|
|
République démocratique du Congo Les vraies raisons de l’agression, de l’occupation et de l’exploitation illégalespar Joseph M. Kyalangilwa, président de la Société civile de la Province du Sud-KivuDès le début de l’agression des provinces orientales de la République démocratique du Congo (RDC) en août 1998, la Société civile de la province du Sud-Kivu et la plupart de ses organisations membres, témoins oculaires de tous les événements sur le terrain, furent les premières à dénoncer courageusement toutes les violations massives des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Les auteurs de ces crimes n’étaient autres que les troupes des pays voisins, à savoir l’Ouanda, le Rwanda et le Burundi. Ces trois pays, les plus pauvres du monde vivent sous des régimes dictatoriaux depuis leur accession à l’indépendance et des minorités ethniques s’y maintiennent indéfiniment au pouvoir grâce à leurs armées également mono-ethniques. Les victimes deviennent criminellesDevant une telle situation, les majorités ethniques hutues au Rwanda et au Burundi (nous parlerons plus tard de l’Ouganda quand il s’agira de la situation en Ituri), ont suscité les rebellions pour obliger les détenteurs illégaux du pouvoir dans leurs pays respectifs à s’engager dans les dialogues nationaux. Ne pouvant s’exprimer librement sur leurs propres territoires, les rébellions de ces trois pays voisins du Congo ne pouvaient que se replier au Congo et en Tanzanie. Ces tensions entre Hutus et Tutsis, dans ces deux pays, ont abouti à de véritables guerres civiles au Burundi (où elles continuent) et au Rwanda où elles furent particulièrement dramatiques au point d’aboutir aux tueries de l’été 1994 où des extrémistes hutu ont anéanti, dans une série d’atrocités indicibles, des millions de Tutsis au pouvoir. Ce fut un véritable génocide brusquement arrêté par l’intervention victorieuse des forces armées des Tutsis rwandais exilées en juin 1994 sous l’homme fort actuel du Rwanda, Paul Kagamé. C’était le moment où des centaines de milliers de Hutus rwandais, face aux poursuites imminentes de l’élite tutsie ayant reconquis le pouvoir dans le pays, se réfugièrent dans les pays limitrophes, surtout en Tanzanie et dans l’Est du Congo (le Kivu), région où se déroula bientôt le drame des camps de réfugiés hutus où s’amassaient non seulement des centaines de milliers de victimes de la nouvelle répression tutsie contre les «génocidaires» hutus mais des militants des anciennes organisations extrémistes hutues (tels les ex-Interahamwe). Cela fournit aussitôt aux armées rwandaises, burundaises et ougandaises le prétexte d’intervenir, sous l’étiquette trompeuse du soutien d’une rébellion congolaise, celle de Laurent-Désiré Kabila contre Mobutu, sur le territoire de la RDC, en août 1998. Sous le prétexte fallacieux de démanteler ou de mater leurs rebellions respectives basées dans les provinces de l’Est de la RDC, les troupes criminelles des trois pays agresseurs se conduisent, à partir de là, sur le territoire souverain de la RDC comme dans un pays conquis. Elles se livrent impunément avec le concours de leurs collabos de soi-disant rebellions du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma soutenu par le Rwanda) et du Mouvement de libération du Congo (MLC soutenu par l’Ouganda), au massacre des officiers de l’armée congolaise opposés à l’ignominie de leurs actes, de civils innocents, au génocide de milliers de citoyens de Kasika et de Makobola, etc. (Sud-Kivu). De 1998 à 2002, plus de quatre millions de civils congolais sont déjà morts sans que les médias occidentaux n’en parlent. Et pourtant la Société civile congolaise et les Eglises leur transmettaient toutes les informations à temps. Des rapports de l’ONU confirment les pillagesDonc, au lieu de continuer à mater leurs rébellions sur le territoire congolais, les troupes ougandaises, rwandaises et burundaises se mirent à piller systématiquement les ressources naturelles des provinces orientales de la RDC, comme le soulignent les trois rapports des experts de l’ONU sur l’exploitation illégale des richesses naturelles du Congo démocratique (or, diamant, coltan, étain, pyrochlore, thé, quinquina, cafés Robusta et Arabica, papaïne, faune, bois, hydrocarbures, etc. cf. carte). L’occident profite de la situationLes conclusions de ces rapports sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses congolaises sont formelles. La persistance de l’agression et le refus des agresseurs de retirer définitivement leurs troupes de la RDC sont dus au fait que cette exploitation finance la guerre. En plus elle profite aux dignitaires des régimes en place à Bujumbura (Burundi), à Kampala (Ouganda) et à Kigali (Rwanda). Tous les produits provenant des pillages sont vendus principalement aux USA, en Grande-Bretagne, au Canada, en Belgique et en Allemagne, véritables commanditaires de l’agression dont sont victimes la RDC et ses populations innocentes des provinces de l’Est. Les richesses naturelles éveillent les convoitisesEn ce qui concerne les affrontements interethniques de Bunia dans le district de l’Ituri de la Province Orientale, nous avons expliqué dernièrement qu’il s’agit là d’un conflit entretenu à dessein par l’Ouganda. En effet, les Lendu (agriculteurs, majoritaires) et les Hema (éleveurs, minoritaires), ont toujours vécu sans problèmes dans cette partie de la RDC. Les riches ressources naturelles de cette région, à savoir l’or, les diamants, le café, les gros et petits bétails, le bois, la faune, l’eau, l’énergie hydroélectrique, les légumes et autres denrées alimentaires en abondance en Ituri, sont convoitées jalousement et cela depuis l’époque coloniale, par les Anglais et aujourd’hui par les Ougandais. Le pétrole, une découverte fatale pour le Congo?A cette série de richesses vient s’ajouter la récente découverte d’importants gisements de pétrole dont les réserves sont estimées à des milliards de barils cachés sous le lac Albert, dans sa partie congolaise. Cette découverte pourrait changer le destin du Congo et des Congolais. Une incroyable richesse dont on parle peu ou en sourdine et sur laquelle plane l’ombre de holdings financiers liés à des compagnies de mercenaires actives en Angola et en Sierra Leone. C’est l’entreprise pétrolière canadienne Heritage Oil Corporation, qui travaille depuis longtemps autour du lac Albert (côté ougandais), qui a signé avec le gouvernement de Kinshasa le contrat d’extraction du pétrole congolais. Selon les récents communiqués du responsable de cette entreprise, cette extraction pourrait commencer en août ou en septembre prochain. On peut facilement comprendre maintenant pourquoi la Force multinationale d’imposition de la paix en Ituri a été vite créée et pourquoi certains pays occidentaux intéressés par le pétrole africain ont vite accepté de mettre leurs troupes à sa disposition. En novembre 1998, face aux atrocités infligées aux populations civiles, la Société civile du Sud-Kivu avait demandé en vain au Conseil de sécurité de l’ONU l’envoi au Kivu d’une force d’interposition et de maintien de la paix. Une guerre économiqueLes souffrances de la population de la RDC sont inéluctablement liées aux ressources de son territoire. Les combats et les violences dans les provinces du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, du Maniema et dans le district de l’Ituri en Province Orientale font partie d’une seule guerre que mènent l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi pour le contrôle illégal du sous-sol de l’Est du Congo, pays souverain. Comme on le voit, le pétrole vient s’ajouter aux minerais. C’est ce qui explique aussi les combats que mène le Rwanda sous l’étiquette du RCD-Goma dans les territoires de Lubero et de Beni dans le but de faire la jonction avec Bunia où une rébellion dirigée par Thoma Lubanga (et soutenue par le Rwanda) avait pris le contrôle de la ville de Bunia après le retrait des troupes ougandaises et d’où, après avoir été désarmé, il vient d’être chassé le jeudi 26 juin 2003 par la Force multinationale de l’ONU sous commandement français. Nous conclurons sans risque d’erreur en disant que la guerre en cours depuis le 2 août 1998 dans les provinces de l’Est de la RDC est une guerre économique. Ses acteurs se situent à trois niveaux, cités par ordre d’importance. En tête, on trouve les grands groupes d’intérêts internationaux au service des grandes puissances. Viennent ensuite les trois petits pays pauvres (Ouganda, Rwanda et Burundi), instrumentalisés et massivement financés par les premiers qui s’en servent comme de pions sur un échiquier. Enfin il y a les acteurs locaux (les soi-disant rebelles congolais), collabos des seconds dont ils reçoivent toutes leurs directives. Les démarches de la communauté internationale composée essentiellement des «nouveaux maîtres du monde», comme les appelle Jean Ziegler, visent à récompenser leurs fidèles marionnettes du RCD-Goma et du MLC pour qu’elles accèdent par tous les moyens aux fonctions de commandement dans toutes les institutions de la Transition. On pense que c’est une manière de leur épargner toutes poursuites judiciaires à propos des crimes et génocides commis depuis le 2 août 1998 par les traîtres congolais notamment. • (Horizons et débats, numéro 21, c 2003) mise à jour le 30.08.03 |