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† Victoria Ritz-CordierPour beaucoup de Combiers, le nom de Victoria Cordier est intimement attaché à la courageuse jeune Française, venue de Chapelle-des-Bois, qui passait des juifs à travers le Risoud pendant la dernière guerre. Pour brève qu’elle soit, cette définition correspond de très près à la réalité. Pendant les interminables années de l’Occupation, une fille de tout juste vingt ans et nayant pas froid aux yeux a joué un rôle actif dans la Résistance, a même collaboré avec le service de renseignements suisse, a assuré le passage de dizaines de réfugiés dans notre pays. Avec l’aide bien sûr de sa mère et de ses deux sœurs Marie-Aimée et Madeleine, que de personnes en pleine détresse ont-t-elles réconfortées dans leur accueillante maison de Sous-le-Risoux avant de les accompagner sur le raidillon conduisant à la barre rocheuse au-dessus de laquelle le mur de la frontière signifiait le terme du cauchemar. Victoria Ritz-Cordier est décédée subitement à Chapelle-des-Bois jeudi 5 juin à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Avec elle sen va une personnalité solidement ancrée dans ses idées, sensible, profondément croyante, très attachée à sa famille et à ses amitiés. Son souvenir n’est donc pas près de s’altérer. Mais force est de se dire que quelque chose ne sera plus comme avant dans lincomparable havre de paix de Sous-le-Risoux. Une ultime fois Victoria a gravi le Gy-de lEchelle pour aller rejoindre les étoiles qui brillent intensément dans le ciel de Chapelle-des-Bois. En 1940 la France est envahie, son territoire partagé en zone libre et en zone occupée. Chapelle-des-Bois subit le joug allemand, la maison des Cordier est isolée dans une sorte de cordon sanitaire dont l’accès est interdit. Cet état de choses ne suffit toutefois pas à rompre tout lien entre la Vallée et les proches voisins français. Côté suisse Fred Reymond, Georgette, Malou et Jean-François Meylan, plus tard Anne-Marie Piguet, se rendent assez souvent à Sous-le-Risoux pour fraterniser. A l’inverse Victoria et ses soeurs, d’autres personnes aussi, font des visites régulières chez les Combiers. Ces relations, fondées sur une amitié fidèle et cimentées par le danger, prendront toute leur signification lorsque le gouvernement de Vichy, à partir de 1942, multipliera les persécutions contre les juifs et les livrera à leurs bourreaux nazis. A ce moment-là le réseau est en place et les passages se succéderont jusqu‘à la Libération, en 1944. Au fil des semaines, et souvent au terme d‘aventures invraisemblables, des dizaines de fugitifs réussiront à traverser le Risoud et à trouver refuge dans notre pays. En récompense de leur engagement sans faiblesse, Victoria Cordier, Anne-Marie lm Hof-Piguet et Fred Reymond recevront la Médaille des Justes de l’Etat d‘Israël, un témoignage de reconnaissance amplement mérité. Les hostilités terminées, Victoria travaille plusieurs années à LOrient, chez Lemania. Puis se marie, sétablit en Côte dIvoire, met au monde une fille, Hélène-Astrid. Mais la maladie et le décès de son époux lobligent à revenir en France. Plusieurs années après elle sunit en secondes noces à Jacques Ritz, un personnage fin et cultivé, qu’une cruelle maladie emporte en 1997. Un peu de solitude entre alors à Sous-le-Risoux, mais sa seule présence suffit à entretenir cette atmosphère de chaleur humaine incomparable dont chaque visiteur sest longuement régalé. Jusqu’à ce 5 juin 2003 où une page capitale s’est définitivement tournée. Quand Victoria a-t-elle eu lidée décrire: «Ce que je noublierai jamais», un ouvrage qui tient à la fois du journal intime, de lautobiographie et de la chronique historique? Difficile à dire. Mais cest surtout lorsque lauteur fait le récit de son activité de résistante et de ses nombreux passages à travers la frontière quon a conscience de tenir en main un document exceptionnel dont il serait difficile de se passer. A la mémoire de Victoria ses amis Combiers tiennent à rendre l’hommage de leur profond attachement. A sa fille et à sa famille, à sa sœur Madeleine et à ses proches, cest le cœur serré quils renouvellent leurs sentiments de vive sympathie. A noter que l’ouvrage de Victoria Ritz-Cordier: «Ce que je noublierai jamais», est disponible chez Audio-Shama, Philippe Rochat, ébéniste, Le Pont. Maurice Meylan (Horizons et débats, numéro 21, juillet 2003) mise à jour le 30.08.03 |