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Kosovo – 5 ans après

par Markus Sanz, Comité pour la paix en Yougoslavie, St-Cergue

Le mercredi 24 mars 1999 marque une date sinistre de notre histoire: pour la première fois depuis 1945, un Etat souverain de l’Europe, qui n’avait attaqué personne et ne représentait une menace pour aucun pays voisin, se voyait bombardé par une alliance militaire placée sous commandement américain, au mépris total des règles du droit international et en violation flagrante de la charte de l’ONU.

Le 24 mars 1999, début du bombardement de la République fédérale de Yougoslavie par l’OTAN, fut, on le voit aujourd’hui, une date charnière. Depuis ce jour, la même armée a inauguré une série continue de ­guerres d’agression mobilisant des moyens colossaux, déstabilisant des continents entiers et reposant sur des alibis fabriqués de toutes pièces, comme cela avait été le cas pour la Yougoslavie.

Depuis 5 ans, cette date est commémorée par les adversaires de la loi de la jungle planétaire. Cette année, elle prend un relief particulier à la suite du nettoyage ethnique et religieux du Kosovo perpétré par les extrémistes albanais, blanchis et couverts par l’occupant occidental.

Faut-il le rappeler? Ces événements ne sont pas une surprise pour les observateurs avertis. L’administration du Kosovo par les forces américaines et leurs alliés a, depuis toujours, misé exclusivement et totalement sur les extrémistes indépendantistes, partisans d’un Kosovo albanais ethniquement pur et disposant de ressources inépuisables, celles du trafic de drogue et de la prostitution. De nombreuses voix s’étaient élevées depuis des mois, pour annoncer que des massacres auraient lieu si l’on ne fait rien. On n’a rien fait.

Il est fort à parier qu’une photo passera à l’Histoire comme symbole de la plus grande erreur commise par l’Europe de la fin du XXe siècle: celle montrant Bernard Kouchner, alors premier représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Kosovo, Wesley Clark, chef des forces américaines et Hashim Thaçi, le chef de l’UÇK terroriste, faisant serment d’indéfectible amitié.

Endoctrinement des populations par le contrôle absolu de l’information

Sous prétexte de combattre une purification ethnique serbe inventée de toutes pièces pour justifier la guerre, on aura réussi à en réaliser une vraie, dans l’autre sens. Et cela sans que personne ne dise quoi que ce soit! Ce parfait endoctrinement des populations européennes par le contrôle absolu de l’information, et ce, au moment précis où l’on parle de l’avènement de l’Ere de l’information, est le seul véritable succès de l’OTAN. Car pour le reste, c’est le cauchemar: des milliers de personnes ont été expulsées de leurs foyers ces derniers jours, dans le nettoyage des dernières petites enclaves où des Serbes vivaient encore. 25 églises et monastères ont été incendiés, sept villages rasés. Ces crimes s’ajoutent à l’exil de plus de 200000 habitants du Kosovo et à la destruction d’environ 120 monuments chrétiens, sous l’œil et la responsabilité de M. Kouchner et d’autres apparatchiks «humanitaires», et d’une force internationale venue soi-disant rétablir la paix civile. Depuis 5 ans, les médias occidentaux couvrent de leur silence ce qui est

•   un désastre humanitaire: 800000 personnes déplacées pendant le conflit, puis 230000 habitants chassés de leur foyer après l’entrée des forces de l’OTAN; une épuration ethnique ouverte: 6000 attaques contre des Serbes provoquant la mort de plus de 1000 d’entre eux depuis que les forces d’occupations contrôlent le Kosovo;

•   un désastre économique: 29 milliards de dégâts dans les infrastructures industrielles de la Serbie et du Monténégro (routes, ponts, hôpitaux, systèmes de télécommunications);

•   un désastre écologique: augmentation fulgurante des cancers sur les territoires bombardés, disparition de certaines espèces animales et végétales de l’écosystème;  

•   un désastre pour les relations intercommunautaires: la mise en place d’un régime d’apartheid et d’injustice, supervisé par l’UNMIK, n’a fait que radicaliser et enflammer encore davantage les antagonismes;

•   un désastre institutionnel: la création d’une zone constitutionnellement indéterminée ayant pour seule légitimité la résolution 1244 du Conseil de sécurité bloque, de fait, toute possibilité de stabilisation de la région;

•   un désastre militaire: l’Alliance militaire la plus puissante du monde n’est pas parvenue à détruire plus de 13 chars, quelques batteries antiaériennes et quelques véhicules de l’armée Yougoslave en 78 jours de bombardements, ce qui démontre que l’objectif n’était pas militaire, mais géostratégique, donc sans lien avec des préoccupations humanitaires;

•   un désastre pour le Droit international: cette intervention illégale des pays membres de l’OTAN a ouvert la porte aux interventions qui ont suivi en Afghanistan puis en Irak;

•   un désastre diplomatique: la farce des négociations de Rambouillet a ridiculisé l’idée de médiation internationale ayant pour but de trouver des solutions dans le respect des intérêts des populations concernées.

Que font les armées européennes dans ce cauchemar? Que sont allés y chercher les Suisses? Qui répondra de ce désastre, imposé au prix du bombardement féroce de tout un pays?

Qui répondra à ce désastre?

Les éléments de réponses ne manquent pas. Pour l’essentiel, les mécanismes économiques jouent et la nouvelle donne est l’occasion pour les entreprises les plus agressives de faire main basse sur de nouvelles ressources à exploiter (sous-sol, main d’œuvre) dans un contexte mafieux où les lois et le Droit ne jouent plus, où règne la loi du plus fort.

On est à des années-lumière de la construction d’une Europe de la Paix et du Droit. A tel point que l’on peut se demander même si les dégâts faits dans les Balkans sont rattrapables. Les USA, dont le but premier de l’intervention au Kosovo est la déstabilisation de l’Europe, font en tout cas le maximum pour parachever leur œuvre de sape. Du Kosovo, ils contrôlent aussi bien la voie fluviale du Danube que le passage vers la Grèce et la Turquie. Ils contrôlent surtout un point stratégique de la route du pétrole qu’ils veulent soustraire aux Européens. Enfin, ils contrôlent les sociétés qui désirent s’implanter au Kosovo.

Curieusement, dans ce jeu de Monopoly, pour reprendre l’expression du journaliste et écrivain Michel Collon (voir «Monopoly, l’Otan à la conquête du monde»), l’Europe, qui a tout perdu dans l’aventure, n’a qu’un espoir: que les Albanais, une fois le Kosovo entièrement sous leur contrôle, se retournent contre leurs bienfaiteurs et complices et les chassent eux aussi. Scénario possible, mais où l’Europe fait figure de spectateur bien plus qu’acteur de sa construction.

Quant à la Suisse, la guerre du Kosovo aura été un événement particulièrement sinistre et triste, que l’Histoire retiendra probablement aussi, comme un jalon sur la voie de sa désintégration. C’est, en effet, lors de la guerre du Kosovo que la Suisse, sous la poussée des médias et du conditionnement généralisé des esprits de ce moment, a accepté de renier sa propre identité en votant pour que son armée intervienne dans d’autres pays pour y faire régner l’ordre des puissants du moments, trahissant par là l’esprit même de son identité, sa légendaire neutralité et son armée exclusivement vouée à des tâches de défense.

Un bilan accablant, mais un espoir intact

Ce constat de faillite ne doit pas faire oublier que le présent ne préfigure pas obligatoirement l’avenir et que l’espoir existe. En effet, durant ces 5 ans, rien n’a été fait pour la paix et une solution durable. Absolument rien, quoi qu’on en dise. Des milliers de personnes, de sociétés, d’organisations, d’ONG, de coopérants se sont précipités dans les Balkans, mais tous centrés sur leurs idées, leurs visions, leurs intérêts. Des milliers d’actions de développement ont été entreprises, mais pour générer des profits, pas pour générer la paix. De sorte que l’espoir est toujours intact!

Il nous faut absolument le redire ici, le rétablissement de la paix dans les Balkans et dans le monde passe prioritairement par un refus clair opposé aux stratégies impériales de division des peuples et par l’ouverture de vraies négociations politiques et diplomatiques visant à concilier les parties autour de projets de paix durables, c’est-à-dire respectueux du droit de tous les peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le Comité pour la paix en Yougoslavie, créé le jour où l’horreur des bombardements a déferlé sur la Serbie, avait, il y a cinq ans rédigé un manifeste qui reste toujours d’actualité (cf. L’appel de Genève sur www.gael.ch/collectif). Nous en reprendrons ici la conclusion:

Le Comité pour la paix en Yougoslavie demande aux autorités suisses de

•   prendre l’initiative des démarches pour faire juger l’OTAN et les USA par les tribunaux internationaux pour leur agression du 24 mars 1999 contre la République fédérale de Yougoslavie, au même titre que les auteurs d’exactions perpétrées sur le terrain;

•   mettre en place, en Suisse, le cadre adéquat pour la reprise du dialogue entre les parties au conflit au Kosovo;

•   proposer une approche du problème basée sur la prise en compte des aspirations des populations et non des extrémistes qui prétendent les représenter, et ce dans une perspective de respect mutuel aussi bien des peuples que des individus;

•   favoriser la création, en Suisse, d’un Institut de la Paix, institut de formation chargé d’élaborer des stratégies de médiation et de résolution pacifique des conflits basées sur les approches utilisées avec succès dans le contexte de petits groupes.

Comité pour la paix en Yougoslavie,

Cp 915, 1264 St-Cergue

www.gael.ch/collectif

(Horizons et débats, numéro 25, avril 2004)

mise à jour  le 03.05.04