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Suisse – UE La Suisse en Europepar Henri Houlmann, La Chaux-de-FondsLes partisans d’une adhésion à l’Union européenne peuvent être répartis dans plusieurs catégories. Il y a • ceux qui en espèrent un avantage • ceux qui rêvent (dans la revue de gauche Widerspruch, en juillet 1995, l’éditorialiste Pierre Franzen, avait écrit dans son éditorial: Europa ist für manche Linke zur Ersatzutopie geworden (L’Europe est devenue pour maintes personnes de gauche une utopie de remplacement) • ceux qui suivent le mouvement, sans trop réfléchir. Mais, ils ont tous en commun une certaine crainte du fait de ce que l’on peut considérer comme un encerclement. Et ce sentiment est aussi partagé – en partie du moins – par les adversaires d’une soumission à ce colosse. Il est vrai que, lorsqu’on regarde une carte de l’Europe et qu’on voit à quel point la petite Suisse est entourée, enveloppée par l’Union européenne, on n’échappe pas à certaines interrogations. Mais, en jetant un coup d’œil sur le passé, on se rend compte que cela a toujours été ainsi. Depuis le serment du Grütli, notre pays a été entouré de forces contraires et généralement hostiles. Nous avons été les premiers à vivre en république, à l’encontre des comtés, duchés, principautés, royaumes et empires qui nous entouraient. Au pire, nous avions un patriciat bourgeois, mais pas de classe noble détenant le pouvoir. Chez nous, c’était le peuple, dans les Landsgemeinden, c’était une classe paysanne qui selon Peter Dürrenmatt dans son «Histoire illustrée de la Suisse» avait su garder une indépendance: «Alors qu’à l’époque, dans le reste de l’empire, le contraste social entre villes et campagnes s’accentuait au détriment de la paysannerie, cette opposition était beaucoup moins marquée sur le territoire en question [la Suisse d’alors]. Dans les vallées surtout, le paysan s’était acquis une certaine considération sociale. Il n’était pas ce valet de ferme méprisé qu’on connaissait dans l’Allemagne et la France féodales; il était maître de sa terre.» Cette réalité est fondamentale pour comprendre notre pays, car il y a tout de même une différence marquée de culture et de tradition politiques entre les fils d’un peuple libre et les descendants de populations soumises pendant des siècles. Car comment expliquer autrement la contradiction prononcée entre la forte opposition ouverte de notre peuple contre l’Union européenne et la soumission des autres peuples, dont les sondages rapportent régulièrement le mécontentement, voire, dans une certaine mesure, l’hostilité. Tout au long des siècles, notre pays a été entouré par des comtés, duchés, archi-duchés, principautés, royaumes, empires, c’est-à-dire des pays à direction politique autoritaire, voire dictatoriale. Cela ne l’a pas empêché de développer son fédéralisme, son caractère républicain, et même sa démocratie directe. 13e siècle Le pays se trouve dans le Saint Empire romain de nation germanique. 14e siècle Formation de la Suisse Uri/Schwyz/Unterwald – début des guerres d’indépendance. 15e siècle La Suisse, toujours dans le Saint Empire est entourée du Royaume de France, du Duché d’Autriche, du Reich allemand, de différents duchés et comtés. C’est le siècle des grandes batailles pour la sauvegarde de l’indépendance. 16e siècle La Suisse a grandi, mais elle est entourée du Royaume de France, du Saint empire, de duchés et de comtés. 17 e siècle La Suisse est toujours entourée du Royaume de France, de principautés, de duchés allemands, autrichiens, italiens; seule Venise est une république. 18e siècle La Suisse est encore et toujours entourée du Royaume de France, qui entre temps s’est étendu, de principautés et de duchés. 19e siècle Les empires se forment et grandissent: la France de Napoléon, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie. C’est par contraste que, le centralisme et le caractère dictatorial se renforçant, la Suisse, elle, développe son fédéralisme et sa démocratie directe. 20e siècle Deux guerres impérialistes menées par des pays au caractère expansionniste, pour certains franchement dictatorial, voire totalitaire. La Suisse y échappe et maintient son fédéralisme et sa démocratie directe. 21e siècle La Suisse est entourée des pays de l’Union européenne. Malgré son caractère expansionniste, voire impérialiste, malgré sa construction autoritaire, voire dictatoriale, ce nouvel empire en formation ne représente pas vraiment un danger pour notre pays. Nos ancêtres en ont vu d’autres et nous ont montré le chemin de l’indépendance. C’est ce qu’on appelle un Sonderfall (un cas particulier). Toutefois, il en va de l’avenir du pays. Nous y reviendrons. • (Horizons et débats, numéro 25, avril 2004) mise à jour le 03.05.04 |