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Participer aux guerres de l’«unique superpuissance»?

Rester indépendant ou adapter l’armée suisse à l’OTAN dominée par les Etats-Unis?

par Diethelm Raff, Forum pour la paix et les droits de l’homme

La réforme Armée XXI, adoptée le 15 octobre 2002 par le Parlement, va être introduite avec la nouvelle loi militaire. Elle sert à subordonner l’armée suisse à l’hégémonie des Etats-Unis et à participer à leurs guerres ou tout au moins à protéger leurs protectorats. Tout heureux de cette perspective, le conseiller fédéral Samuel Schmid a fait savoir au Comité contre le bruit de Sion que l’aérodrome de cette ville serait à l’avenir un «aérodrome militaire»(!) et qu’il fallait s’attendre à une augmentation du bruit. Après tout, les futures guerres en faveur du nouvel ordre mondial doivent être également préparées dans les montagnes. Est-ce que nous autres citoyens devons attendre avec fatalisme que le conflit annoncé éclate, comme avant la Première Guerre mondiale? Les militaires pensaient terminer celle-ci en trois mois. Elle a fait trois millions de morts. En revanche, avec son combat moyenâgeux contre le Mal qui ignore les limites du droit international, les droits des citoyens et la démocratie, Bush nous a menacés de trente ans de guerres. Elles feront des morts, des handicapés, répandront la terreur, pèseront pendant des décennies sur les économies nationales et entraîneront des baisses de salaires. Evidemment, dans cette logique, la protection civile est négligée et l’individu ne compte plus.

Tous les adversaires de la guerre, la gauche, les écologistes, les démocrates, les libéraux, les conservateurs, ceux qui entendent défendre les acquis sociaux et la nation doivent s’élever contre l’engagement de la Suisse dans cette logique de guerre d’une superpuissance hégémonique. Voilà pourquoi nous ne pouvons admettre que la Suisse, avec sa nouvelle loi militaire, soumette son armée aux exigences de l’OTAN dominée par les Etats-Unis.

Armée XXI, produit de la logique de guerre de l’OTAN

Le concept de «sécurité par la coopération» (Rapolsec 2000) du 7 juin 1999 signifie la soumission de l’armée suisse à la nouvelle doctrine offensive de l’OTAN d’avril 1999. En 1966, en faisant – sans débat préalable – adhérer notre pays au «Partenariat pour la paix», le conseiller fédéral Cotti l’a rapproché de l’OTAN. La Suisse va ainsi devenir une vassale de l’«unique superpuissance», comme les autres Etats de l’Alliance atlantique, si les citoyens restent inactifs. La nouvelle doctrine offensive de l’OTAN de 1999 – mais qui l’a lue? – prévoit que l’OTAN peut attaquer des pays qui, par exemple, ne réaliseraient pas les réformes nécessaires à la privatisation des services publics demandée par le FMI et par l’OMC (Art. 20). L’agression contre la Yougoslavie en 1999 a montré qu’avec la doctrine Warden, outre la destruction des infrastructures, c’est surtout la population civile qui est la cible des
attaques. L’armée est le dernier objectif. Ainsi presque toute l’armée yougoslave est sortie indemne des bombardements, contrairement aux hôpitaux, aux écoles, aux ponts et aux usines civiles.

Sous l’appellation de «nation building», de nouvelles colonies sont établies et des protectorats sont opprimés par des troupes de protection. Que l’on songe à la Yougoslavie, à la Macédoine, au Kosovo et à l’Afghanistan!

Des soldats suisses professionnels et contractuels devront combattre dans les guerres annoncées.

Les divisionnaires formés aux Etats-Unis imposent autoritairement les exigences des chefs américains. L’armée suisse devra être transformée jusqu’en 2015 en armée d’intervention. Elle participera alors également aux interventions meurtrières à l’étranger. Etant donné que le soldat de milice lambda refusera de jouer longtemps le jeu, l’armée sera transformée en module avec des soldats professionnels et contractuels, comme dans tous les autres Etats de l’OTAN! (Art. 47) Vu que les soldats de milice d’un certain âge ne se laisseront pas avoir par la propagande en faveur d’une vie guerrière aventureuse, l’armée sera considérablement rajeunie (Art. 13) et l’on introduira le «service long» (Art. 54a). Ceux qui, ces 15 dernières années, ont entendu parler les stratèges militaires savent qu’ils prévoient, pour les nouvelles guerres, la mise sur pied d’une petite armée hautement spécialisée. Les armées de milice ne sont pas adaptées à des guerres offensives dans le monde entier.

Pas de soumission aux intérêts des grandes puissances

Pourquoi la NZZ am Sonntag du 29 décembre demande-t-elle ouvertement la soumission à l’Empire américain en prétendant que c’est dans l’ordre des choses? Qui veut nous faire croire que nous nous acheminons vers une autre guerre mondiale? Qui a décidé que les guerres qui violent le droit international sont un instrument politique? Pourquoi le rédacteur en chef du Tages-Anzeiger courtise-t-il, le jour même des grandes manifestations contre la guerre, le va-t-en-guerre Blair qu’il a lui-même traité de vassal des Etats-Unis? Sans le moindre esprit critique, il répète la propagande belliciste du ministre des affaires étrangères américain Colin Powell, selon lequel le chancelier allemand Schröder encouragerait la guerre en Irak en s’opposant catégoriquement à la guerre. Il demande même que les opposants à la guerre acceptent une guerre d’invasion en Irak si elle est décidée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Mais, Monsieur Hartmeier [le rédacteur en chef du Tages-Anzeiger], les guerres d’agression, et même les menaces d’agression, sont interdites par la Charte des Nations unies (Art. 2.4). Les médias, surtout dans un pays neutre, devraient se demander s’ils doivent se faire les valets des services de propagande américains.

Une alternative – la neutralité comme concept de paix

En revanche, la neutralité armée est un concept de paix moderne, inspiré par le sens des réalités et estimé dans le monde entier. Elle empêche la participation à la politique hégémonique et libère de l’énergie pour une vraie politique de paix. Elle permet aux parties en conflit de se rencontrer en terrain neutre et de trouver des solutions durables. Si, par contre, des politiciens et des officiers veulent se garder une place au chaud dans le nouvel Empire et encouragent la guerre de façon servile, suppriment les droits de l’homme et du citoyen, utilisent l’argent des citoyens pour structurer de manière centraliste la société civile, les citoyens doivent prendre les choses en main.

Une guerre de l’ONU est-elle préférable à une guerre des Etats-Unis?

Une partie des gens qui se disent de gauche et croient qu’en internationalisant l’armée dans le cadre de l’ONU, on fera quelque chose pour la paix alors que ce sont les cinq puissances nucléaires du Conseil de sécurité de l’ONU qui décident de la «paix» vont bientôt se réveiller. (Qui donc a lancé cette théorie et avec quelles justifications?) En tout cas, cette idée aurait dû être abandonnée depuis que des soldats suisses, sous mandat de l’ONU, aident à soutenir au Kosovo le protectorat des Etats-Unis avec l’aéroport de guerre de «Bondsteel». Les «engagements pour la paix», comme en Afghanistan, sont dirigés contre les populations. Dans ce pays, ceux qui participent au «gouvernement» sont des représentants de groupuscules parachutés et le président était employé dans une multinationale américaine du pétrole.

Un rapprochement avec l’OTAN réglé par voie d’ordonnances?

Nous pensons que nous ne pouvons pas accepter cela. La prochaine votation sera la dernière occasion que nous avons de manifester notre refus. Car avec la nouvelle loi militaire, le peuple ne pourra plus se prononcer sur les prochaines adaptations aux exigences de l’OTAN et des Etats-Unis. Tout relèvera de la compétence du Parlement et surtout du Conseil fédéral, si docile, et les adaptations seront imposées par voie d’ordonnances.

Pas de démantèlement de la protection civile

Qui s’étonnera qu’avec la nouvelle stratégie militaire, la protection de la population n’ait plus qu’une toute petite place, également en Suisse? Le Conseil fédéral estime que nous nous trouvons dans une période de paix et que les guerres peuvent être prévues 5 à 10 ans à l’avance. C’est pourquoi on veut réduire à un tiers les effectifs de la protection civile et cela non en fonction des besoins locaux mais d’après des dispositions globales centralisées. Ces messieurs savent très bien où ils pourront se mettre à l’abri en cas d’urgence. Dans les cantons pauvres, le peuple sera moins bien protégé car les coûts seront transférés aux cantons. Dans la nouvelle loi sur la protection civile, il n’est plus prévu, en cas de guerre, d’accueillir des réfugiés, de les loger et de les nourrir (cela manque au nouvel article 4). Or il y aura beaucoup de personnes qui chercheront à s’abriter chez nous et qui devront être accueillies.

Nous recommandons donc de refuser, le 18 mai, et la loi militaire et la loi sur la protection civile.        

Contact: frieden.rechte@bluewin.ch
Tél.: +41 76 349 61 52

(Horizons et débats, numéro 19, avril 2003)

mise à jour  le 17.04.03