accès direct aux numéros

Journal favorisant la pensée indépendante,
l'éthique et la responsabilité

L’administration Bush organise le chaos en Irak

La situation actuelle est grave. Régulièrement des nouvelles nous parviennent du tribut terrible que les Irakiens paient à l’anarchie la plus totale et au déchaînement de violence dans leur pays. Souvent, des femmes sont enlevées sous la menace d’une arme, l’une en plein jour au centre de Bagdad où elle se trouvait en voiture avec son mari, une autre dans son village, une autre sur une place très animée de la capitale, deux à leur domicile. J’ai demandé à plusieurs reprises si ces événements avaient été couverts par des journalistes et on m’a répondu qu’ils étaient si nombreux qu’il était impossible de tous les relater.

Les gens ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école et, s’il les y accompagnent en voiture, ils ont peur de ne pas pouvoir les protéger. Ils ont peur que les écoles ne soient pas assez sûres.

Un ami m’a raconté que dans l’école de sa fille, les parents ont organisé eux-mêmes la protection de l’établissement pendant les heures de cours. Ils n’étaient pas sûrs que l’armée américaine passerait dans leur zone. Naturellement, la plupart des téléphones ne fonctionnent pas. Même dans les quartiers où les communications locales sont possibles, il n’existe pas de numéro pour les urgences. Même quand des soldats, en cas d’incident grave, viennent sur les lieux, ils ne savent pas parler l’arabe et n’ont pas de traducteur. Ils ne suivent pas une personne très agitée qui s’approche d’eux et leur parle en arabe. Plusieurs soldats m’ont dit qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir: que les Arabes se débrouillent tout seuls!

Jusqu’au jour où les Américains sont venus «libérer» les journalistes de l’hôtel Palestine, on trouvait des policiers irakiens à chaque coin de rue. Ils ont disparu subitement et le mois dernier, c’était l’anarchie la plus complète. Il n’est pas étonnant qu’une ville de 5 millions d’habitants sombre dans le chaos et la violence quand elle n’a subitement plus de police. En outre, le gouvernement avait vidé toutes les prisons en octobre.

Certains médias nous apprennent qu’il y a de nouveau quelques policiers dans les rues. C’est exact: on peut en voir de temps en temps quelques-uns en groupe: ce sont les seuls individus qui n’ont pas le droit de porter une arme en Irak! La semaine dernière, je me suis arrêté sur une petite place de marché à Mahmoudiya, dans les environs de Bagdad. Tandis que mon ami achetait des cigarettes, un garçon de 12 ans se promenait, un pistolet à la ceinture de son short. Il me dit qu’il cherchait à le vendre et que son nouveau possesseur ne l’arborerait qu’en guise de décoration.

Si on se balade le soir dans Bagdad – ce qui, en soi, est dangereux – on trouve facilement des gens dans la rue qui vendent des kalachnikovs. Elles sont meilleur marché que les armes de poing que l’on préfère souvent parce qu’elles sont plus faciles à dissimuler sur soi. Certaines femmes disent ne jamais aller au supermarché sans une arme à feu dans leur sac.

Les négociants n’ouvrent leurs boutiques que s’ils ont une kalachnikov à portée de main. Un ami, à son retour du travail, en plein jour, a vu un homme arraché de sa voiture et tué dans une des rues principales de Bagdad. D’autres connaissances ont vu tuer leur voisin mais ignorent totalement la raison de ce meurtre.

Il y a gros à parier que la police irakienne désarmée et sans commandement coordonné n’intervient pas dans ce genre de situation. […]

Il est indéniable que ce désordre a été planifié et que le gouvernement américain s’en réjouit. Si ce n’était pas le cas, on aurait observé des velléités d’intervention. On reconnaît là exactement la politique irakienne que beaucoup de membres de l’administration Bush formulent depuis des années. […]

Combien de nouvelles concernant des meurtres, des enlèvements, une population terrorisée et traumatisée et la catastrophe humanitaire qu’il a déclenchée avec sa guerre le gouvernement américain va-t-il encore supporter?

Le problème pour les 5 milliards d’hommes que nous sommes est de savoir combien de temps nous allons encore rester les bras croisés. Si nous ne faisons pas tout notre possible pour empêcher le gouvernement américain de massacrer les Irakiens et de fouler au pied leurs droits, nous aurons une part de responsabilité. Quelle excuse pathétique que de dire maintenant: espérons que les choses vont changer! Prenons des risques, puisque le gouvernement américain se désintéresse du sort du peuple irakien.

Ce n’est pas en étant naïf et passif qu’on défend les droits de l’homme et la justice. Si nous refusons un monde dominé par le droit égoïste du plus fort, il est urgent de nous battre.     

Source: Michael Birmingham de l’Iraq Peace Team,
dans le Belgium Independant Media Center
du 14/5/03

 (Horizons et débats, numéro 20, juin 2003)

mise à jour  le 21.06.03