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Notre sécurité alimentaire en péril?

Paysans suisses en voie de disparition

Vaut-il mieux, pour assurer

la sécurité ­alimentaire, compter

sur les paysans ­proches des consommateurs ou sur le ­commerce mondial?

En Suisse, le nombre d’exploitations agricoles se réduit à un rythme accéléré: de 79000 en 1996, on est passé à 71000 en l’an 2000. Durant le même laps de temps, le nombre de personnes occupées à plein temps dans l’agriculture a diminué de 25000, soit de 21%. Or, souligne le directeur de l’Union suisse des paysans, Jacques Bourgeois, «quand un paysan cesse de cultiver la terre, c’est pour toujours».

Si les négociations en cours à l’OMC1 sur la libéralisation du commerce des produits de la terre finissent par aboutir, malgré l’échec de la conférence de Cancùn2, cela risque d’aller encore plus vite: entre 16 et 20 disparitions d’exploitations par jour, prédit Jacques Bourgeois. Car nos paysans ne pourront pas résister à la concurrence de pays jouissant de conditions de production bien plus favorables que les nôtres. Voilà qui pourrait aller jusqu’à mettre notre sécurité alimentaire en péril, craint Fernand Cuche, secrétaire d’Uniterre. Une sécurité fragile, comme l’a démontré la sécheresse de l’été dernier quand il a fallu, dans l’urgence, remettre en fonction des pâturages abandonnés.

L’agriculture de notre pays joue un rôle dit «multifonctionnel». On compte sur elle non seulement pour produire des aliments de qualité, mais aussi pour préserver l’environnement et maintenir une population dans des régions écartées. «Chaque pays a le droit de développer sa propre agriculture», affirme Fernand Cuche. La Coordination Suisse-OMC3 défend le principe de souveraineté alimentaire pour tous les Etats. «La production vivrière à destination du marché intérieur doit pouvoir être protégée au Nord comme au Sud, ajoute-t-elle. Donner la priorité à l’agriculture d’exportation, qui ne représente que 10% de la production mondiale, est une aberration».

Source: Ed. Pain pour le prochain/Action de carême. Calendrier 2004 «Nous croyons. Luttons pour des conditions de vie plus dignes» (8 mars 2004)

1  L’Organisation mondiale du commerce dont le siège est à Genève.

2  La conférence ministérielle de l’OMC qui s’est tenue à Cancùn, au Mexique, en septembre dernier.

3  Dont nos organisations font partie, à travers la Communauté de travail des œuvres d’entraide.

(Horizons et débats, numéro 25, avril 2004)

mise à jour  le 03.05.04