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La crèche et le travail des femmes

par Marie-France Oberson, Siviriez FR

Au début de cette année paraissaient les résultats d’une étude réalisée en Suisse romande sur les structures d’accueil de la petite enfance, diffusés par les bureaux de l’égalité des cantons romands.

Le titre de cette étude: «La crèche est rentable, s’est son absence qui coûte.» Sur une quarantaine de pages consacrées à l’analyse de la rentabilité des crèches, à leur rôle économique, à leur bilan fiscal, à la répartition des bénéfices, tout cela étayée par force chiffres et graphiques, une seule phrase est consacrée aux enfants qui «bénéficient de leur côté d’une meilleure socialisation et d’une plus grande sécurité.»

On peut comprendre les milieux écono­miques qui ont pour mission le développement économique, la rentabilité. Car effectivement, la crèche est rentable dans la mesure où elle permet aux femmes de rentrer sur le marché du travail, donc de consommer. Les femmes qui exercent une profession font tourner l’économie, c’est indéniable.

Mais comment se fait-il que les milieux de gauche dont sont issus en majorité les bureaux de l’égalité, si prompts d’habitude à s’opposer à l’économie libérale tous azimuts, aient pu cautionner cette étude et applaudir à ses résultats?

A mon avis pour deux raisons: La première est que la gauche aime les femmes «libérées». Libérées, valorisées par le travail évidemment. Elle met donc tout en œuvre pour élaborer des loi qui favorisent les femmes au travail. Les femmes de condition modeste qui veulent élever elles-mêmes leurs enfants ne reçoivent aucun soutien. Elles se voient donc obliger de travailler. Les femmes n’ont donc aucun choix. On les oblige à travailler.

La deuxième est que l’enfant, lui aussi, se libère grâce à la crèche. Il se libère de sa mère, de son influence et devient plus vite autonome, indépendant, mais réceptif à l’éducation concoctée par une société qui le modèlera selon son idéologie du moment. Une stratégie machiavélique …

Prétendre que l’enfant bénéficie d’une meilleure socialisation est un non sens. 0n sait qu’un enfant, jusqu’à trois ans au moins a besoin d’une éducation individualisée. Et que la collectivité, de l’aurore au couchant, et ce cinq jours par semaine, le déstabilise, le rend agressif. Certes, la crèche le «dégourdit». Mais dégourdit veut-il dire heureux? Les pleurs des premiers jours passés, l’enfant se glisse dans le moule. On dit qu’il s’est bien habitué et aime la crèche. Mais sait-on combien un enfant est capable de cacher son chagrin, de s’adapter pour ne pas prendre le risque de déplaire et de ne plus être aimé? S’est-on demandé ce que peut ressentir un tout petit réveillé tôt le matin, transbahuté à travers la ville avec le même topo le soir, alors qu’il aurait besoin des câlins de sa mère tout en prenant son biberon sur ses genoux? S’est-on demandé à travers cette étude, dans les bureaux de l’égalité ce qu’il peut se passer dans l’inconscient de cet enfant? S’est-on demandé dans ces mêmes bureaux si le parcours du combattant que suppose l’organisation de la journée pour une mère qui travaille – en supposant qu’elle n’a qu’un seul enfant – si le stress que cela engendre ne se répercute pas sur le comportement de l’enfant? Se poser la question serait y répondre et constater que l’ont fait fausse route. Ce que l’on n’avouera jamais!

Les crèches vraiment rentables? Une étude devrait aussi être entreprise sur l’économie réalisée pour la société par les femmes qui élèvent elles-mêmes leurs enfants, par leur disponibilité, leur bénévolat. Etude qui devrait aussi se pencher sur le mal être, la violence qui touchent les jeunes de plus en plus jeunes; et si cette violence était un appel au secours pour avoir été «mis au vestiaire»?                                   

(Horizons et débats, numéro 25, avril 2004)

mise à jour  le 03.05.04