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Pillage systématique et exploitation illégale des ressources naturelles du Congo

Quatrième rapport des experts des Nations unies

par Joseph M. Kyalangilwa, président de la Société civile de la Province du Sud-Kivu

Par sa lettre du 15 octobre 2003, adressée au Secrétaire général de l’ONU, le Président du groupe d’experts sur le pillage et l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesses de la République démocratique du Congo (RDC), Monsieur l’Ambassadeur Mahmoud Kassen (Egypte) a transmis à Monsieur Kofi Annan le «Quatrième rapport du Groupe d’experts des Nations unies».

Le 23 octobre 2003, le Secrétaire général Kofi Annan transmettait ce rapport au Président du Conseil de sécurité. Et le jeudi 30 octobre, il sera discuté par les membres du Conseil pour approbation.

Financement des armes engagées contre le peuple congolais

La guerre d’agression/occupation des provinces de l’Est et du Nord de la RDC a depuis le 2 août 1998, causé la mort de plus de trois millions de civils congolais innocents. Le rapport montre, comme les trois précédents, que le commerce des ressources naturelles pillées et exploitées illégalement par les troupes régulières de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, sert à financer les fonctionnaires et les armées de ces pays et l’achat des armes engagées contre le peuple congolais.

La Société civile congolaise, les ONG internationales et certains groupes de combattants avaient demandé avec insistance au Conseil de sécurité de l’ONU d’enquêter sur les activités des multinationales accusées de profiter de cette ignoble guerre. Malheureusement certains diplomates, particulièrement ceux des pays bénéficiaires, indifférents aux pillages systématiques et à l’exploitation illégale des ressources naturelles le la RDC estiment qu’il n’appartient pas à l’ONU de jouer ce rôle, ce qui ne peut étonner les Congolais qui sont les plus grandes victimes de cette guerre imposée, mais contre laquelle ils ont courageusement lutté et victorieusement résisté. Aussi tous les projets de balkanisation et de sécession concoctés par les grandes puissances occidentales ont-ils lamentablement échoué malgré la traîtrise de ceux qui ont collaboré avec les agresseurs/occupants de nos provinces de l’Est.

Le Conseil de sécurité de l’ONU devra se servir des quatre rapports, fruit de trois années d’enquêtes du groupe d’experts qui a désigné en 2002 déjà plus de 150 entreprises et individus impliqués directement ou indirectement dans le pillage et l’exploitation illégale des ressources de la RDC. Comme on le sait, ces criminels continuent de violer délibérément les règles commerciales et pénètrent impunément dans les zones en conflit.

Les ressources minières convoitées

En 2002, le groupe d’experts a résolu plus de 60 cas en expliquant aux entreprises impliquées qu’elles cautionnaient le conflit en RDC, mais plus d’une dizaine d’entre elles ont rejeté les arguments des experts. Parmi ces entreprises, on trouve le géant minier sud-africain De Beers. Un quotidien américain indiquait le 28 octobre 2003 que De Beers essayait de retourner en RDC où cette firme a cessé officiellement ses activités il y a quatre ans pour se distancer du trafic dit des «diamants de sang». Mais on sait que les diamants ne constituent qu’une partie des ressources minières de la RDC. Ce pays possède également de riches réserves d’or, de cuivre, d’étain, de colombo-tantalite (utilisé dans l’industrie électronique, entre autres pour les téléphones mobiles), de zinc, de manganèse, de tungstène, la plus grande réserve mondiale de cobalt, une réserve stratégique d’uranium, du pétrole, du gaz méthane, du béryllium et d’autres pierres semi-précieuses, sans compter les richesses de la flore et de la faune dans nos nombreux parcs nationaux – patrimoine protégé par l’UNESCO – et des potentialités touristiques non encore exploitées.

En plus des multinationales, les entreprises nationales, principalement de l’Ouganda et du Rwanda (et dans une certaine mesure du Burundi) sont accusées aussi de participer activement au pillage et d’entretenir la guerre d’agression/occupation qui a commencé le 2 août 1998.

Prolongement des conflits

Les Sociétés civiles des provinces du Kivu (Sud-Kivu, Nord-Kivu et Maniema), l’Eglise catholique, les associations membres de la Société civile ainsi que quelques rares ONG internationales n’ont cessé de dénoncer le pillage et l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC qui constituent l’une des principales sources de financement des gouvernements du Rwanda et de l’Ouganda ainsi que des groupes rebelles du RCD-Goma et du MLC de Jean-Pierre Bemba, créés respectivement par Kigali et Kampala qui tentent encore maintenant de prolonger le conflit et ce en dépit de l’Accord de paix de Pretoria et de la présence des représentants de ces deux mouvements dans les institutions de la Transition en cours en RDC.

Le quatrième rapport montre une fois de plus l’implication des puissances occidentales dans la guerre. La RDC se bat courageusement pour s’en sortir la tête haute grâce aux institutions de la Transition depuis avril 2003.

Voici la liste des firmes des pays gravement impliqués dans le pillage et l’exploitation illégale des richesses de la RDC:

Pays

Nombre de firmes

Belgique

24

Congo démocratique

24

Angleterre

19

Uganda

14

Rwanda

13

Afrique du Sud (RSA)

12

Zimbabwe

11

Canada

8

USA

7

Allemagne

3

Suisse

3

Thaïlande

3

Chine

2

Israel

2

Bermuda

1

Finlande

1

France

1

Ghana

1

Hollande

1

Malaisie

1

 

Selon le rapport, il faudrait en priorité enrayer et si possible éradiquer le trafic d’armes à destination du Congo. C’est là le rouage le plus faible de l’engrenage et c’est là que la communauté internationale peut intervenir efficacement.

Enfin, les experts recommandent:

•   le renforcement des mesures prises pour contrôler efficacement la frontière;

•   la dissolution des grandes entreprises minières dont l’Etat est propriétaire;

•   l’intégration effective des forces armées de la RDC;

•   la création d’un fonds pour les ressources naturelles devant permettre de s’assurer que les revenus provenant des mines bénéficieront à la population.

Accompagner les efforts de reconstruction et de développement

Le rapport insiste sur le fait que c’est à la communauté internationale de tout faire pour assister les Congolais dans leurs efforts de reconstruction et de développement du pays.

En effet, depuis 1960, le peuple congolais n’a jamais connu une véritable période de paix et de développement. Il en a toujours été privé à cause des immenses richesses du sol et du sous-sol convoitées par les grands groupes d’intérêts internationaux. Ces derniers ont tout fait pour acquérir à vil prix ces matières premières stratégiques pour les industries occidentales.

Les Congolais autochtones savent maintenant que ce qui se passe dans leur pays n’est jamais un fait du hasard. Les freins au développement, les guerres imposées aux paisibles populations, les idéologies politiques, etc. sont les plans montés minutieusement dans les laboratoires stratégiques des grandes puissances pour le maintien du néocolonialisme dans notre pays. La paix et le développement de la patrie de Patrice-Emery Lumumba ont toujours fait peur, non seulement aux pays voisins et aux autres pays africains, mais et surtout aux grandes puissances.     

(Horizons et débats, numéro 23, décembre 2003)

mise à jour  le 20.11.05