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Monsieur le Président,
Je voudrais tout d’abord vous remercier ainsi que les membres du Conseil de sécurité pour la possibilité qui est donnée à la Suisse d’exposer ses vues à propos de la crise qui frappe le Proche-Orient.
La Suisse attache la plus grande importance au respect du droit international humanitaire et à celui des droits humains. Elle n’a cessé d’exprimer aux parties en présence leurs obligations en la matière et elle continuera à œuvrer dans ce sens.
Le respect du droit n’a pas à être négocié. Il n’est par ailleurs pas soumis à des conditions de réciprocité. Les effets des violations commises actuellement au Proche-Orient se mesurent en morts, en blessés, en destructions indiscriminées de logements et d’infrastructures, en atteintes durables au patrimoine culturel et à l’environnement. Elles constituent en outre autant d’entraves à l’action humanitaire.
La Suisse rappelle aux parties au conflit que conformément au droit international humanitaire il est interdit d’attaquer les civils ne participant pas directement aux hostilités, ainsi que les biens civils. Elle rappelle aux parties leur obligation de faire la distinction entre la population civile et les combattants, entre les infrastructures civiles et militaires, de prendre toutes les précautions nécessaires pour épargner la vie des civils et les biens civils, de respecter le principe de proportionnalité dans toutes les opérations militaires et de renoncer à toute forme de punition collective touchant la population. Le personnel, les installations et les véhicules portant les emblèmes reconnus par les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels sont protégés en vertu du droit international humanitaire et doivent être respectés en toutes circonstances. Les parties au conflit sont obligées d’autoriser et de faciliter le passage rapide de tous les envois de secours humanitaires et de prendre toutes les précautions pratiquement possibles pour éviter de les attaquer.
La communauté internationale doit agir
Monsieur le Président,
Face à l’ampleur de la crise tant politique qu’humanitaire, il est de la responsabilité de la communauté internationale d’agir. L’escalade de la violence qui se développe actuellement au Proche-Orient est grave et dangereuse. Les ramifications régionales de la crise actuelle aggravent une situation déjà tendue et accentuent les incertitudes quant à son évolution et son issue.
La diplomatie doit remplacer les affrontements militaires
La Suisse souhaite que le Conseil de sécurité, instance première de la communauté internationale pour la paix et la sécurité, soit en mesure d’agir dans les meilleurs délais. Elle regrette d’ailleurs qu’un consensus sur les mesures à prendre n’ait pas encore pu intervenir au sein du Conseil, en dépit de la gravité de la situation.
La diplomatie doit s’imposer en lieu et place des affrontements militaires. Il est impératif de trouver une solution paci-fique au présent conflit. La Suisse soutient en particulier les efforts des Nations Unies et la mission spéciale de bons offices conduite par M. Vijay K. Nambiar, à la demande expresse du secrétaire général de l’ONU. Dans ce contexte, je tiens à féliciter le secrétaire général pour ses judicieuses suggestions pour instaurer un cessez-le-feu durable. Mon pays espère que le Conseil de sécurité considérera sérieusement ses propositions et qu’il agira rapidement.
La Suisse condamne tout acte de violence, de provocations et de terrorisme. Il n’y a aucun doute qu’Israël a le droit de protéger son territoire et sa population de tels actes. Néanmoins, à la lumière du droit et des faits, la Suisse considère la réaction des forces militaires israéliennes au Liban comme clairement disproportionnée. Rien ne saurait justifier l’ampleur de la présente opération militaire impliquant le blocus aérien et naval. Un pays entier ne peut être pris en otage pour une opération militaire de représailles. Les frappes aériennes répétées de ces derniers jours contre des objectifs civils constituent une violation grave du droit international humanitaire. Les lancements indiscriminés de roquettes par le Hezbollah contre les centres habités en Israël violent aussi les règles du droit international humanitaire.
La crise humanitaire dans la bande de Gaza est intolérable
Monsieur le Président,
Il est aussi important de souligner que la situation au Liban ne doit pas faire perdre de vue à la communauté internationale l’ampleur de la crise humanitaire, économique et sociale dans le Territoire palestinien occupé, en particulier à Gaza.
Là aussi ce sont les civils qui paient le plus lourd tribut des affrontements. Les conditions de vie de la population palestinienne sont devenues, au cours des derniers mois et semaines, intenables. Les taux de chômage et de pauvreté sont en croissance constante. Les restrictions à la liberté de mouvement des biens et des personnes contribuent à la précarité, mais aussi entravent gravement toute une série de droits élémentaires.
Les organisations humanitaires nous sensibilisent chaque jour aux risques aigus de crise alimentaire et médicale à Gaza. La destruction de la seule centrale électrique de la bande de Gaza a un impact durable et profond sur les hôpitaux, les systèmes d’approvisionnement en eau potable notamment. En vertu du droit international humanitaire il incombe à Israël, en sa qualité de puissance occupante, de subvenir aux besoins essentiels de la population civile palestinienne et de faciliter le passage rapide, en toute sécurité et sans obstacle de tous les envois, des équipements et du personnel de secours.
Monsieur le Président,
Afin d’apporter une réponse à la crise au Liban, la Suisse aimerait souligner trois propositions: Instaurer immédiatement un cessez-le-feu, établir des corridors humanitaires, mettre en place une force internationale.
Cessez-le-feu immédiat
Comme dans tous les conflits, il n’est pas aisé de mettre fin à la logique militaire des attaques et contre-attaques. Néanmoins, on ne peut simplement pas permettre que ce conflit dévastateur se poursuive. La Suisse exhorte donc les parties au conflit à conclure immédiatement un cessez-le-feu. Un cessez-le-feu est nécessaire face à la situation humanitaire grave et en constante détérioration au Liban. La destruction extensive d’infrastructures civiles telles que des ponts et des routes a non seulement causé la perte de nombreuses vies humaines mais elle empêche les civils de quitter les zones de combats et de plus elle entrave gravement l’action humanitaire. Ces destructions et la fuite des bombardements ont entraîné des déplacements considérables de population au Liban, soit plus de 500 000 personnes, dont 40 000 à Beyrouth seul. Je le répète, la communauté internationale a la responsabilité d’agir.
Afin de répondre à cette crise humanitaire, la Suisse appelle aussi à la création de corridors humanitaires, permettant de garantir le plein accès sans restriction aux victimes. Il faut garantir que l’accès aux biens de première nécessité (abris, eau, nourriture) et aux services de base (soins sanitaires et médicaux) soit assuré. L’approvisionnement en eau et en électricité devient aussi précaire. De tels corridors humanitaires, entre Beyrouth et le Sud-Liban, entre Beyrouth et Chypre, entre le Sud-Liban (Tyr) et Chypre, mais aussi depuis le Nord d’Israël en direction du Sud-Liban et de la Bekaa, garantiraient l’accès sûr et sans entraves de personnel et de biens humanitaires, permettraient le transport des blessés et des malades vers les hôpitaux et l’évacuation des civils des zones de combats.
Dans l’immédiat, afin de permettre de sortir de la crise actuelle, la Suisse soutient la proposition concernant l’envoi d’une Force internationale de sécurité et de surveillance au Sud-Liban. Une telle force doit être sérieusement envisagée dans les meilleurs délais par le Conseil de sécurité afin d’interrompre cette escalade de la violence.
Une telle mission, afin de répondre de manière efficace à la crise actuelle, devrait être dotée du mandat nécessaire pour garantir un cessez-le-feu, sécuriser la frontière israélo-libanaise et faciliter par sa présence un règlement négocié des disputes territoriales. Cette Force internationale de sécurité et de surveillance pourrait ainsi à titre temporaire prendre le contrôle du territoire des fermes de Chebaa dans l’attente d’un règlement de ce différend territorial et afin d’atténuer les tensions résultant de ce différend. Cette Force devrait aussi permettre de contribuer à la mise en œuvre des résolutions 1559 (2004) et 1680 (2006) du Conseil de sécurité, en particulier le désarmement de toutes les milices. Comme l’a souligné le secrétaire général, la mise en place d’une force internationale devrait être accom-pagnée par une série de mesures politiques et sécuritaires qui assureraient un cessez-le-feu durable afin que la situation ne revienne pas au statu quo ante. Parmi les mesures proposées, je voudrais insister sur la nécessité pour le gouvernement libanais d’assurer la souveraineté et le contrôle de l’ensemble de son territoire. De plus, la Suisse souligne l’importance d’établir un mécanisme qui puisse garantir le financement de l’aide humanitaire, de la reconstruction et du développement.
La Suisse salue les efforts de tous les acteurs qui œuvrent afin de résoudre la crise actuelle. Toutefois, il est impératif de ne pas seulement gérer la crise actuelle, mais de rechercher une réelle solution à l’ensemble des conflits en suspens au Proche- Orient. La crise au Liban, comme d’ailleurs celle qui se déroule dans le Territoire palestinien occupé, ne peut être analysée sous l’unique prisme du terrorisme et du contre-terrorisme. Une approche globale afin de régler l’ensemble des conflits israélo-arabe et israélo-palestinien s’impose.
Je vous remercie Monsieur le Président. •
Source: www.eda.admin.ch/newyork_miss/e/home.html
Consultez aussi la déclaration de S.E. M. Peter Maurer faite à l’occasion de la 60e session de l’Assemblée générale sur la réforme du Conseil de sécurité (point 117 et 120 de l’ordre du jour) du 20/7/06: «Le droit de veto ne doit pas être privilège servant à défendre des intérêts particuliers» sur le site www.horizons-et-debats.ch, version pdf Express no1, page 21.
(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)
mise à jour le 18.08.06