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Lettre ouverte d’Amnesty International du 8 août

Demande au Conseil fédéral de sortir de sa réserve

Amnesty International a adressé une lettre ouverte au Conseil fédéral au sujet du conflit au Liban et en Israël. L’organisation lui demande deux choses: d’une part, de s’engager pour obtenir un accord en faveur d’un cessez-le-feu; d’autre part l’arrêt urgent de livraison d’armes à Israël.

Monsieur le Président de la Confédération,

Mesdames les Conseillères fédérales,

Messieurs les Conseillers fédéraux,

Amnesty International est extrêmement préoccupée par l’escalade de violence au Proche Orient et par la dégradation de la situation pour les populations civiles. Au vu du mépris flagrant affiché par les deux parties en guerre pour les principes humanitaires fondamentaux, Amnesty International appelle à un cessez-le-feu effectif, total et immédiat. Ce n’est qu’à cette condition que les populations civiles des deux bords seront en sécurité et que d’autres crimes de guerre pourront être évités. Nous vous prions instamment de renoncer à la réserve dont vous avez fait preuve jusqu’ici et d’entreprendre tout ce qui est en votre pouvoir pour obtenir, aussi vite que possible, un accord du Conseil de sécurité des Nations unies et des pays concernés en faveur d’un cessez-le-feu. En outre, Amnesty International appelle la communauté internationale à la mise en place immédiate d’un embargo sur les armes à destination d’Israël et du Hezbollah. Nous vous demandons dès lors l’arrêt urgent des livraisons d’armes à Israël, y compris du matériel à «double usage» qui est utilisé dans des activités militaires et de refuser toute autorisation d’utiliser le territoire suisse pour des transferts d’armes ou de matériel militaire. Il est problématique de parler de fournir une aide humanitaire d’un côté et de faire du commerce d’armes de l’autre. Le Conseil fédéral s’interroge si le droit de la neutralité s’applique dans un conflit qui n’est pas stricto sensu entre deux Etats. Pendant ce temps, la liste des victimes civiles s’allonge. Nous estimons que cette réserve est peu admissible de la part de l’Etat dépositaire des Conventions de Genève, alors que le Président de la Croix-Rouge internationale a estimé que les Conventions de Genève sont applicables et que le CICR fait tout son possible dans des conditions extrêmement précaires et dangereuses pour venir en aide aux victimes sur le terrain. Au regard du droit international, lancer de façon délibérée des attaques sans distinction ou disproportionnées, ou cibler intentionnellement des civiles ou des biens de caractère civil constitue un crime de guerre. Nous attendons de la Suisse qu’elle s’engage vigoureusement pour le respect du droit humanitaire et pour qu’elle intervienne en faveur des populations civiles souffrant au Liban et en Israël. Nous sommes convaincus qu’une attitude plus ferme de la Suisse serait conforme aux aspirations de la population de notre pays, extrêmement concernée par les événements au Liban et en Israël et donnerait un signal important à la communauté internationale pour qu’elle prenne ses responsabilités.

Dans l’attente de votre prompte réaction, je vous adresse, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil fédéral, les salutations respectueuses et préoccupées de notre organisation et de ses membres.

Amnesty International, Section suisse

Source: www.amnesty.ch

 

(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)

mise à jour  le 18.08.06