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République démocratique du Congo

Une force internationale à Bunia

par Joseph M. Kyalangilwa, président de la Société civile de la Province du Sud-Kivu

A la demande pressante de la Société civile/Forces Vives des provinces orientales de la Rd-Congo et du gouvernement du président Joseph Kabila à Kinshasa, la communauté internationale avait finalement compris qu’il fallait absolument intervenir pour mettre un terme aux attaques répétées et fratricides auxquelles se livraient mutuellement les Hema et Lendu. Comme nous l’avons expliqué dans notre dernier article, ces deux ethnies vivaient toujours sans problèmes dans leur territoire de Djugu, District de l’Ituri, au nord-est du Congo. Les troupes de l’Uganda qui étaient illégalement stationnées dans cette partie du territoire congolais, n’y étaient que pour piller les ressources naturelles du sous-sol, notamment l’or, le pétrole en voie d’exploitation, le bois, et les gros bétails qu’elles emmenaient dans leur pays. Pendant leur présence dans l’Ituri les troupes d’agression ont recruté les enfants-soldats qu’elles ont entraînés au maniement des armes automatiques légères et lourdes. Pire encore, ces enfants-soldats ont été entraînés dans une sale et spécifique culture ugando-rwandaise de massacres et de crimes odieux étranges au Congo démocratique. Plus de dix mille enfants-soldats hema et lendu drogués avec du chanvre local, sur instruction de leurs leaders tribaux respectifs, semaient la désolation et tuaient sans hésiter tout ce qui bougeait. Cette belle ville de Bunia avec ses cent mille habitants, était en feu et en sang devant les militaires de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo), totalement impuissante qui ne protégeait ni les civils ni empêchait toutes les destructions méchantes.

Devant ce véritable drame qui tendait à devenir un troisième génocide dans la Région des Grands Lacs africains, à l’initiative de la France, le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté à l’unanimité en date du 30 mai 2003 sa Résolution 1484 qui a autorisé le déploiement, jusqu’au 1er septembre 2003, d’une «Force multinationale intérimaire d’urgence à Bunia». Cette force a pour but de contribuer à stabiliser les conditions de sécurité et à y améliorer la situation humanitaire, d’assurer la protection de l’aéroport et des personnes déplacées se trouvant dans des camps à Bunia et, si la situation l’exige, de contribuer à assurer la sécurité de la population civile, du personnel des Nations Unies et des organisations humanitaires dans la ville. Depuis vendredi 6 juin 2003 à 6 heures du matin, les premiers éléments de cette Force sont déjà en action à Bunia.

Nous nous devons de féliciter le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan ainsi que la réaction courageusement positive de la République française qui ont compris l’impérieuse nécessité de stopper la frénésie meurtrière dans laquelle sont entraînées les paisibles populations du District de l’Ituri par les milices et groupes armés des ethnies Hema et Lendu. Sont également à féliciter, les gouvernements qui ont accepté à venir au secours à la République démocratique du Congo par la mise à la disposition de cette Force, de leurs troupes et matériels. Il s’agit pour le moment des pays suivants: le Brésil, la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud, le Pakistan, le Nigeria, le Danemark, la Suède et naturellement la France. D’autres pays, à savoir notamment la Belgique et l’Allemagne mettent à la disposition de la Force des moyens logistiques et financiers.

Notons que le nombre de casques bleus de cette Force internationale est de 1400 hommes dont 700 Français. Son commandement est confié aux Français. Le Secrétaire général de l’ONU continue à demander à d’autres pays d’apporter aussi leurs contributions. Dans le même ordre d’idées, le Secrétaire général de l’ONU a demandé aux membres de l’Organisation de tripler les effectifs de la MONUC et de changer son mandat actuel d’observateur, en une force d’imposition de la paix de protection des populations civiles dans les provinces de l’Est de la Rd-Congo.

Nous apprenons avec satisfaction que le Conseil de sécurité de l’ONU vient de porter les effectifs de la MONUC à 10800 casques bleus et que son mandat sera prolongé au 30 juin 2004.

Nous pensons que les espoirs sont permis de bientôt voir se terminer la guerre d’agression imposée à la Rd-Congo depuis le 2 août 1998 jusqu’à ce jour, par ses voisins (Uganda-Rwanda-Burundi) instrumentalisés par les gouvernements occidentaux bien connus avec à leur tête les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ces pays sont une honte et un scandale international. Car, pour profiter à vil prix et par des pillages systématiques et sauvages des riches ressources naturelles du Congo démocratique, ils ont sacrifié sur l’autel des diamants de sang et autres minerais, la vie de 4,5 millions de civils congolais innocents au cours de la période d’août 1998 à octobre 2002.          

(Horizons et débats, numéro 20, juin 2003)

mise à jour  le 21.06.03