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Qui a décidé des interventions de la police à Genève et à Lausanne pendant le Sommet du G8?thk. Tandis qu’à Evian les hommes d’Etat les plus puissants du monde bradaient ce dernier en dégustant du caviar et en buvant du champagne, la Suisse était chargée de veiller à ce que les participants à la conférence puissent travailler dans un climat idyllique. Au printemps déjà, le conseiller fédéral Villiger courtisait Jacques Chirac et l’assurait de son soutien. La Suisse était prête à jouer son rôle et à faire en sorte que le Sommet se déroule sans troubles. Conformément au nouveau «rôle» assumé en tout cas depuis l’envoi de la Swisscoy au Kosovo, notre pays fait le sale boulot: balayer les ruines, ramasser les déchets laissés par les puissants et même financer les dégâts. Se faire remarquer sur la scène internationaleLorsque le Conseil fédéral a décidé d’apporter son aide à la France, il a avancé l’argument selon lequel il était important pour la Suisse de montrer au monde qu’elle était capable d’apporter sa contribution dans ces grandes occasions. «Pour la Suisse, le Sommet d’Evian est une occasion de démontrer sa capacité à soutenir l’organisation de grands événements internationaux et d’asseoir sa réputation sur la scène internationale.» Mais il n’espérait pas seulement un profit politique pour le pays. Il a essayé d’apaiser les craintes justifiées des populations concernées par des arguments économiques: «Enfin, au niveau économique, la venue d’une partie des participants dans la région lémanique procurera d’appréciables bénéfices aux milieux touristiques, à la fois en termes financiers et en termes d’image.» Selon Kaspar Villiger, la Suisse était certaine d’attirer l’attention du monde. Il n’est pas sûr que l’évocation de la Suisse dans les médias ces derniers jours ait répondu à l’amélioration de l’image du pays souhaitée par le Conseil fédéral. Presque tous les journaux internationaux ont publié des photos de policiers passifs, de vitrines fracassées et de casseurs masqués. 5 millions de dégâts malgré la présence de 10000 hommesAfin de tenir la promesse faite à Jacques Chirac, le Conseil fédéral a dû mettre sur pied des forces de police considérables. Outre 5 600 soldats suisses dont l’engagement dans le pays est particulièrement problématique, les responsables ont eu l’idée absurde de faire venir des forces de police de l’étranger. Bien que de sérieuses analyses de la situation aient montré que les forces autochtones constituées de corps de police municipaux et cantonaux, c’est-à-dire d’environ 2000 hommes, seraient suffisantes, le gouvernement genevois, appuyé par le Conseil fédéral, a fait venir d’Alle- magne 15 canons à eau et 1000 policiers. On ne sait toujours pas combien cela a coûté et qui va payer la note. Malgré cet important déploiement, on a assisté, pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, à des actes de violence extrême. Les dégâts subis par les commerces et les installations municipales s’élèvent à plusieurs millions de francs. Officiellement, on parle de 3 millions mais officieusement de 5 millions. Que s’est-il passé? Genève transformée en champ de batailleDès vendredi soir, des exactions ont été commises que les médias ont cependant qualifiées de petites échauffourées en marge de manifestations pacifiques. Mentionnons en passant que des stations-service ont été pillées et incendiées et que cela aurait facilement pu entraîner une catastrophe de grande ampleur. Les responsables ont voulu délibérément minimiser le potentiel de violence et sont restés fidèles à leur «stratégie de désescalade». De source bien informée, on apprend que la police allemande se sentait ridiculisée et a annoncé son départ. Cela après qu’on l’ait retirée de l’aéroport et expédiée à Genève où elle a été cependant condamnée à un rôle de figurant. Ce soir-là, la nouvelle manifestation a dégénéré et quelques individus masqués dont on ne sait pas aux ordres de qui ils obéissaient, se sont livrés à une véritable orgie destructrice: des vitrines ont été brisées, du mobilier détruit, des stations-service incendiées, des magasins pillés, des voitures détruites et des policiers attaqués qui, après que la doctrine d’intervention eut été modifiée, ont été plus ou moins contraints de rester les bras croisés. Les autorités savaient que quelque 300 casseurs armés de battes de base-ball, de pics à glace et d’autres armes étaient arrivés à Genève samedi par le train. Et pourtant on n’a pas procédé à des contrôles d’identité et on les a laissé passer et se mêler aux manifestants pacifiques. Il était évident que la ville allait être transformée en champ de bataille. Le fait que les responsables aient plus ou moins accepté cela est un scandale et l’on se demande à quelle stratégie obéit une telle attitude. Non seulement les policiers allemands qui ne devaient s’occuper que de la sécurisation de l’aéroport furent condamnés à la passivité mais également les corps de police des autres villes et cantons n’avaient pas le droit de réagir aux violences, c’est-à-dire aux actes illégaux. A-t-on toléré consciemment les débordements?Les excuses de Jacques Chirac pour les violences de Genève et de Lausanne paraissent bien insipides. Lorsqu’il a choisi Evian, il savait très bien qu’il y aurait des manifestations. Pour épargner son pays et sa personne, il a sollicité le gouvernement suisse qui s’est senti flatté par cette demande et a bien voulu se charger de la protection du Sommet. Dans les milieux policiers bien informés, le bruit court que l’idée de ne pas intervenir en cas de violences était une décision politique, d’autant plus qu’on n’avait pas prévu l’organisation de gardes à vue, ce qui est pourtant d’usage lorsque l’on redoute des violences. On a l’impression qu’il s’agit d’un coup monté. Qui pourrait davantage que les puissants du G8 avoir intérêt à ce que l’on assimile tous les adversaires de la mondialisation à une poignée de casseurs professionnels et à ce qu’on les considère comme des criminels. Leurs critiques, pour la plupart justifiées, sont supplantées par l’indignation que suscitent les débordements violents. Après l’impressionnante manifestation de Gênes à l’occasion du Sommet du G8 à l’été 2002, on a commencé à présenter systématiquement le mouvement anti-globalisation comme violent et donc inacceptable. C’est Silvio Berlusconi, accusé de corruption, qui avait alors commencé d’attaquer les manifestants à la suite de violences. Il est probable que les champions de la mondialisation ne veulent pas se confronter sérieusement aux critiques justifiées et qu’ils préfèrent assimiler leurs adversaires à des criminels. Le Sommet a été une déception pour tous les pacifistes. Les courbettes de Schröder devant Bush et Blair sont moins un signe d’unité de vues que de bassesse et rappellent des manifestations d’esprit servile allemand. Si ce Sommet entre dans les annales en tant que produit d’éléments criminels, cela profitera avant tout à ceux qui considèrent la libre expression comme problématique et qui, depuis le 11 septembre en tout cas, s’attachent à la limiter chaque fois que c’est possible. Pour les mondialisateurs, ce Sommet a été un succès dû notamment à l’aide apportée par les Suisses et aux millions de dégâts causés à Genève et à Lausanne. • (Horizons et débats, numéro 20, juin 2003) mise à jour le 21.06.03 |