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Or, crises mondiales, intérêts du citoyen et de l’Etat

par Ferdinand Lips, Zollikon

Peut-être êtes-vous en train de lire mon dernier livre intitulé Die Gold-Verschwörung (version anglaise: Gold Wars, New York, 2002).

Permettez-moi d’expliquer pourquoi un banquier privé suisse à la retraite l’a écrit dans l’intérêt des hommes et de l’Etat. Depuis que j’ai participé à la fondation de la Rothschild Bank AG à Zurich en 1968, et plus tard lorsque j’ai dirigé, jusqu’en 1998, la Bank Lips AG, il s’agissait toujours d’investir des économies de manière sûre, de les conserver et de les faire fructifier. C’est la mission qu’ont également, dans un cadre beaucoup plus vaste, notre sécurité sociale, la Banque nationale et – last but not least – nos politiciens. Ils doivent administrer nos économies en vue de la vieillesse et faire un usage responsable de la fortune de l`Etat acquise grâce au travail de plusieurs générations. Qu’ils en soient incapables est dû en partie au fait que notre système monétaire actuel sans couverture-or est une tromperie et ne permet pas une politique saine. Les principales victimes en sont les travailleurs et les retraités.

Au mépris de la population suisse, un gouvernement et un Parlement mal informés ainsi qu’une Banque nationale incapable ou impliquée dans les manipulations internationales de l’or ont réussi à mettre en vente une grande partie de l’or suisse, ce trésor, et de le convertir en dollars US dont la valeur ne cesse de s’effriter.

A quoi pensaient ceux qui étaient conscients de la portée de leur décision? Il faut savoir une chose: l’or est un métal politique et cela pour la simple raison que, vu son rôle historique de monnaie, il est incompatible avec le système financier actuel qui est mal en point.

Jusqu’au 15 août 1971, il n’y a jamais eu de période où aucune monnaie n’était liée à l’or. L’histoire abonde en exemples de dévaluation monétaire mais il a toujours été possible de se tourner vers d’autres monnaies à couverture-or. En revanche, depuis 1971, année où le président Nixon supprima unilatéralement la convertibilité du dollar en or, cela n’était plus possible, sauf pour le franc suisse. Toutes les catastrophes économiques, monétaires et financières des 30 dernières années sont dues uniquement à cet événement.

Le système actuel de la monnaie de papier sans couverture constitue une expérience toute récente. Elle dépend uniquement de la croyance que les dettes sur lesquelles elle est bâtie vont être remboursées un jour. Un seul événement, unique en son genre, qui pourrait ébranler cette confiance et en même temps le système financier, serait une forte hausse du prix de l’or en dollars. C’est la véritable raison pour laquelle on a persuadé la Suisse de mettre la moitié de son or sur le marché et de contribuer ainsi à en baisser le prix.

La prospérité du système bancaire suisse, des assurances, de l’économie tout entière était fondée sur un franc suisse fort. C’est la force du franc suisse qui a conféré à notre système bancaire ce capital international de confiance que des organismes mal informés minent maintenant peu à peu.

La Russie et la Chine commencent à calculer leurs ventes de pétrole en euros. C’est extrêmement négatif pour le dollar car cela va réduire la demande. De plus, quelques-uns des investisseurs les mieux informés au monde tels que Sir John Templeton, Warren Buffett, George Soros s’attendent à une baisse du dollar. Et malgré cela, la Banque nationale suisse continue à brader le trésor acquis par de nombreuses générations de citoyens suisses travailleurs au prix de privations majeures. Elle investit le produit de cette vente en dollars sans valeur que les Etats-Unis, grâce à un «privilège exorbitant» – comme disait de Gaulle – créent à partir de rien. Nos autorités devraient se rendre compte que la meilleure alternative à notre monnaie de papier non convertible ne peut être que l’or.

Même dans un monde globalisé, on a besoin de réserves pour se faire respecter. Depuis 15 ans déjà, le Conseil fédéral se coupe du peuple en préparant l’adhésion à l’UE. Si, de surcroît, la Suisse s’affaiblit financièrement, la protection sociale commencera à vaciller, les économies de la population travailleuse fondront et nous n’aurons plus les moyens de lutter contre les attaques qui se dessinent déjà à l’horizon. Et cela uniquement parce qu’une élite malhonnête ou embobinée ne sait plus ce qu’elle fait ou cherche sciemment à affaiblir ou à trahir le pays.

Je souhaiterais que vous trouviez le temps de lire notamment le chapitre VII de mon livre, qui concerne la Suisse. Peut-être vous permettra-t-il de mieux comprendre les évolutions négatives que vous constatez dans des domaines que vous connaissez (propagande gouvernementale, agriculture, armée, UE, etc.).

Comme je ne peux plus avoir confiance dans les institutions, je fais connaître mes réflexions et serais heureux de pouvoir inspirer des esprits honnêtes. Peut-être que les faits que j’évoque ne vous sont pas très familiers, mais mes amis et moi sommes inquiets de ce que les banques centrales échangent leur or contre de la monnaie de papier et dilapident ainsi la fortune de nos pays.     •

(Horizons et débats, numéro 24, février 2004)

mise à jour  le 08.02.04