosmos et le resteront. Il est incontestable que la conquête de l’espace a permis de meilleures observations, de voir plus loin dans l’univers et de mieux observer notre planète, mais elle n’est indispensable ni à notre vision du cosmos et de la vie, ni à notre existence sur la Terre. Elle présente aussi des aspects très négatifs et des dangers considérables car cette conquête a une composante militaire importante – et probablement déterminante pour son financement – servant aux visées hégémoniques de grandes puissances. Elle a d’ailleurs été marquée par la rivalité USA-URSS tout comme le développement des armes nucléaires. Ses coûts sont astronomiques et il est parfaitement légitime de se demander si les investissements qui lui ont été consentis n’auraient pas été mieux utilisés pour résoudre les nombreux problèmes qui se posent aujourd’hui sur le plancher des vaches. De fait la conquête spatiale est un des aboutissements d’une science dont le but premier n’est pas la compréhension du monde et de la nature, mais sa domination. Cette course à la domination, poussée jusqu’à la caricature par le gouvernement actuel des Etats-Unis, est une menace pour la planète dans son ensemble et par conséquent aussi pour l’humanité. Il me semble important de repenser notre conception du progrès et de redéfinir nos buts. De promouvoir une croissance économique agressive pour enrichir unilatéralement des actionnaires n’est pas un but digne de l’humanité et de toute façon ne mène nulle part. A terme il faudra bien revenir à des économies de proximité alimentant des sociétés dignes de ce nom et dotées de cultures et de traditions. La religion du progrès et du développement n’est pas compatible avec un monde en paix. Pierre Lehmann, Chernex |