![]() |
Journal favorisant la pensée
indépendante,
|
Les munitions à l’uranium appauvri (UA) sont utilisées pendant les combats parce qu’elles sont extrêmement efficaces. Cependant en gagnant des batailles grâce à leur usage, nous avons contaminé l’air, l’eau et le sol, si bien que des enfants, des femmes et des hommes ont inhalé et ingéré de l’uranium ou ont été blessés par ces munitions. L’uranium est un métal lourd et radioactif. Sa toxicité ne fait aucun doute, comme le directeur de l’US Army Environmental Policy Institute l’a précisé dans un rapport commandé par le Congrès: «Aucune technologie actuellement disponible ne peut modifier de manière importante la toxicité chimique et radiologique de l’UA. Ce sont des propriétés intrinsèques de l’uranium.» (Health and Environmental Consequences of Depleted Uranium Use in the U.S. Army: Technical Report, AEPI, June 1995). Le principal manuel d’entraînement de l’armée américaine STP 21-1-SMCT: Soldiers Manual of Common Tasks précise dans une note sur l’UA que «la contamination rend la nourriture et l’eau impropres à la consommation». Bien que les directives du Département de la Défense exigent que l’on prodigue des soins rapides et efficaces à «tous ceux» qui ont été exposés [Medical Management of Unusual Depleted Uranium Casualties, DOD, Pentagon, 10/14/93 and Medical Management of Army personnel Exposed to Depleted Uranium (DU) Headquarters, US-Army Medical Command 29 April 2004)] et que l’on élimine complètement la contamination radioactive disséminée (AR 700–48: «Management of Equipment Contaminated With Depleted Uranium or Radioactive Commodities»), les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie refusent de s’y plier.
Le chef des services de santé de l’Armée américaine, le général de corps d’armée James B. Peake, a publié le 29 avril 2004 une note selon laquelle on procédera à un titrage biologique de l’UA chez ceux qui ont été exposés aux niveaux 1 et 2 et sur demande à ceux du niveau 3. Le niveau 1 est défini ainsi: «Soldats qui se trouvaient sur ou près de véhicules de combat au moment où ces derniers ont été atteints par des munitions à l’UA ou qui y sont entrés juste après pour essayer de se mettre à l’abri». Niveau 2: «Soldats qui sont entrés régulièrement dans des véhicules endommagés par des munitions à l’UA parce que cela faisait partie de leur travail militaire ou qui ont tiré des munitions à l’UA.» Niveau 3: «Soldats ayant subi toutes sortes d’autres expositions de nature accessoire, p. ex. lors de la conduite d’un véhicule touché par l’UA». (SECDEF 3/30/03: Policy for the Operation Iraqi Freedom Depleted Uranium (DU) Medical Management. www.deploymentlink.osd.mil/du_library/pdfs/policy_oif_053003.pdf)
Cependant, ces directives ignorent encore les radiations subies dans ou près de bâtiments détruits par des munitions à l’UA ou sur des terrains contaminés.
Il faut également se demander si les mêmes tests médicaux seront offerts à tous les soldats de la coalition et à tous les soldats et civils irakiens exposés. Va-t-on prodiguer des soins médicaux à tous ceux qui ont été exposés et refuser un titrage radiologique et des soins adéquats à tous ceux qui ont été exposés là où des munitions à l’UA ont été fabriquées, testées et/ou utilisées dans les combats?
Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie ont utilisé récemment d’importantes quantités d’armes à l’UA en Irak, en Afghanistan et dans les Balkans. Des preuves médicales et en particulier les malformations congénitales observées chez des bébés de parents qui se trouvaient dans des zones contaminées à l’UA font que la question est importante. L’UA (uranium 238) de même que d’autres contaminants militaires ont été impliqués et des preuves médicales révèlent que l’exposition à l’UA entraîne des dommages sanitaires.
Aujourd’hui, après l’utilisation délibérée de munitions à l’UA durant la première guerre du Golfe, dans les Balkans, en Afghanistan et maintenant pendant la seconde guerre du Golfe, des soldats et des non-combattants souffrent de problèmes de santé dus à l’exposition aux munitions à l’UA, aux restes d’armes classiques et à des produits chimiques industriels dégagés.
Cependant, bien qu’il existe des preuves médicales de ces effets nocifs pour la santé, les responsables américains, britanniques, australiens, canadiens et de l’OTAN continuent d’affirmer que ces effets n’existent pas. En regard des preuves médicales concernant des milliers de cas de contamination due à la guerre, il s’agit là d’un mensonge délibéré. Cependant, malgré sa position officielle, le ministère de la Défense britannique a reconnu récemment que les soldats britanniques qui ont servi en Irak ont peut-être été exposés à une contamination par l’UA et peuvent bénéficier d’un examen médical permettant de savoir s’ils peuvent être redéployés. (www.traprockpeace.org/du_mod_warning_cards.html).
Le Département américain des anciens combattants a fourni une preuve indiscutable du fait qu’on ait refusé et qu’on refuse encore des soins médicaux: En effet des fonctionnaires dudit Département ont déclaré («Gulf War Review Volume 13, number 1, page 12) que depuis 1992, seules 270 personnes ont subi des examens relatifs à l’exposition à l’UA. Cela représente une fraction seulement des noms que j’ai soumis, de ceux dont on avait dit à l’équipe du président Clinton qu’ils devaient être examinés et soignés et une toute petite fraction de ceux qui devraient recevoir des soins conformément aux directives passées et présentes du Département de la Défense.
L’UA, constitué à 99,8 % d’uranium 238, est fait d’hexafluoride d’uranium, sous-produit du processus d’enrichissement de l’uranium. Selon des documents récents publiés par le Département américain de l’Energie et les rapports de 1995 de l’US Army Environmental Policy Institute, une petite proportion d’autres métaux lourds toxiques ainsi que des isotopes radioactifs de plutonium, de neptunium, d’américium et d’uranium 236 sont également présents. Bien que 60 % du rayonnement ionisant dû aux émissions gamma de l’U-235 et de l’U-234 soit éliminé lors du processus d’enrichissement, des particules alpha de 4,2 et 4, 15 MeV - qui provoquent un rayonnement ionisant interne important, lequel cause des dommages cellulaires - sont multipliées en proportion et des émissions gamma et bêta provenant de substances contaminantes et de sous-produits sont toujours présentes. L’affirmation réitérée selon laquelle l’UA est 60% moins radioactif que l’uranium naturel est incomplète car elle fait l’impasse sur les importants dommages internes causés par les particules alpha qui affectent toutes les cellules. Les mesures d’émissions de particules alpha montrent que le taux d’exposition est de plus de 10 000 événements radioactifs par minutes. L’UA représente un grave danger pour l’organisme. L’inhalation, l’ingestion et la contamination par les blessures représentent des risques sanitaires importants et inacceptables qui sont dus aux dommages causés directement aux cellules par les particules alpha et bêta ainsi que par les émissions gamma. Les pénétrateurs brûlés, les fragments d’UA et les éclats d’obus contaminés émettent des particules bêta et un rayonnement gamma de l’ordre de 300 mRem/h et ne peuvent par conséquent pas être touchés ou ramassés sans protection.
L’UA est utilisé dans la fabrication de pénétrateurs à énergie cinétique, sortes d’énormes crayons ou barres. Le pénétrateur est fait presque entièrement d’uranium 238. L’industrie d’armement américaine produit les munitions à l’UA suivantes: 7,62 mm de masse non spécifiée, calibre 50 de masse non spécifiée, 20 mm d’environ 180 grammes, 25 mm d’environ 200 g, 30 mm d’environ 280 g, 105 mm d’environ 3500g, 120 mm d’environ 4500 g, sous-munitions / mines antipersonnel comme les PDM et les ADAM dont le corps métallique contient une petite proportion d’UA, missiles de croisière et bombes anti-bunker de quantité d’UA inconnue.
Beaucoup d’autres pays fabriquent ou ont acquis des munitions à l’UA. L’UA est également utilisé pour les blindages, les contrepoids et les boucliers de protection radiologique, et comme le propose le Département américain de l’Energie, comme composant de matériaux de construction de routes. Toutes ces utilisations sont destinées à réduire les énormes stocks du Département de l’Energie laissés par le processus d’enrichissement.
Il est important de comprendre que les pénétrateurs sont constitué d’uranium 238 massif. Ils ne sont pas revêtus. Au moment de l’impact, au moins 40 % du pénétrateur produit des oxydes d’uranium ou des fragments qui sont abandonnés sur le terrain, dans ou sur les bâtiments touchés.
Le reste du pénétrateur conserve sa forme initiale. Le morceau d’uranium reste sur place et peut être ramassé par des enfants.
L’UA brûle également dans l’atmosphère pendant le déplacement et au-dessus du point d’impact. La pluie d’UA en combustion qui en résulte et les fragments d’UA provoquent des explosions secondaires, des feux, des blessures et la mort.
Chacun devrait se demander s’il désirerait avoir des tonnes de pénétrateurs à l’uranium massif dans son jardin, ou n’importe quelle autre source de contamination. La réponse est: personne ne voudrait cela.
J’ai été affecté par le Headquarters Department des Forces armées américaines à Washington à l’équipe d’évaluation de l’UA de la 3e armée américaine en tant que médecin et expert en radioprotection. Ce que nous avons découvert tient en trois mots: «Oh, mon Dieu!»
Selon les documents officiels, chaque barre de pénétrateur à l’UA pourrait perdre jusqu’à 70% de sa masse au moment de l’impact, provoquant une contamination fixe ou libre lorsque ce qui reste de la barre traverse le matériel ou le bâtiment se trouvant sur le site. Les recherches sur les lieux d’impact ont montré que la perte de masse est d’environ 40% et qu’elle provoque une contamination fixe ou libre, laissant environ 60% de la masse initiale du pénétrateur sous la forme d’un énorme crayon.
Nous avons découvert que les radiamètres ne détectaient pas sa contamination. La contamination des matériels comprenait des fragments d’uranium, des oxydes d’uranium, d’autres substances dangereuses, des munitions non-explosées instables et des sous-produits de munitions explosées. Selon les documents de l’U.S. Army Material Command qu’on nous a envoyés, l’oxyde d’uranium est insoluble à 57% et soluble à 43%, et au moins 50% peut être inhalé. Dans la plupart des cas, à l’exception des fragments de pénétrateurs, la contamination était à l’intérieur des matériels ou des bâtiments détruits, sur les matériels détruits ou dans un rayon de 25 mètres tout autour. Lors des essais de 1994 et 1995 dans le Nevada, nous avons trouvé une contamination jusqu’à 400 mètres d’un incident unique.
A notre retour aux Etats-Unis, nous avons rédigé le Theater Clean up Plan, qui – nous a-t-on dit – a été transmis par le Département de la Défense au Département d’Etat et de là aux émirats du Koweït. Aujourd’hui, il est évident qu’aucune de ces informations sur le nettoyage de l’importante contamination par l’UA n’a jamais été transmise aux Irakiens. Aussi, bien qu’il existe d’importants risques de contamination en Iraq, ces dangers n’ont-ils pas été signalés par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour des raisons politiques et économiques. Mais en même temps, il a été à nouveau fait usage d’armes à l’UA, ce qui a provoqué une contamination supplémentaire avérée.
Les Irakiens, les Kosovars, les Serbes notamment ont demandé plusieurs fois que l’on s’occupe de la contamination par l’UA et que l’on offre des soins médicaux aux victimes, mais en vain. Bien que les habitants de l’île de Vieques, qui sont des citoyens américains, aient également demandé une prise en charge médicale et une décontamination de l’environnement, le ministère de la Défense a toujours refusé de prendre ces mesures essentielles.
Les dangers environnementaux potentiels de la contamination par l’UA étaient connus avant la guerre du Golfe. Une note de l’United States Defense Nuclear Agency rédigée par LTC Lyle et qui avait été envoyée à notre équipe en Arabie saoudite précisait ce qui suit:
«Comme l’Explosive Ordnance Disposal, unités de combat terrestre, et la population civile d’Arabie saoudite, du Koweït et d’Irak sont de plus en plus en contact avec des armes à l’UA, nous devons nous préparer à traiter des problèmes potentiels. Souvenirs toxiques de la guerre, scandales politiques et décontamination d’après-conflit (accord du pays d’accueil) ne sont que quelques-unes des questions qui doivent être abordées. Les particules alpha (poussière d’oxyde d’uranium) provenant de munitions utilisées posent un problème sanitaire, mais les particules bêta provenant de fragments de munitions ou de munitions intactes représentent un problème plus sérieux encore car si on les touche, on peut s’exposer à des doses de radiations de 22 millirads /h.»
Cette note, les rapports que nous avons préparés tout de suite après la guerre du Golfe et les recherches antérieures, notamment, ont conduit à la publication d’une directive du ministère américain de la Défense signées par le général Eric Shinseki (19 août 1993) où l’on peut lire le passage suivant:
«1. Prévoir un entraînement adéquat pour les soldats susceptibles d’entrer en contact avec des matériels à l’UA. 2. Procéder à un examen médical des soldats exposés à l’UA pendant la première guerre du Golfe. 3. Mettre au point un projet de récupération du matériel contaminé par l’UA pendant les opérations à venir.»
Il est donc indiscutable que les responsables du ministère de la Défense étaient et sont encore conscients des risques inacceptables pour la santé et l’environnement qui sont associés à l’utilisation de munitions à l’UA.
En conséquence, j’ai été rappelé en service actif en tant que directeur de l’U.S. Army Depleted Uranium Project et chargé de développer des procédures d’entraînement et de gestion de l’environnement. Le projet de développement de programme approfondi comprenait une revue de ce qui avait été écrit sur le sujet. Des représentants de tous les secteurs du ministère de la Défense et des représentants de la Grande-Bretagne, du Canada, de l’Allemagne et de l’Australie participaient au projet. Nous avons également fait des recherches sur le site d’essais du Nevada situé à 120 miles au nord-ouest de Las Vegas pour valider nos procédures.
Les produits du projet comprenaient 3 programmes d’entraînement: (1) Niveau I: General Audience, Niveau II: Battle Damage and Recovery Operations, Niveau III: Chemical Officer / NCO; 3 vidéos: «Depleted Uranium Hazard Awareness», «Contaminated and Damaged Equipment Management» et «Operation of the AN/PDR 77 Radiac Set»; l’avant-projet de règlement de l’Armée: «Management of Equipment Contaminated with Depleted Uranium or Radioactive Commodities» (actuellement AR 700-48, Department of the Army, Washington, D.C., 9/16/2002); une brochure de l’Armée intitulée «Handling Procedures for Equipment Contaminated with Depleted Uranium or Radioactive Commodities» et la mise au point d’un radiomètre capable de détecter et de quantifier la contamination par l’UA.
Bien que ces produits aient été achevés et approuvés et qu’ils aient été prêts à être diffusés en janvier 2006, l’Armée américaine, le ministère de la Défense, les responsables britanniques, allemands, canadiens et australiens n’ont tenu aucun compte des directives réitérées et n’ont pas mis en œuvre ou n’ont mis en œuvre que partiellement les procédures d’entraînement et de gestion de l’environnement. Le programme d’entraînement et les procédures de gestion de l’environnement n’ont pas été remis à tous les représentants de gouvernements dont les populations et l’environnement avaient été exposés à la contamination par l’UA. Cela a été vérifié par des enquêteurs du General Accounting Office dans un rapport publié en mars 2000 et confirmé par des entretiens personnels.
Depuis le 10 décembre 2003, on continue de refuser ou de retarder des examens médicaux et des soins aux soldats américains ayant inhalé ou ingéré de l’UA ou subi une contamination par blessure de même qu’à tous ceux dont on est sûr ou dont on suppose qu’ils ont été exposés à l’UA.
Bien que nous ayons recommandé des soins médicaux en mars 1991 et à de nombreuses reprises depuis lors, les ministères de la Défense américain, britannique, australien et canadien de même que le Département américain des Vétérans refusent toujours d’offrir à toutes les victimes de l’UA les examens médicaux approfondis et les soins requis par les directives qu’ils ont rédigées et publiées.
Le Dr Bernard Rostker m’a écrit, dans une lettre datée du 1er mars 1999, que les médecins et les spécialistes en radioprotection avaient décidé, à la fin des combats terrestres, que les examens et les soins médicaux n’étaient pas nécessaires pour ceux qui avaient été exposés à l’UA. Or il existe des preuves concrètes du contraire. Aujourd’hui, un certain nombre de personnes - dont moi-même - sont malades et d’autres sont mortes à qui on avait refusé des soins médicaux alors que je les avais demandés dans une lettre du 21 mai 1997 envoyée à l’Office of Surgeon U.S. Army Material Command et qui fut transmise au Dr Rostker.
D’après mon expérience personnelle et celle de médecins, d’après ce que rapportent ceux dont on sait qu’ils ont été exposés à l’UA, les pathologies induites par ladite exposition sont les suivants: a) dysfonction réactive des voies respiratoires, b) anomalies neurologiques, c) calculs rénaux et douleurs rénales chroniques, d) éruptions cutanées, e) dégradation de la vision et pertes de la vision nocturne, f) problèmes de gencives, g) lymphome, h) diverses formes de cancers de la peau et des organes, i) troubles neuro-psychologiques, j) présence d’uranium dans le sperme, k) troubles de la fonction sexuelle, l) malformations congénitales chez les enfants des sujets.
Aujourd’hui, des effets sur la santé ont été documentés chez les employés d’installations de traitement de l’uranium de Puducah (Kentucky), Portsmouth (Ohio), Los Alamos (Nouveau Mexique), Oak Ridge (Tennessee) et Hanford (Washington), de même que chez les habitants des environs. Les employés d’installations de fabrication ou de traitement de l’uranium des Etats de New York, Tennessee, Iowa et Massachusetts et du sud-est du Colorado de même que les habitants des environs ont également souvent fait état de troubles semblables à ceux dont souffrent les victimes de l’UA de la guerre du Golfe. Les médecins irakiens et ceux d’organismes humanitaires ont observé les mêmes troubles dans les populations exposées. Des scientifiques écossais ont constaté que des habitants des Balkans avaient de l’uranium dans leurs urines. Un ancien colonel de l’Armée américaine, Le Dr Assaf Durakovic de l’Uranium Medical Research Center a également constaté des taux extrêmement élevés d’uranium dans les urines de réfugiés afghans. Cela prouve que l’uranium 238 est extrêmement mobile et qu’il contamine l’air, l’eau et le sol, comme c’est précisé dans la lettre d’octobre 1943 adressée au général Leslie Groves (cf. infra).
Aujourd’hui, il est difficile, sauf dans quelques cas, de confirmer la corrélation entre l’exposition à l’uranium et ses effets sur la santé à cause des retards délibérés pris dans le dépistage et les soins. Conformément à une directive d’octobre 1993 du ministère de la Défense, le dépistage nécessite la collecte et l’analyse de l’urine, des selles et de prélèvements de gorge dans un délai de 24 heures après l’exposition. Aujourd’hui, des mois ou des années après l’exposition, on ne peut détecter qu’une petite proportion de l’uranium fixé dans l’organisme. Cette fraction détectable ne représente que la part mobile et soluble et une toute petite fraction de ce qui se trouve ou se trouvait dans l’organisme. L’autopsie de Terry Riordan (une victime de l’UA) au Canada a révélé qu’il y a bien fixation et que la fraction mobile peut ne pas être représentative de la quantité réellement présente. Un certain nombre de soldats affectés à la New York Army National 442nd Military Police Unit ont été examinés récemment par le Dr Assaf Durakovic après que des responsables de l’Armée eurent refusé le dépistage obligatoire des troupes qui ont été exposées à une contamination par des munitions à l’UA pendant la seconde guerre du Golfe. Les examens ont montré qu’il y avait bien eu contamination. Ces soldats se plaignaient de maux de tête, de fatigue, d’essoufflement, de nausées, de vertiges et de douleurs articulaires (New York Daily News – www.nydailynews.com).
Même s’il existe des preuves médicales des effets sur la santé de l’exposition à l’UA, les documents officiels sont peu nombreux. Ainsi, en 1994 et 1995, le personnel médical du ministère de la Défense dans un hôpital de l’Armée américaine déplaça, tria et dissimula des dossiers médicaux (y compris le mien). Certains furent retrouvés à l’automne 1997 mais probablement trop tard pour beaucoup de personnes. Cette pratique perdure et des personnes contaminées ne reçoivent donc pas de soins adéquats. Il s’agit notamment de soldats pour qui on avait exigé des soins médicaux à plusieurs reprises. Le très récent U.S. Department of Veterans Affairs Gulf War Review (volume 12,#1) confirme que seuls 262 soldats ont bénéficié d’un dépistage de l’exposition à l’UA à partir de décembre 1993. Quand on compare les résultats du volume 13 avec ceux du volume 12, on découvre que 8 personnes seulement ont été dépistées au cours de l’année dernière. C’est une farce.
Cette situation perdurera tant que les responsables des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, du Canada, de l’OTAN et des Nations Unies ne tiendront pas compte des preuves qui sont apparues et s’opposeront à ce que l’on prodigue des soins médicaux à tous ceux qui ont été ou peuvent avoir été exposés à l’uranium 238, à d’autres isotopes et à d’autres agents contaminants résultant de l’usage de munitions à l’UA. Les critères concernant les expositions qui demandent un dépistage dans un délai de 24 heures et les soins médicaux à apporter ont été précisés dans un message du Headquarters Department de l’Armée daté du 14 octobre 1993. Il s’agit des situations d’exposition suivantes:
«a) Se trouver dans la fumée provenant de véhicules en feu chargés de munitions à l’UA ou de dépôts en feu où étaient stockées des munitions à l’UA; b) Travailler dans des environnements contenant de la poussière d’UA ou des résidus d’explosions de munitions à l’UA; c) Se trouver dans une construction ou un véhicule touchés par des munitions à l’UA.»
Ces directives doivent être appliquées à tous ceux qui ont été exposés, qu’il s’agisse de militaires ou de civils. Et elles doivent l’être maintenant!
Il vaut mieux planifier et mettre en œuvre une prise en charge visant à identifier puis à soulager les troubles physiologiques plutôt que de mettre l’accent sur les manifestations psychologiques et sur le dépistage continu. Des enfants et des adultes sont malades et méritent d’être soignés pour les pathologies consécutives à une exposition avérée à l’UA. Les soins devraient porter sur les aspects suivants:
a) neurologie (effets des métaux lourds); b) ophtalmologie (effets des radiations et des métaux lourds); c) urologie (effets des métaux lourds et formation de cristaux); d) dermatologie (effets des métaux lourds); e) cardiologie (effets des radiations et des métaux lourds); f) médecine pulmonaire (effets des radiations, des particules et des métaux lourds); g) immunologie (effets des radiations et des métaux lourds); h) oncologie (effets des radiations et des métaux lourds); i) gynécologie (effets des radiations et des métaux lourds, effets neurologiques); j) médecine gastro-intestinale (effets systémiques); k) médecine dentaire (effets des métaux lourds); l) psychologie (effets des métaux lourds); m) dommages chromosomiques (effets systémiques).
Beaucoup de ceux qui ont été exposés à l’UA de façon avérée n’ont pas encore reçu les soins demandés. Comme l’a déclaré le Dr Michael KilPatrick du ministère de la Défense le 10 mars 2003, seules 90 personnes (dont moi-même) ont reçu des soins médicaux minimaux de la part de médecins affectés au programme Uranium appauvri du Département des Vétérans de Baltimore (Maryland). Elles ne représentent qu’une fraction des quelque 400 personnes ou plus dont il est prouvé qu’elles ont été sérieusement contaminées, comme l’équipe du Dr Rostker l’a déclaré à des membres du Presidential Special Oversight Board le 28 septembre 1998.
Il est impossible d’obtenir des soins et des traitements adéquats. Si l’on ne procède pas à un examen médical de ceux qui ont été contaminés et qui présentent des problèmes de santé, on peut dire que l’UA ne provoque pas d’effets nocifs sur la santé parce qu’on n’en a jamais constaté. Voilà ce que devient la science médicale quand les politiques pratiquent la dissimulation pour atténuer leur responsabilité!
La dissimulation aux fins de limiter la responsabilité a commencé avec la scandaleuse note de Los Alamos envoyée à notre équipe en Arabie saoudite en mars 1991. On nous demandait de nous assurer que ce que nous rapporterions de nos découvertes permettrait de continuer d’utiliser les munitions à l’UA. En d’autres termes, on nous demandait de mentir.
Une lettre envoyée au général Leslie Groves est encore plus troublante. Dans cette note datée du 30 octobre 1943, de grands scientifiques affectés au Projet Manhattan suggéraient que des matières radioactives - y compris l’uranium, comme des entretiens personnels avec d’anciens scientifiques du Projet Manhattan me l’ont confirmé - pouvaient être utilisées pour contaminer l’air, l’eau et le sol. Selon la lettre envoyée le 30 octobre 1943 au général Groves par le Subcommittee for the S-1 Executive Committee au sujet de «l’utilisation de substances radioactives en tant qu’armes militaires», «l’inhalation de matières radioactives entraîneraient une irritation des bronches dans un délai allant de quelques heures à quelques jours». Or c’est exactement ce qui est arrivé aux soldats qui avaient inhalé de l’UA pendant l’opération «Tempête du Désert» et à ceux qui ont combattu dans les Balkans.
La sous-commission poursuivait en déclarant que «les produits émettant des particules bêta pourraient pénétrer dans l’appareil gastro-intestinal par inhalation ou par ingestion d’eau ou de nourriture polluées. Inhalés, ils pénétreraient dans la muqueuse nasale, la gorge puis les bronches. Ils provoqueraient une irritation locale […]. L’estomac, le caecum et le rectum, où les matières restent plus longtemps qu’ailleurs, seraient très probablement affectés. Il est possible que surviennent des ulcères et des perforations des intestins entraînant la mort, même sans effet général des radiations.»
Aujourd’hui, bien que les problèmes médicaux augmentent, on refuse ou retarde la prise en charge de toutes les victimes de l’exposition à l’UA, les ministères de la Défense américain et britannique continuant de nier toute corrélation entre l’exposition à l’uranium et des effets sur la santé et l’environnement. Ils soutiennent qu’ils peuvent répandre des tonnes de déchets radioactifs solides (uranium 238) dans le jardin de n’importe qui sans procéder à une décontamination ni apporter de soins médicaux. Leur arrogance est stupéfiante.
Depuis 1991, de nombreuses directives du ministère de la Défense et du Département des Vétérans demandent de se conformer aux recommandations mentionnées plus haut. Cependant, même si le ministère de la Défense, le Département des Vétérans et des responsables des Nations Unies savent ce qu’il faudrait faire, des photos, des vidéos, des mesures radiologiques sur site, mon expérience personnelle et les rapports publiés montrent que:
1. toutes les victimes de l’UA n’ont pas reçu les soins requis,
2. l’on n’a pas procédé à la décontamination de l’environnement,
3. les individus ne portent pas de protection des voies respiratoires ou de la peau,
4. les matériels contaminés et endommagés ont été recyclés pour fabriquer de nouveaux produits,
5. on n’a appliqué que partiellement les mesures d’entraînement et d’information,
6. les procédures de gestion de ce qui a été contaminé n’ont été ni diffusées ni mises en application.
1. Tout ce qui a été contaminé à l’UA doit être éliminé de manière adéquate afin d’empêcher de nouvelles contaminations.
2. Des appareils spécifiques qui détectent et mesurent les particules alpha et bêta, les rayons x, les émissions gamma aux niveaux appropriés allant de 20 dpm à 100 000 dpm et de 0,1 mRem/h à 75 mRem/h doivent être achetés et distribués à toutes les personnes et à tous les organismes responsables des soins médicaux et des activités visant à décontaminer l’environnement de l’UA (uranium 238) et d’autres isotopes radioactifs de faible niveau qui pourraient être présents. Les appareils standards ne détectent pas la contamination.
3. Il faut prendre en charge médicalement tous ceux qui ont ou pourraient avoir inhalé ou ingéré de l’UA ou ont été ou pu être contaminés par blessure afin de détecter l’uranium mobile et l’uranium fixé dans l’organisme.
4. Toutes les personnes qui entrent dans ou montent sur un matériel contaminé ou travaillent dans un rayon de 25 mètres autour d’un matériel ou d’un site contaminé doivent porter un masque respiratoire et une combinaison protectrice.
5. Les matériels contaminés et endommagés ne doivent pas être recyclés pour fabriquer d’autres matériels.
6. Il faut cesser immédiatement d’utiliser des munitions à l’UA.
7. Toutes les personnes susceptibles d’avoir été en contact avec des munitions à l’UA ou d’avoir subi une contamination provenant de munitions à l’UA doivent être informées de manière exhaustive et être entraînées en matière de gestion de la contamination et d’incidents impliquant des munitions à l’UA.
Tous les citoyens du monde doivent élever la voix pour demander aux chefs des Etats qui ont utilisé des munitions à l’UA de reconnaître les conséquences immorales de leurs actes et d’assumer leurs responsabilités en offrant à tous ceux qui ont été exposés à l’UA des soins médicaux et en faisant nettoyer les endroits contaminés par des opérations militaires ou autres. Il faut mettre un terme aux efforts déployés par les responsables pour empêcher que l’on reconnaisse ces problèmes et éviter d’en endosser la responsabilité: il s’agit des ministères américains de la Défense et de l’Energie, des Forces armées américaines, du Département des Vétérans, de la Grande-Bretagne, du Canada, de l’Australie et des Nations Unies. Doivent également cesser les mesures de représailles à l’encontre de tous ceux d’entre nous qui essaient d’amener lesdits responsables à respecter leurs propres directives. On ne peut pas continuer d’ignorer les effets de la contamination par l’UA sur la santé et l’environnement. Je vous supplie d’agir. •
Référenceswww.traprockpeace.org/twomemos.html www.traprockpeace.org/rokke_du_3_ques.html www.traprockpeace.org/du_dtic_wakayama_Aug2002.html www1.va.gov/environagents/docs/Gulf_War_Review_October_2004.pdf www.vba.va.gov/bln/201/reports/mmrindex.htm
* Doug Rokke, professeur de sciences et techniques de l’environnement, a servi pendant plus de 35 ans dans l’Armée américaine. Au début de la première guerre du Golfe, en 1991, il fut chargé de préparer les soldats à l’utilisation des armes nucléaires, biologiques et chimiques. Après l’opération «Tempête du Désert», on l’envoya avec une équipe en Irak pour éliminer les matériels contaminés. Malgré leurs masques respiratoires et leurs combinaisons protectrices, les membres de son équipe - tous en parfaite santé au départ - tombèrent malades. Au bout d’une semaine, ils souffrirent d’éruptions cutanées et de troubles respiratoires puis ils eurent des problèmes rénaux et après quelques mois apparurent les premiers cancers. Au bout de deux ou trois ans survinrent les premiers décès. En 2001, 21 de ses collègues étaient morts. Doug Rokke souffre également de différents symptômes, notamment de troubles respiratoires et de problèmes rénaux. Au cours de ses travaux scientifiques sur l’uranium appauvri, il est parvenu à la conclusion qu’il faut interdire à jamais les munitions à l’uranium et prendre en charge médicalement tous ceux qui ont été contaminés: soldats ayant combattu en Irak, en Afghanistan, dans les Balkans, employés d’usines de munitions aux Etats-Unis et en Ecosse, etc.
Les Etats-Unis ont livré à Israël, pour attaquer des cibles au Liban, au moins 100 bombes antibunker GBU-28 dont les têtes contiennent de l’uranium appauvri.
Cela entraînera une augmentation de la pollution radioactive et chimique qui aura des effets nocifs sur la santé des habitants et sur l’environnement dans tout le Moyen-Orient.
Aujourd’hui, les troupes américaines, britanniques et maintenant israéliennes utilisent illégalement des munitions à l’uranium appauvri, les «bombes sales» américaines et britanniques. L’Armée, les ministères américains de la Défense et de l’Energie et le ministère britannique de la Défense contestent le fait que la fabrication, les essais et/ou l’utilisation des munitions à l’uranium appauvri aient les moindres effets nocifs sur la santé et l’environnement afin de ne pas endosser la responsabilité de la dispersion délibérée et illégale d’une matière radioactive et toxique.
L’utilisation de munitions à l’uranium est absolument inacceptable; c’est un crime contre l’humanité. Aussi les citoyens du monde et tous les gouvernements doivent exiger l’interdiction de ces armes. Je demande qu’Israël apporte des soins médicaux à toutes les victimes du Liban et procède au nettoyage de tous les sites contaminés.
Siegwart-Horst Günther, Projectiles d’uranium: Militaires gravement mutilés, nouveau-nés difformes, enfants mourants, une documentation des suites de la guerre du Golfe, 1993-1995, avec des préfaces de Tony Benn, Ramsey Clark, Margarita Papandreou et Freimut Seidel, 2e éd., Fribourg en Br., 2000. (ISBN 3-89484-805-7)
Cette documentation fondamentale (en trois langues) montre les effets dévastateurs de l’uranium appauvri. L’auteur, le Pr Siegwart-Horst Günther, est spécialiste en médecine nucléaire et président de la Croix Jaune Internationale ainsi que vice-président de l’Albert Schweitzer World Academy of Medicine (Pologne). Dans le numéro électronique «Horizons et débats express No1» vous trouverez sa contribution «Conséquences sanitaires de la Guerre du Golfe de 1991 pour les populations».
(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)
mise à jour le 09.11.06