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Réforme des retraites*

Le débat allemand sur les retraites

par Karl-Jürgen Müller

Le débat public sur les retraites a repris avec véhémence ces dernières semaines. La proposition de la commission Rürup visant à relever l’âge de la retraite à 67 ans (jusqu’ici 65 ans) a été inscrite dans l’Agenda 2010 du Chancelier fédéral. A nouveau certains demandent que l’on réduise les prestations de l’assurance vieillesse et à l’avenir les fonctionnaires – ils sont quelques millions – qui, jusqu’ici, avaient droit à une pension sans avoir jamais cotisé devront le faire. Les raisons avancées pour justifier ces mesures sont que l’assurance vieillesse accuse un important déficit et que la partie large de la pyramide des âges ne cesse de se déplacer vers le haut si bien que la charge devient trop lourde pour les générations actives.

En Allemagne, l’assurance vieillesse pour les ouvriers et les employés d’une part et les fonctionnaires d’autre part est une tradition qui remonte à la fin du XIXe siècle. Les fonctionnaires reçoivent une pension financée par les impôts. Les ouvriers et les employés bénéficient de retraites financées pour moitié par les salariés et pour moitié par les employeurs. Aussi longtemps qu’ils travaillent, tous les ouvriers et employés doivent cotiser, jusqu’à un certain plafond de revenus. Ainsi, les générations d’actifs financent les retraites des inactifs. C’est ce qu’on appelle le pacte de solidarité entre générations, qui constituait jusqu’ici un pilier de la sécurité sociale allemande.

Il y a quelques années, l’introduction de la retraite Riester (du nom du ministre des affaires sociales de l’époque) a constitué une première entorse à ce modèle. Les retraites ont été réduites et chaque ouvrier ou employé a la possibilité, aujourd’hui, de contracter une assurance complémentaire privée assortie d’aides de l’Etat.

Dans le débat actuel, la majorité de ceux qui se font entendre demandent de nouvelles coupes dans l’assurance vieillesse, en arguant avant tout que c’est inévitable. Le débat porte moins sur les causes des problèmes actuels, sur ce qui serait humainement souhaitable et comment on pourrait le réaliser. Quasiment personne n’évoque le fait que la transformation de la pyramide des âges, que tout le monde déplore, a quelque chose à voir avec le dénigrement dont est victime la famille pour des raisons non seulement idéologiques mais matérielles. En effet, on veut former des «hommes flexibles» qui entrent dans le schéma globalisateur. Jusqu’ici, aucun renversement de tendance ne se dessine.

En ce qui concerne l’Allemagne, il faut ajouter que la réunification a entraîné des charges énormes pour l’assurance vieillesse car elle paie toutes les retraites des inactifs de l’ex-RDA, c’est-à-dire celles de personnes qui n’ont jamais cotisé. En outre, l’assurance vieillesse assure une quantité de prestations qui n’ont rien à voir avec les retraites. Il faudrait, avec tous les citoyens et toutes les générations, chercher une solution qui soit socialement juste et permette à toutes les générations de vivre dignement. Il se peut très bien que l’on envisage sincèrement un relèvement de l’âge de la retraite. A 65 ans et plus, on peut très bien exercer des activités utiles à la société. Mais lorsqu’une telle proposition est purement et simplement une tromperie puisque, par ailleurs, on continue à écarter prématurément les gens du monde du travail et cela en diminuant les retraites, on a affaire à une injustice qui met en péril la paix sociale.    

*  Dans notre dernier numéro (No 20 de juin) nous avons publié deux pages à ce sujet qui évoquent la situation en France, en Suisse et en Autriche.

(Horizons et débats, numéro 21, juillet 2003)

mise à jour  le 30.08.03