accès direct aux numéros

Journal favorisant la pensée indépendante,
l'éthique et la responsabilité

Suisse

Les caisses de retraite et l’AVS victimes de la spéculation

par Reinhard Koradi, Dietlikon

Le Conseiller fédéral Couchepin veut soulager les caisses de retraite défaillantes et l’AVS.* Le Conseil fédéral propose un assainissement des caisses en difficultés grâce à une augmentation des cotisations, une baisse du taux d’intérêt minimal que doivent verser les caisses aux retraités, ainsi que par des sacrifices des retraités.

Ainsi, le Conseil fédéral propose de porter à 67 ans l’âge de la retraite de l’AVS, ce qui priverait les assurés de tout paiement durant deux ans et les obligerait même à continuer à cotiser pendant cette période. Les milieux concernés protestent évidemment avec véhémence contre cette «bouée de sauvetage» tendue aux institutions de prévoyance. Mais ces protestations sont un peu tardives. La résistance aurait dû être mobilisée contre l’assouplissement des dispositions de placement durant les années d’expansion économique.

Davantage de transparence

Dans l’euphorie de la spéculation, les critères de placement conservateurs des institutions de prévoyance (caisses de retraite et AVS) ont été fortement critiqués. Sous le titre d’«optimisation du rendement du capital de placement», les journaux économiques spécialisés ont exhorté les caisses de retraite à accroître leurs gains en prenant davantage de risques. Les milliards de francs investis dans la prévoyance-vieillesse étaient propres à chauffer à blanc le circuit de la spéculation. Peut-être en avait-on besoin de manière urgente comme «transfusion de sang» pour différer l’éclatement de la bulle de spéculation jusqu’à ce que les spéculateurs professionnels aient réalisé leurs bénéfices.

La loi définit les directives de placement de la prévoyance-vieillesse, de strictes restrictions s’appliquant surtout aux fonds de l’AVS. Toutefois, la situation critique des œuvres sociales suscite les questions suivantes après l’effondrement boursier: Les directives de placement ont-elles été assouplies ces 15 dernières années (tout comme les dispositions relatives aux réserves monétaires de la Banque nationale) ou des dispositions légales ont-elles été violées? Qui fixe la politique de placement et qui est chargé de son application? Est-il correct que des grandes banques puissent gérer les fonds de l’AVS sur ordre de la Confédération et les investir à des fins de spéculation?

Avant que les cotisants et retraités ne soient invités à passer à la caisse, ces questions doivent être élucidées sans ménagement.

Echec sur tous les plans de la Nouvelle économie

Dans le présent texte, le concept de Nouvelle économie est utilisé intentionnellement au sens large et il ne s’agit donc pas uniquement des technologies modernes de télécommunication. L’échec se rapporte au concept de société de services et de communication. Dans les économies développées, la part des services continue d’augmenter. Or une valeur ajoutée durable est la condition d’une économie florissante et croissante. Cependant, seuls l’investissement en biens et la production de biens constituent des valeurs durables. A défaut, il n’y a pas de base économique d’une société de services et de communication. Bâtie sur des conceptions fausses, l’économie qui néglige la création de valeurs réelles est vouée à l’échec. La concentration en groupes mondiaux engendrée par des intérêts financiers détruit des structures économiques solides et flexibles ainsi que des économies nationales et, par conséquent, des emplois. Des anticipations de bénéfices irréalistes et excessives incitent à un mode de penser à court terme, basé sur la spéculation, et entravent ainsi la stabilité et une croissance solide. La commercialisation de l’approvisionnement de base empêche l’égalité des chances. Des secteurs importants, telle l’agriculture, sont sacrifiés aux lois du marché.

Les philosophies du Nouveau management conduisent les entreprises d’une réforme à l’autre jusqu’à ce qu’aucune pierre ne reste plus sur une autre. Traduit dans la réalité quotidienne, cela s’appelle faillites, fermetures d’entreprises, perte de savoir-faire et d’investissements d’exploitation, licenciements. Une expérience d’une richesse considérable est sacrifiée à la jeunesse à tout prix. L’innovation et la dynamique remplacent la tradition et le travail consciencieux. Que nous a apporté ce changement de coordonnées? Une économie dépourvue de perspectives, au bord de l’abîme. Une économie qui détruit le patrimoine national au lieu de réaliser une valeur ajoutée réelle. Une économie qui mène la classe moyenne à la ruine et prive notre jeunesse de son avenir.

Recherche d’une nouvelle voie

L’adoption d’idéologies modernes a exercé des effets dévastateurs sur l’économie et le management. Le simple pékin, travailleur, rentier, artisan, petit ou moyen entrepreneur, agriculteur ou autre, devrait maintenant en subir les conséquences. Comme toujours lorsque la politique échoue, lorsque les hommes sont vendus aux intérêts des puissants. Le peuple est tout disposé à endosser ce fardeau. Mais seulement si la pagaille politique cesse et que les auteurs du désastre doivent assumer leurs responsabilités. La condition en est l’honnêteté et l’engagement véritable des gouvernements et des parlements pour le bien des citoyens. La politique doit servir les intérêts du peuple et non ceux des puissants et de la haute finance. Les difficultés économiques actuelles reflètent une profonde crise de confiance. Or ce sont les hommes qui créent la confiance, mais aussi la détruisent.

Il est donc temps de renoncer aux rodomontades de puissants, à la servilité envers les puissances étrangères, la haute finance, les mondialistes et l’esprit néo-libéral dans le vent. Si la politique est au service de l’homme, de son propre peuple, les forces nécessaires se dégageront pour résoudre les problèmes en commun, pour le bien de tous.

*  A l’intention des lecteurs non suisses: La prévoyance-vieillesse est fondée sur trois piliers, à savoir un système de base auquel sont assujetties toutes les personnes domiciliées en Suisse (AVS), un système de caisses de retraite paritaires auquel est soumis toute entreprise qui verse des salaires à partir d’un certain montant et, finalement, l’épargne individuelle. Comme dans d’autres pays, ce régime a connu de fortes difficultés ces derniers temps.

(Horizons et débats, numéro 20, juin 2003)

mise à jour  le 21.06.03