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Suisse – UE Perspectives helvétiques – de quoi méditerpar Henri Houlmann, La Chaux-de-FondsNous avons vu dans «La Suisse en Europe» le passé, c’est-à-dire sur quoi s’appuyer pour comprendre le présent et surtout pour envisager l’avenir. Avec un peu d’attention, on découvre qu’un certain nombre de personnes ou d’organismes y pensent et tentent de projeter des conceptions. Il y a eu l’étude de la Konjunkturforschung Basel A.G. (BAK) qui se fonde sur les principes suivants: Autant de marché que possible, autant d’Etat que nécessaire; Le principe de «Bonne Gestion» et Le droit de propriété. De là se présentent trois scénarios: 1. L’Union européenne reste centralisée, intégrée c’est-à-dire uniformisée; on aurait alors affaire à une construction rigide avec un marché intérieur sclérosé, une monnaie unique excluant toute adaptation des différents pays aux difficultés rencontrées. Dans ce cas, il est fortement déconseillé d’adhérer. 2. L’Union européenne devient démocratique, fédérale, décentralisée, avec de fortes compétences aux pays membres et aux régions, laissant la place à la coopération plutôt qu’à la directive. Dans ce cas, la Suisse pourrait adhérer, car elle serait un apport à l’«helvétisation» de l’Union européenne. Cependant, nous sommes loin du compte. 3. L’Union européenne devient une union à la carte, les pays membres n’ayant pu s’entendre, chacun va son chemin, ne prenant que ce qui lui convient; certains pourraient même quitter l’Union économique et monétaire. Il va de soi que, dans un tel cas, la Suisse serait bien inspirée de se tenir à l’écart. Dans sa réflexion sur ses relations avec l’Union européenne la Suisse doit tenir compte de ses propres atouts: • sa position comme site d’implantation d’entreprises est une des meilleures du monde, • sa politique monétaire et financière indépendante a pour conséquence une grande stabilité du franc, • sa politique de l’emploi assure un taux de chômage des plus bas dans le monde, • la qualité de vie, due à un environnement sain, est parmi les meilleures. En septembre 2002, Madame Marie-Hélène Miauton, journaliste, publiait dans le journal «Le Temps» les résultats d’une réflexion de son groupe de travail lors d’un séminaire organisé par la Chancellerie fédérale. Il y est proposé trois scénarios: 1. Les pionniers de 2048 – en référence à l’esprit de 1848 – suppose une Suisse volontariste qui recense et valorise les quelques spécificités qui la rendent unique. Il s’agit de sa culture politique, de sa sensibilité environnementale, de son système de formation, de son économie ouverte sur le monde et réputée pour sa qualité. Dans ce cas, l’adhésion à l’Union européenne serait discutée comme un choix politique libre au lieu de ce discours défaitiste qui prétend aujourd’hui que nous sommes obligés d’y passer. 2. En choisissant au contraire d’être les champions de l’adaptation nous accepterions d’entrer dans le rang et de partager un sort commun en nous fondant harmonieusement dans un tout européen. Dans ce cas l’adhésion s’impose d’elle-même. 3. Quant au Sonderfall assumé, il représente un choix extrême, mais sans doute rentable. Il vise à conserver nos particularismes, à sacraliser notre territoire et nos valeurs, ce qui ne nous interdit pas un avenir économique florissant ni une respectabilité internationale. Dans ce cas une adhésion serait exclue. De son côté, la firme Andersen Consulting, proposait également trois scénarios («NZZ» du 12/8/1998): 1. Competitive Europe, soit le modèle anglo-américain: une Europe élargie, intégrée économiquement et monétairement, avec de fortes institutions. Le marché du travail ne serait plus que faiblement réglé; le fossé entre riches et pauvres s’élargirait. 2. Patchwork Europe implique une Europe fragmentée avec des institutions supranationales faibles et une régionalisation. Il y aurait réformation de barrières commerciales avec tous les effets économiques négatifs. 3. Conscience Europe. Dans ce cas l’Europe jouirait d’institutions fortes, avec le marché intérieur et la monnaie unique. Mais les autorités supranationales auraient tendance à intervenir, à régler. Elles tenteraient d’imposer des standards minimum sociaux et «verts» et de protéger les industries-clés de la concurrence étrangère. Dans un article de la «NZZ» du 11/12/03, les professeurs Rolf Weder et Beat Spirig estiment que le calcul de pertes et profit d’une adhésion à l’Union européenne n’est pas valable dans une situation d’incertitude, d’autant plus qu’il ne serait plus guère possible d’en sortir. En précipitant une adhésion, on renonce consciemment à la possibilité de la refuser ou de la reporter. Cette option a toutefois une grande valeur, même quand on peut estimer que le profit d’une adhésion serait supérieur à la perte. Cette «valeur d’attente» dépend essentiellement du degré d’incertitude en ce qui concerne les pertes et profits. Il est donc préférable d’attendre. Voici donc quelques éléments de réflexion. Pour ma part, j’ai toujours regretté que le problème de l’adhésion ait été pour les partisans une affaire de croyance (on ne veut pas savoir, on veut croire) et pour les adversaires une défense d’arrière-garde. Cette dernière était certes nécessaire et bienfaisante, mais face au développement de ce nouvel empire et de ses conséquences, dont on peut s’attendre à ce qu’elles soient désastreuses, il faut plus qu’une opposition – il faut une vision. • (Horizons et débats, numéro 25, avril 2004) mise à jour le 03.05.04 |