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Les attaques d’Israël contre la population civile et les infrastructures civiles sont illégales et disproportionnées

Interview de l’ambassadeur Gébran Michel Soufan, représentant permanent du Liban auprès des Nations Unies à Genève. Horizons et débats a interrogé l’ambassadeur à l’issue de la seconde session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme, le 11 août, sur ce qu’il pensait de la Résolution adoptée.

Horizons et débats: Monsieur l’ambassadeur, êtes-vous satisfait du résultat de la séance du Conseil?

Gébran Soufan: Certainement, parce que la Résolution adaptée est équitable et crée un précédent en ce qu’elle condamne à cinq reprises les violations par Israël des droits de l’homme et du droit international au Liban. Je pense que Genève a réalisé un progrès alors que la discussion du projet de Résolution du Conseil de sécurité à New York traînait. La Résolution du Conseil des droits de l’homme fait entendre une voix morale, celle de la conscience humaine, émanant d’un organe chargé de dénoncer les violations graves et systématiques des droits de l’homme et qui reflète la volonté de la communauté internationale. Oui, de ce point de vue, je suis satisfait car ce résultat important indique clairement qu’il y a en ce moment encore des honnêtes hommes qui compatissent aux souffrances du peuple libanais et sont capables d’élever la voix afin de condamner Israël pour ses violations flagrantes des droits de l’homme et du droit international, pour les atrocités et le «nettoyage ethnique» perpétrés au Liban. Nous sommes témoins d’un crime contre l’humanité. Suis-je satisfait? Je suis reconnaissant du soutien obtenu mais un peu déçu.

Pourquoi déçu?

Je suis un peu déçu parce que l’Union européenne a voté en bloc contre cette Résolution. Les représentants de l’UE considéraient qu’elle était déséquilibrée parce qu’elle n’a pas abordé les violations des droits de l’homme et du droit international commises par le Hezbollah. Aussi ont-ils voulu que les deux parties soient placées sur un pied d’égalité et créent une sorte d’équilibre. Naturellement, nous n’acceptons pas cela car si c’était le cas, ils devraient nous expliquer, comme j’ai demandé dans mes interventions, quelle est la partie la plus souffrante, qui a plus de victimes, quel est le pays presque entièrement détruit, ses ponts abattus, ses villes et ses villages bombardés et isolés. Nous trouvons que cette position est injuste, tout en réalisant que les Etats ont leurs propres considérations, intérêts et jugements. Il faut que s’élève une voix qui a le courage de se prononcer en faveur de la justice sans autres considérations. Nous estimons que toutes les parties devraient respecter les Conventions de Genève et leurs Protocoles. Cependant, étant donné l’ampleur des destructions, la punition collective infligée au Liban, nous ne pouvons pas mettre les deux parties sur un pied d’égalité et souscrire à l’équilibre demandé d’autant plus que le mot équilibre a une connotation politique plutôt que réelle. Les gens sages sont ceux capables de partager les sentiments d’autrui sans avoir à expérimenter les mêmes souffrances et vivre les mêmes épreuves.

Pouvez-vous nous parler de la situation actuelle au Liban?

Je sais que les Forces armées israéliennes continuent de faire des victimes et de s’attaquer à des innocents, et cela pour des raisons très discutables et suspicieuses.

Les Israéliens bombardent la population civile et les infrastructures civiles, ce qui est illégal et excessivement disproportionné. Le gouvernement du Liban a annoncé dès le début du conflit qu’il n’avait pas été mis au courant de ce qui se passait et qu’il n’endossait pas les opérations menées par le Hezbollah. En outre, le Premier ministre a appelé à un cessez-le-feu immédiat et total sous les auspices de l’ONU qui permettrait de résoudre de manière responsable tous les problèmes suscités par les événements récents aussi bien que leurs causes sous-jacentes.

Cela n’a pas empêché l’agression et l’escalade de la violence. Ce à quoi nous sommes confrontés, comme l’a dit le Premier ministre du Liban Fouad Siniora, va bien au-delà de la question des prisonniers et des soldats capturés. Il y va de toute une nation dont les droits, la sécurité et le territoire sont bafoués sous un prétexte discutable.

Penser que ce sont les opérations du Hezbollah qui ont tout déclenché est mal comprendre les choses. Je dirai que la vraie cause, c’est l’occupation par une puissance étrangère. S’il n’y avait pas eu les violations de la souveraineté du Liban par les voies aérienne, terrestre et maritime, la situation aurait été différente. Le peuple a le droit de lutter contre l’occupation. La crise actuelle au Liban et dans la Région souligne la nécessité de parvenir à une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient fondée sur les termes de la Conférence de Madrid et la légitimité internationale.

Avez-vous une idée de la manière dont on pourrait établir cette paix?

Bien que ce ne soit pas mon dossier à Genève, je sais que les termes de référence de la Conférence de Madrid, l’Initiative de paix arabe, adoptée par les chefs d’Etat arabes à Beyrouth le 27 mars 2002, ainsi que le principe «land for peace» [restitution des territoires occupés contre la paix] constituent les assises de la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

Y a-t-il quelque chose, ou pouvez-vous imaginer quelque chose que la communauté internationale pourrait faire pour contribuer à établir cette paix?

Je crois que la communauté internationale devrait exercer des pressions sur les décideurs et le Quartet afin qu’ils fassent avancer le processus. Toutefois les gouvernements nationaux ne devraient pas oublier que le meilleur moyen d’obtenir la paix ou de résoudre les problèmes est de ne pas les ignorer, sinon ils s’aggravent. Le défi consiste à aborder les problèmes difficiles et chroniques avec détermination et bonne foi car s’en tenir à ce qui est facile est un aveu d’échec. Malheureusement, aujourd’hui, au cours du débat général sur notre Résolution, nous avons entendu des représentants qui voulaient sauvegarder la crédibilité du Conseil des droits de l’homme en évitant les problèmes délicats et sujets à controverse. Ce n’est pas la bonne manière de procéder ni l’objectif de la Résolution de l’Assemblée générale A/60/251 qui a institué le Conseil des droits de l’homme.

A votre avis, quels sont les projets véritables d’Israël?

J’ai des doutes sur leurs intentions car la guerre déclenchée contre le Liban est tout à fait disproportionnée par rapport à l’opération du Hezbollah.

Je crois qu’ils visent le Liban dans son entier, son système, sa manière de vivre, ses valeurs inscrites dans la Constitution de même que dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Rappelez-vous que Charles Malik, homme d’Etat libanais, fut le rapporteur de la petite commission qui élabora cette Déclaration. Dans une certaine mesure, cette dernière porte la marque des Libanais alors qu’Israël porte celle de la destruction. Je crois qu’ils veulent que nous vivions dans le désespoir, l’instabilité, la peur et la ruine financière. Mais ils ne pourront pas détruire la volonté des Libanais qui sont très attachés à leurs droits inaliénables, en particulier au droit à la vie. Par conséquent, le Liban renaîtra en tant que pays arabe démocratique, symbole de liberté, de diversité et de tolérance dans la région.

Merci beaucoup. Avez-vous de la famille?

Oui, je suis marié et j’ai deux enfants.

Vivent-ils au Liban?

Ils vivent à Genève, avec moi et je pense que nous avons de la chance d’être en Suisse. Ce pays a des points communs avec le Liban. En effet, on avait l’habitude d’appeler le Liban la «Suisse du Moyen-Orient» et j’espère que ce pays démocratique récupérera sa liberté, sa splendeur et sa prospérité.       

 

(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)

mise à jour  le 18.08.06