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En 2003, on m’a empêché de parler lors d’une manifestation de protestation contre la guerre imminente en Irak parce que les organisations qui parrainaient cette manifestation me jugeaient trop sioniste. Mon péché était, et est toujours, de croire que les deux camps ont fait preuve d’insensibilité, qu’ils n’étaient pas conscients des besoins d’autrui et qu’ils doivent se repentir tous les deux.
Je continue de le penser et pas plus tard que la semaine dernière, je me suis adressé aux dizaines de milliers de lecteurs de www.tikkun.org pour leur demander de persuader les Palestiniens qu’ils seraient plus efficaces en adoptant les stratégies non-violentes de Gandhi, de King et de Mandela qu’en s’imaginant pouvoir vaincre Israël militairement. Et si j’ai critiqué le terrorisme d’Etat pratiqué par l’armée israélienne contre la population civile de Cisjordanie, j’ai également critiqué le terrorisme pratiqué par certains groupes du peuple palestinien.
Actuellement, il est impossible pour un juif et un Américain de ne pas constater qu’Israël s’est rendu coupable d’une nouvelle violation des droits de l’homme qui surpasse beaucoup de ses précédentes violations en cruauté et dans l’indignation qu’elle a provoquée.
Tous ceux qui ont été confrontés à la chaleur écrasante qui accable le Sud d’Israël et la bande de Gaza connaissent l’urgence des besoins en eau chaque été. Ainsi, en détruisant par les bombes la centrale électrique alimentant les 1 200 000 habitants de la bande de Gaza, il a infligé une sanction collective à toute la population.
La justification avancée était qu’on voulait punir les Palestiniens d’avoir élu un gouvernement dominé par le Hamas et, plus immédiatement, récupérer un soldat qui avait été «enlevé». (J’utilise les guillemets parce qu’il ne s’agissait pas d’un civil mais d’un soldat en uniforme. Si Israël considère qu’il est en guerre avec le Hamas, le seul terme adéquat est «capturé».) Le gouvernement palestinien a cependant publiquement pressé les «ravisseurs», qu’il ne contrôle pas, de libérer ce soldat.
De plus, l’indignation provoquée en Israël par cet «enlèvement» traduit un haut degré d’aveuglement systématique chez les Israéliens et chez ceux qui soutiennent leur politique: en effet, presque toutes les organisations de défense des droits de l’homme, y compris les israéliennes, ont fait état de dizaines de milliers de tels «enlèvements» de civils palestiniens par les forces armées israéliennes, civils qui sont détenus sans être jugés pendant une durée allant jusqu’à 6 mois, qui sont brutalement torturés et finalement relâchés sans avoir jamais été inculpés. Bien sûr, – et j’en remercie Dieu parce que je me préoccupe du bien-être du peuple d’Israël et en tant que juif, je suis profondément attaché à la réussite et à la sécurité de cette société juive particulière – les Palestiniens n’ont jamais été capables de punir collectivement des centaines de milliers ou des millions d’Israéliens pour ces violations systématiques des droits de l’homme. Dans la mesure où ce sont des actes terroristes, je les condamne.
Pour tous les Américains, quelle que soit leur religion, il s’agit là d’un moment décisif dans nos relations avec Israël. De même que nous devons faire comprendre à notre gouvernement que ses violations des droits de l’homme à Guantánamo et en Irak sont inacceptables, nous devons dire au peuple israélien que sanctionner un million de personnes pour les actes de quelques-uns est aussi inacceptable de la part d’une société démocratique que de la part de dictateurs autoritaires et inflexibles. Même si – Dieu nous en garde! – le soldat capturé est tué par les fous qui se sont emparés de lui, ce sont seulement eux et ceux qui les soutiennent délibérément qui devraient être punis, et non pas n’importe quels Palestiniens, à moins que l’on pense qu’il serait également indiqué, un jour, de punir tous les Américains à cause des 3 millions de Vietnamiens tués lors de la guerre du Vietnam ou à cause des crimes horribles qui se commettent encore actuellement à Guantánamo et en Irak.
Malheureusement, nous ne pouvons pas compter sur notre gouvernement américain pour transmettre cette opinion sans s’exprimer d’une manière qui laisse entendre qu’Israël peut faire ce qu’il veut et que les Etats-Unis n’interviendront pas. Il nous incombe donc, en tant que citoyens ordinaires, d’agir et cela de manière résolue. Nous devons communiquer notre préoccupation aux législateurs et aux médias. Nous devons organiser des manifestations devant les bureaux de nos élus et également devant les consulats d’Israël et les institutions juives qui continuent d’user de leur influence pour soutenir la politique israélienne même maintenant (certaines ont émis des critiques, mais elles sont extrêmement peu nombreuses). Et nous devons écrire à ceux qui détiennent le pouvoir en Israël, à commencer par le Premier ministre Olmert, pour leur dire que même ceux d’entre nous qui aiment Israël et ne permettront jamais qu’on le détruise trouvent qu’il agit de manière immorale, et qu’il doit reconstruire la centrale électrique, ne plus essayer d’imposer sa volonté par la force des armes et négocier avec les Palestiniens une paix durable. •
Source: www.zmag.org/weluser.htm
1 Le Rabbin Michael Lerner est le rédacteur en chef du magazine juif libéral Tikkun Magazine (Traduction Horizons et débats)
(Horizons et débats, numéro 38, août 2006)
mise à jour le 18.08.06