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Bulgarie – lis sauvages et bergers pauvrespar Barbara et Niels Hug AmmitzboellLa Bulgarie est située au bord de la mer Noire où vont se baigner les touristes. Dans ce pays du centre des Balkans, ceux qui ont répandu leur sang ne se comptent plus et la guerre de conquête se poursuit sur un autre plan. Qui connaît ce pays, son histoire, ses habitants, ses villages? Karst et gorgesLes montagnes, le karst, les rochers et les gorges, la richesse de la faune et de la flore donnent un aspect à la fois charmant et dur à la Bulgarie. Lis jaunes et violets, buissons épineux, coteaux pierreux au Sud, moyenne montagne avec ses hêtres et ses chênes dans le Centre et le Nord, cette diversité naturelle a marqué la vie des habitants. On trouve partout un excellent fromage de brebis et du yaourt au lait de brebis. Les petites exploitations agricoles, les maisons de torchis rouge brique et les ânes offrent un spectacle romantique au visiteur, mais pour les habitants la réalité n’est malheureusement pas aussi belle. Monarchie d’importationLa Bulgarie a un roi importé par les Américains. On dit qu’il ne parle guère le bulgare. Il est également Premier ministre. Il est impopulaire. L’idée monarchique ne marche pas tout à fait, mais il est, comme il se doit, au service des Américains. La Bulgarie est particulièrement importante pour le Couloir 8. L’objectif stratégique de Washington – créer dans les Balkans un patchwork de protectorats – est mis en œuvre avec détermination. La pauvretéAprès l’effondrement de l’URSS, la Bulgarie est tombée dans la pauvreté, comme d’autres pays postcommunistes. Certes, le pays n’était pas riche auparavant, mais maintenant les usines des vallées et des petites villes situées aux abords des routes principales sont des monstres vides et rouillés. Que sont devenus les ouvriers de jadis? De quoi vivent-ils? Personne ne le sait au juste. Ceux qui possédaient une petite maison et un bout de terrain vivent des produits de la terre. Les paysans n’achètent quasiment rien dans les magasins mais pratiquent le troc avec succès. Depuis quelque temps, ils ont créé de petites coopératives. Des jeunes filles se prostituent le long des autoroutes, certainement pas pour le plaisir. Les Rom vivent sous des tentes de plastique plantées dans des décharges ou dans les quartiers sordides de la banlieue de Sofia. Leur problème, c’est qu’on prétend que c’est leur choix. La mort des villagesQuand on veut vider un village, on recourt à une pratique classique: on ferme les écoles, on réduit les infrastructures, on rend la vie peu attractive si bien que les jeunes s’en vont. Cela fonctionne très bien en Bulgarie. De nombreux villages ne sont plus habités que par des vieux, beaucoup de fermes tombent en ruines, même celles qui possèdent des terres étendues. Le vieux paysan est mort, son pantalon est encore accroché à la clôture et la grange pittoresque regorge de foin. L’herbe est haute, les ruches sont abandonnées et le chemin est peu à peu envahi par la végétation. Dans les montagnes karstiques, il y a peu de céréales et peu d’eau. Quand les moutons meurent – peut-être parce qu’ils ne trouvent pas place dans l’économie planifiée – le village meurt. La maladie des moutons et l’ESBDepuis quelque temps, les troupeaux de moutons sont atteints d’un virus qui provoque de graves dommages socio-économiques. Le virus de la langue bleue est transmis par les moustiques. Jusqu’ici, il ne sévissait qu’en Afrique. Pourquoi a-t-il fait son apparition en Bulgarie? Il figure sur la liste A de l’Office international des épizooties. Comme la fièvre aphteuse, on peut en faire une arme biologique. En revanche, il n’y a eu aucun cas d’ESB en Bulgarie. Comment expliquer cela? Le gouvernement a lancé un projet d’élevage de buffles d’eau (ou arnis) car ils ne peuvent pas contracter l’ESB. Aide modeste aux paysans. L’avenirLe pétrole de la région Caspienne a besoin d’une route sûre vers l’Adriatique. Par où va-t-il s’écouler? Par les oléoducs actuellement en construction ou en projet. Il sera transporté par bateau de Novorossisk, port russe de la mer Noire, à Burgas, port de Bulgarie, puis par pipeline jusqu’à Durrës, port albanais de l’Adriatique en passant par Plovdiv, Sofia et la Macédoine. Un consortium anglo-américain contrôle le projet d’oléoduc transbalkanique Ambo. Le professeur d’économie canadien Michel Chossudovsky a analysé les implications américaines dans la construction de ce pipeline. Son article America at War in Macedonia (www.transnational.org/forum/meet/2001/Chossudov_AMBOMacedonia.html) est très instructif. BradageComme c’est le cas dans d’autres pays de l’ex-bloc communiste, le gouvernement s’est totalement vendu aux Américains. Il a procédé relativement tôt à des privatisations. La distribution d’eau de Sofia appartient maintenant à un consortium néerlandais. Ce bien particulièrement précieux en Bulgarie est devenu très cher. Mais qui cela intéresse-t-il? Les écoles supérieures n’ont pas d’argent. De petites universités extrêmement chères ont été créées. L’élite intellectuelle du pays doit se rendre à l’étranger si elle veut faire de la recherche. L’OTAN et la guerre en IrakL’OTAN, cette puissante alliance militaire tient à être chez elle également en Bulgarie car elle a absolument besoin de ce pays à la situation centrale. Tout d’abord, la Bulgarie a mis l’aéroport de Sarafovo, au bord de la mer Noire, à la disposition des avions de combat à destination de l’Irak. Les journaux et le ministre de la défense ne tarissaient pas d’éloges sur les Américains pour les bienfaits financiers qu’ils ont apporté au pays: 9 millions de dollars plus 6 millions pour le kérosène de Lukoil (premier pétrolier russe). A la fin mai, une unité bulgare a été envoyée en Irak. On a fait la liste de tout ce qui avait été acheté dans la petite ville située près de Burgas, on s’est félicité de la bénédiction que constituait pour la population pauvre la mise à disposition de l’aéroport. Il est évident que la population se réjouit de chaque cent que lui apportent les Américains. Et le rapprochement doit être renforcé. La Bulgarie voudrait devenir membre à part entière de l’Alliance atlantique. Aussi doit-elle développer de nouvelles bases à l’intention de l’OTAN, comme celle de Graf Ignatievo près de Plovdiv. Elle sera la première à être opérationnelle lorsque la Bulgarie sera membre de l’OTAN. 162 firmes bulgares ont sollicité des contrats pour la reconstruction de l’Irak. Mais la libre concurrence ne jouera pas car les firmes américaines ont décidé de conclure des marchés avec des entreprises privatisées uniquement et non avec des firmes d’Etat. Or les entreprises privées sont entre les mains de l’étranger. Les bénéfices réalisés ne profiteront pas à la population bulgare mais aux consortiums étrangers. Toujours la même tragédie …Dans les Etats de l’ancien bloc communiste, on observe partout le même phénomène. Aucun des gouvernements n’a pris fait et cause pour le peuple qui souffre. On a cherché à le séduire et à le tranquilliser. L’occident avant tout! Et maintenant, c’est la déception. La résistance, si elle s’organise, sera récupérée par les services secrets qui travaillent dans l’ombre. Les touristesLes touristes qui se contentent de visiter le magnifique monastère situé au sommet du massif du Rila ou de se baigner dans la mer Noire ne comprennent rien à ce pays riche par sa culture et son humanité. Ils devraient descendre dans le Sud, dans la vallée de la Struma, cette région méditerranéenne de la Bulgarie. Ils devraient se rendre dans les villages de montagne, parler avec les bergers et visiter le village de Gora Bresnica dans la vallée des Platanes. Ils devraient admirer les formations rocheuses où l’on rencontre des vautours, des serpents, des tortues et des hiboux. Ils devraient visiter le Balkan moyen, les immenses montagnes où vivent des ours et des loups et, depuis peu, des chacals venus de l’ouest. On y trouve des jacinthes et des scilles sauvages, des anémones roses et des rhododendrons blancs des Alpes de même qu’un grand nombre de salamandres et de sonneurs à ventre jaune (crapauds). Le chant des loriots et des rossignols les accompagnera tout au long de leurs promenades. Ils verront les circaètes tournoyer dans le ciel. Ceux qui s’intéressent aux hommes et à leurs conditions de vie reviendront enrichis d’une région du globe dont on parle souvent avec un certain mépris, les Balkans. • (Horizons et débats, numéro 21, juillet 2003) mise à jour le 30.08.03 |