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Derrière le Mur

Violations des droits de l’homme par le Mur de séparation

par Rebecca Weiss, Suisse

Btselem, Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés, a publié en avril 2003 un rapport détaillé de 40 pages sur les violations des droits de l’homme dont sont victimes les Palestiniens à la suite de la construction du Mur. Au début de mai, un rapport international exhaustif de l’ONU et de pays donateurs sur les conséquences du Mur de Cisjordanie pour les Palestiniens parvient aux mêmes conclusions.

Le premier tronçon du Mur entre Israël et la Cisjordanie dont l’Etat hébreux avait commencé la construction en 2002 pour empêcher les attentats terroristes commis par des  groupes palestiniens violents sera terminé d’ici à juillet 2003. Il est long de 145 kilomètres et serpente à l’intérieur de la Cisjordanie en suivant approximativement la «Ligne verte», la frontière de 1967. Il est source de violations des droits de l’homme pour 210000 Palestiniens habitant dans 67 villes et villages. Aussi le rapport international recommande-t-il aux donateurs de surveiller attentivement la construction du Mur ainsi que ses effets sur la population palestinienne et de soutenir financièrement les communes et les familles concernées.

Btselem fait les constatations suivantes:

•   13 communes dans lesquelles vivent 11700 personnes deviennent des enclaves prises entre le Mur et la «Ligne verte».

•   Le tracé du Mur ainsi que le bouclage de territoires par un second mur plus à l’ouest, isolera 19 communes où habitent en tout 128000 personnes.

•   36 communes à l’ouest du premier ou du second mur où vivent 72000 Palestiniens sont coupées de leurs terres situées à l’ouest.

Le rapport international constate quant à lui que le Mur situé à l’intérieur de la Cisjordanie est en bien des endroits à une distance de la frontière d’Israël pouvant aller jusqu’à 6 kilomètres. Les habitants seront prisonniers entre Israël et le Mur et coupés de leurs terres, de leurs lieux de travail et des infrastructures sociales essentielles, comme les hôpitaux. Pour construire le mur, Israël confisque militairement des terres appartenant aux Palestiniens. Toutes les plaintes déposées par des propriétaires terriens à un tribunal militaire israélien et ensuite à la Haute Cour de Justice ont été rejetées. Israël fait valoir qu’il ne s’agit que d’une mesure provisoire, mais vu l’étendue du Mur, son coût et surtout son tracé à l’intérieur de la Cisjordanie, les Palestiniens supposent qu’il s’agit là d’un projet à long terme.

Les autorités israéliennes ont promis de créer des passages à travers le mur. Les habitants concernés pourraient passer de l’autre côté grâce à une «autorisation spéciale». Ainsi, la population palestinienne dépendra des «mesures de sécurité» d’Israël.

Les expériences du passé montrent qu’Israël en tire l’avantage de limiter la liberté de mouvement de la population palestinienne. Elles montrent également que les motifs n’ont pas forcément quelque chose à voir avec la sécurité d’Israël. On peut partir de l’idée que l’Etat hébreux poursuivra cette stratégie de sorte que les points de passage n’empêcheront pas ces restrictions. Des milliers de Palestiniens seront considérablement handicapés car ils ont de la peine à se rendre dans leurs champs et à vendre leurs produits dans d’autres régions de Cisjordanie. Les terres dont ils ont été dépossédés dans la première étape de la construction du Mur comptent parmi les plus fertiles de toute la Cisjordanie. L’agriculture est l’une des principales sources de revenus des communes touchées par la construction du Mur. Les dommages causés au secteur agricole auront des conséquences économiques dramatiques pour les habitants et plongeront de nombreuses familles dans la pauvreté.

En outre, la construction du Mur limitera considérablement l’accès de la population des campagnes aux hôpitaux à Tulkarem, à Kalkiliya et à Jérusalem-Est, villes coupées de la Cisjordanie. Les écoles sont également touchées car de nombreux enseignants n’habitent pas dans les communes où ils travaillent. C’est le cas surtout dans les villages.

En décidant de construire le Mur afin d’empêcher les attaques terroristes, les autorités israéliennes ont choisi la solution la plus extrême, celle qui cause le plus de problèmes à la population palestinienne. Elles l’ont préférée à d’autres solutions moins dommageables. En agissant de la sorte, Israël manque à ses obligations au regard du droit international.

Bien que la majorité des Palestiniens qui ont perpétré des attentats en Israël aient pénétré dans le pays par les points de passage situés le long de la Ligne verte et non pas par le territoire ouvert, entre ces passages. Israël a décidé de construire le Mur avant de résoudre les problèmes posés par les points de passage. L’armée n’a absolument rien fait pour empêcher les Palestiniens d’entrer. Elle n’attribuait pas la priorité à cet objectif par rapport à d’autres comme l’attaque des bâtiments des autorités palestiniennes ou la protection des colonies.

Même si nous acceptons l’affirmation d’Israël selon laquelle le Mur est le seul moyen d’empêcher les attentats, il faut exiger de lui qu’il choisisse le tracé qui entraîne le moins possible de violations des droits de l’homme. Le tracé prévu ignore presque totalement ce principe et est fondé sur des considérations illégitimes. Un des objectifs les plus importants du gouvernement était d’installer le plus grand nombre possible de colonies à l’ouest du Mur afin de rendre leur annexion plus vraisemblable. Aussi les autorités ont-elles défini le tracé du Mur de manière à éviter les problèmes politiques que provoquerait la reconnaissance de la Ligne verte en tant que frontière israélienne.

Le tracé du Mur a été modifié sous la pression de quelques habitants israéliens de la ville de Matan qui ont exigé une séparation entre Kalkilia et Habla, village situé au sud de Kalkilia, parce qu’ils voulaient conserver leur «qualité de vie»!

Dans d’autres régions, il a été décidé de déplacer le Mur vers l’est pour prévenir la destruction de sites antiques. A Bethléem, le Mur traverse la ville afin que les Juifs pratiquants aient libre accès à la tombe de Rachel.

D’une manière générale, ce projet donne l’impression qu’Israël avance une fois de plus des arguments sécuritaires pour créer des faits accomplis qui vont peser sur tout accord futur avec les Palestiniens. Dans le passé, Israël invoquait les «nécessités militaires absolues» pour justifier les expropriations en vue d’installer des colonies et prétendait chaque fois que la mesure était provisoire. Les colonies sont depuis un certain temps un fait accompli et Israël veut maintenant en annexer certaines. On ne peut s’empêcher de penser que le Mur – comme les colonies – est un moyen pour Israël d’appuyer la revendication future d’annexion des territoires.

C’est pour ces raisons que Btselem demande au gouvernement israélien:

•   De renoncer à l’idée du Mur, d’en stopper la construction, de même que les expropriations.

•   S’il décide qu’il n’existe aucune autre solution que de construire un Mur, d’en fixer le tracé ou bien le long de la Ligne verte ou bien à l’intérieur d’Israël.                 

Source: Btselem-Report et enquête de la Mission to the Humanitarian and Emergency Policy Group (HEPG) of the Local Aid Coordination Committee (LACC)

(Horizons et débats, numéro 20, juin 2003)

mise à jour  le 21.06.03